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vendredi 8 novembre 2013

Demain, tous Dr Fantômette?



Trouver un généraliste à Paris s’apparente à une véritable quête du graal.

Je regrette amèrement celui qui me suivait depuis des années et qui est depuis parti en retraite : humain, patient, à l’écoute et d’un très bon diagnostic (le premier qui ne m’ait pas dit « c’est psychologique » quand je lui ai parlé de ma fatigue récurrente).  Un peu vieille école aussi, mais cela avait son charme : il recevait en blouse, consultait le Vidal version papier et me faisait faire pipi dans d’énormes fioles en verre plutôt que dans des gobelets jetables (grand moment de solitude quand il s’agissait de sortir des toilettes avec ce truc gigantesque dans les mains !).

Même si je n’en abusais pas, je pouvais toujours le joindre et, en cas d’urgence, il me recevait entre 2 patients, ce qui est très appréciable quand on a de jeunes enfants.

Son remplaçant a été loin d’être à la hauteur (doux euphémisme). Un soir, alors que j’avais rendez-vous à 18h pour mes 2 enfants, fiévreux et assis par terre faute de place, je voyais les minutes défiler sans que personne ne sorte du cabinet. Les patients, peu à peu, s’éclipsaient de la salle d’attente.

Plus d’une heure après l’heure théorique de mon rendez-vous, la porte s’ouvrait enfin.

Après avoir raccompagné son patient décidément très bavard, le médecin est alors venu nous voir, fier comme Artaban « Vous avez reconnu celui qui vient de sortir ? C’est Neil Diamond le chanteur ! Il n’avait pas pas rendez-vous mais ces gens là ne sont pas comme nous, ils ne peuvent pas attendre ». 

C’est vrai que les ploucs comme nous peuvent attendre hein. Et pour les excuses on repassera. Inutile de dire que je ne suis pas revenue.

Suite à cette mésaventure, j’ai alors trouvé un généraliste qui, lui, était plutôt ponctuel (une demi-heure de retard s’apparente à de la ponctualité chez un médecin parisien). Mais j’ai vite compris pourquoi. La visite était expédiée en 5 minutes chrono et mon fils a dû être examiné sur la chaise devant son bureau, entièrement habillé.

Depuis que j’ai déménagé, la quête du généraliste a alors repris. On m’a conseillé un médecin que j’ai vu une ou 2 fois. C’est lui que j’ai essayé de joindre hier car ma fille a pleuré à l’école en se plaignant du ventre (ça lui était déjà arrivé plusieurs fois dans la semaine).

Je tombe alors sur une messagerie me demandant d’appeler le secrétariat ou de me connecter sur internet pour un rendez-vous, sans aucune possibilité de laisser un message. Evidemment, lorsque je me suis connectée pour le faire, je me suis aperçue que toutes les visites de la journée étaient complètes. Mon généraliste ou ma pédiatre arrivant toujours à me glisser entre 2 rdv en cas d’inquiétude, je me suis dit qu’il en serait sans doute de même pour celui-ci. Encore fallait-il trouver un moyen pour rentrer en contact avec lui ! En cliquant sur la rubrique « me joindre », je suis alors tombée sur ce message lapidaire : « le téléphone n'est pas le meilleur moyen car la ligne est souvent saturée et les appels incessants ne me laissent plus le temps ni la concentration nécessaires aux malades. ». Il était donc demandé d’envoyer un mail ou de laisser un message au secrétariat. Vive la communication et l’humanité. A ce moment précis, je regrettais amèrement la blouse blanche et les fioles en verre.
Je me doute bien que certains patients doivent abuser, appeler pour un oui ou pour un non mais, pour autant, est-ce une raison pour s’enfermer dans sa tour d’ivoire « afin de ne pas être déconcentré » ? J’avais déjà eu affaire à la solitude et à l’absence de communication quand le cancer de mon père avait été diagnostiqué. Une fois opéré et de retour à la maison (en phase terminale mais nous ne le savions pas vraiment), il souffrait de vomissements et ne mangeait plus rien. Nous n’avions aucun référent vers qui nous tourner en cas de question : le professeur qui avait opéré mon père n’était jamais joignable et le service gastro-entérologie de l’hôpital constamment sur répondeur. Quant au généraliste qui n’avait pas diagnostiqué son cancer (encore une fois, tout cela n’était que psychologique), nous n’avons pas jugé bon de le contacter, bien évidemment.

C’est cette situation d’isolement vécue par les malades que la blogueuse Hélène Bénardeau décrit avec beaucoup d’humour et de justesse dans un billet intitulé « Le Dr Fantômette ».

Du nom de ces médecins barricadés derrière des secrétaires pitbulls ou des sites internet sophistiqués.

C’est vraiment ça la médecine du futur ? Demain, tous Dr Fantômette ?