> L’organigramme de "Cellular Solutions" a-t-il rendu tous les internautes féministes ?

dimanche 17 novembre 2013

L’organigramme de "Cellular Solutions" a-t-il rendu tous les internautes féministes ?




Parfois une image vaut mieux qu’un long discours.

Pour résumer le concept du plafond de verre, quoi de plus parlant que l’organigramme de Cellular solutions, une société de télécommunication anglaise ?

Son originalité ? Une équipe exclusivement féminine de 27 employées possédant toutes le même profil : blanches, plutôt jolies et jeunes. Pas de surprise néanmoins : les rênes de l’entreprise restent toujours aux mains de 4 dirigeants plus âgés. Ici encore, les femmes exécutent et les hommes dirigent.



Suite à l’ampleur du bad buzz propagé sur les réseaux sociaux, la société a décidé de retirer précipitamment l’organigramme en question puis a publié un communiqué de presse façon langue de bois pour s’expliquer : 

« Nous sommes une entreprise pro-égalité des chances et le resterons. Nous sommes fiers de notre équipe et nous demeurons engagés pour leur développement individuel. »

Un message qui n’a pas convaincu les internautes qui ont alors exhumé le prétendu compte Flickr de l’entreprise et l’ont diffusé sur les réseaux sociaux. On pouvait y voir les dirigeants de l’entreprise jouer au golf ou présider un concours de miss aux couleurs de l’entreprise. Les nombreux articles sur le sujet ont également été assaillis de commentaires en rafale.

Pour autant, peut-on en conclure que les internautes sont tous devenus soudainement féministes ou sensibles à la question de la parité en entreprise ? Pas vraiment.

Un coup d’œil aux commentaires permet de s’en rendre compte rapidement : entre les vieilles blagues sexistes (« Je me demande si elles ont toutes leurs règles en  même temps. Ca doit être l’enfer») ou les palmarès façon Miss France (« mon top 3 1: Keri Haines  2: Katriona Fenstein 3: Lauren Steele »), on ne peut pas vraiment en conclure que ces commentaires fassent avancer la cause des femmes. On plaint surtout les pauvres employées de Cellular Solutions qui subissent ici la double peine du sexisme : sur leur lieu de travail et sur internet, où elles encaissent blagues douteuses et allusions à leur physique.

Quant aux sites d’information qui relaient l’organigramme, c’est rarement avec mesure.



Ainsi, le site Au féminin.com titre-t-il un de ses articles sur Twitter « L’entreprise la plus sexiste au monde », comme si Cellular Solutions était un exemple exotique de non-respect de la parité. Faut-il rappeler qu’en France les femmes occupent à peine 10 % des postes de Pdg en France ? Même si l’exemple de Cellular Solutions reste parlant car visuellement très évocateur, il ne doit pas faire oublier que la parité est de nos jours très rarement respectée dans le monde de l’entreprise. Combien d'internautes ayant relayé l'organigramme se sont posés la question de la place des femmes au sein de leurs sociétés? Combien d'entre eux ont analysé leur propre organigramme à travers le prisme de la parité? Pas grand-monde sans doute, il est plus facile de se dire que le sexiste, comme le raciste, c'est forcément l'autre.



Et que dire des images illustrant l’article d’ « Auféminin.com » dans lesquelles on peut voir des hommes en costume jouer au golf ou présider un concours de miss ? «Les albums photos du comité d’entreprise de Cellular Solutions montrent que lorsque les dirigeants masculins se disputent une partie de golf, les employées féminines, elles, s’adonnent à un concours de Miss. Ça commence à faire beaucoup de clichés pour une seule et même boîte… » s’indigne la journaliste (juste avant de nous inviter à réserver notre place pour un événement « Au féminin », il ne s’agirait pas de perdre le nord).

Sauf que ces photos, même si elles reflètent le climat sexiste de l’industrie high tech, n’appartiennent pas à Cellular Solutions mais à une société du même nom (le dirigeant l’explique d’ailleurs ici). Un coup d’œil au logo suffit pour s’en rendre compte.

Une fausse information qui risque de semer le doute dans l’esprit des lecteurs : et si tout cela n’était finalement qu’un immense fake ? Pourtant le plafond de verre n’a rien d’une légende urbaine.

Et la légitime question de la parité mérite mieux que ce traitement version buzz à tout prix.