> Elles osent! Entreprendre au féminin : Myriam Levain, co-fondatrice de Cheek Magazine

mercredi 2 juillet 2014

Elles osent! Entreprendre au féminin : Myriam Levain, co-fondatrice de Cheek Magazine


Bonjour Myriam, peux-tu nous parler de ton parcours ?

Mon parcours est assez typique de la génération Y (et du journalisme) puisqu’après de longues études, j’ai enchaîné les CDD et les piges, au Parisien et à ELLE, entre autres, avant de décrocher un CDI, chez Be et de le quitter pour monter ma boîte, Cheek Magazine, avec Faustine Kopiejwski et Julia Tissier

Quel est le concept de Cheek Magazine ?

C’est un magazine féminin en ligne et seulement en ligne (ce qu’on appelle un pure player) destiné principalement aux femmes de la génération Y et axé sur les sujets culture, société et web davantage que sur la mode et la beauté.

Est-ce simple de parler féminisme au grand public ? Comment y arrives-tu ?

Dès qu’on prononce le mot féminisme, ça se complique malheureusement, car dans l’inconscient collectif, féministe est encore associé à anti-hommes. Mais sur Cheek, et aussi sur mon blog Les Martiennes que je tiens avec Charlotte Lazimi, on essaye d’aborder ce sujet via des filles de notre génération et des angles plus ou moins sérieux. La pop culture est par exemple un excellent moyen de parler de féminisme au plus grand nombre.

Quel est le modèle économique de Cheek Magazine ?

Vu qu’on a choisi de faire un site gratuit, le financement repose sur d’autres domaines, comme la pub, les partenariats, et le conseil en entreprises sur la génération Y.

Peux-tu nous dresser le portrait-robot d’un ou d’une lectrice ?

On imagine notre lectrice-type comme une fille de 30 ans (un peu plus, un peu moins), qui bosse et n’a pas d’enfants. Célibataire ou en couple, en CDD ou en CDI, elle est représentative de cette fameuse générationY qu’on connaît bien et qui lit davantage la presse sur son téléphone que sur papier. Ca, c'est pour la lectrice-type, mais on sait qu'on est aussi pas mal lues par des mecs, et rien ne nous fait plus plaisir: c'est la preuve que tout le monde est capable de s'affranchir des stéréotypes.

Quelles sont les rubriques les plus lues ?

On retrouve régulièrement en haut de nos stats Y comme Romy et le #WebTheFuck. Mais dans notre top 10 des papiers les plus lus, on a de tout : Rachida Dati, Audrey Dana ou encore les relous de Tinder.

Que t’inspire la sous-représentation des femmes dans la presse? Penses-tu que les pure-players (média qui existe uniquement sur Internet sans support papier) peuvent changer la donne ?

La sous-représentation des femmes dans la presse m’avait notamment inspiré ce papier, publié le jour du lancement de Cheek. Et récemment, on a publié une contre-enquête à l’article de Slate affirmant que la presse magazine était masculine. On y montrait notamment qu’Internet offrait une plus grande liberté à tout le monde, et notamment aux femmes. Il suffit juste d’être assez folles -comme nous- pour se lancer. Comme dans tous les domaines professionnels, les femmes manquent encore de réseau pour vraiment s’imposer, mais je suis sûre que notre génération va changer la donne. 

En tant que femme, as-tu été confrontée à des difficultés, à des freins particuliers en travaillant dans le milieu du numérique ?

Cela fait seulement un an que je découvre le milieu du Web, donc pour l’instant je n’ai pas connu de revers particulier. En revanche, je ne sais pas pourquoi trois filles qui lancent un site sont immédiatement cataloguées blogueuses mode. Comme si les femmes ne savaient faire que ça sur le Web. On est lassées d'être présentées comme ça : notre site n’a rien à voir avec un blog mode.

Quels conseils donnerais-tu à une femme qui souhaiterait se lancer dans le domaine du numérique ?

De foncer, car le numérique manque cruellement de femmes.

Fais-tu partie d’un ou plusieurs réseaux féminins ? Si oui, lesquels ? Que t’apportent-ils ?

En étant journaliste spécialisée sur les femmes, ma vie professionnelle est un immense réseau féminin. J’ai donc la chance d’en côtoyer plein. Dans mon domaine, je fais partie du réseau « Prenons la Une » lancé en mars dernier pour dénoncer la misogynie propre à la presse : il y a du boulot  

As-tu des exemples de femmes qui ont pu t’inspirer ou avoir valeur d’exemple ?

Généralement, je suis inspirée par toutes les femmes qui n’ont pas peur d’aller là où ne les attend pas et qui nous montrent que tout est possible. Par exemple,  je suis encore hyper impressionnée par The Homesman que j’ai vu hier, et dont le personnage d’Hillary Swank fait profondément réfléchir sur ce que signifie être une femme indépendante.

Quelles seront les évolutions de Cheek Magazine dans le futur ?

Dur à dire, ça ne dépend pas que de nous. L’objectif à court terme est de tenir, car monter son entreprise n’a rien de facile. Sinon, la grosse actu des prochaines semaines, c’est que notre célibataire presque trentenaire Romy Idol devient un livre à la rentrée, publié chez Robert Laffont. On a hâte !