> "Mesdames et messieurs, votre attention s'il vous plaît" ou la fabuleuse histoire de Cédric Gentil

samedi 2 mars 2013

"Mesdames et messieurs, votre attention s'il vous plaît" ou la fabuleuse histoire de Cédric Gentil


Je le dis souvent, quitte à passer pour une illuminée, Twitter est un formidable outil. Il peut sauver des vies, il peut aussi les changer du tout au tout.

Le 28 février dernier paraissait « Mesdames et messieurs, votre attention s’il vous plaît » de Cédric Gentil, alias @gentilchanoir. Une incroyable histoire qui a commencé sur Twitter.

Cédric a fait partie des premières personnes que j’ai suivies sur ce réseau social. A l’époque, je n’y connaissais personne à part ma copine Cécile, aussi je m’appliquais à suivre consciencieusement les « bons élèves » de Twitter : les journalistes, les sites d’informations, quelques écrivains. Quand je suis tombée par hasard sur le profil de Cédric, sa bio m’a immédiatement interpellée : « Actu, Presse, Journalisme, Politique, mais Pas journaliste. Conducteur de RER A ». Il y avait une telle endogamie à l’époque sur Twitter que j’avoue m’être demandé un court instant si c’était une blague le coup du conducteur de train. En le suivant, j’ai vite compris qu’il n’en était rien.

Au fil de ses tweets, j’ai progressivement appris à connaître Cédric et j’ai tout de suite apprécié sa gentillesse, sa pédagogie et son engagement qui tranchaient beaucoup avec le cynisme ambiant qui est souvent de mise sur Twitter. Il y parlait de son métier avec passion, répondait patiemment aux questions des internautes et leur dévoilait en 140 caractères l’envers du décor. Avec transparence et pédagogie, il expliquait les grèves, les retards, les avaries. Parfois même, il invitait certains à un petit tour en cabine.

Moi-même, qui suis la première à pester dans le métro en cas de problème, me suis surprise à relativiser, bloquée sur un quai, en me souvenant des explications de Cédric.

Un jour, je lui lançai alors sur Twitter « Quand est ce que tu ouvres ton blog ? Les gens n’attendent que ça, moi la première ! ». Il me répondit alors qu’il ne s’en sentait pas capable, qu’écrire un tweet en 140 caractères était bien plus simple que tenir un blog.

J’ai insisté à plusieurs reprises, n’hésitant pas à impliquer les autres internautes « Si toi aussi tu veux que @gentilchanoir ouvre un blog, RT (retweete) ce message !». Je suis revenue à la charge, une fois, deux fois, trois fois et quelques jours après Cédric m’annonçait enfin qu’il venait d’ouvrir son blog, à ma grande joie. « Génial, lui ai-je répondu, on parie qu’une maison d’édition va te contacter pour écrire un livre ? ». Il en avait ri à l’époque. Il avait tort. Car les choses se sont ensuite très vite enchainées pour lui : Libération le contactait un mois après pour héberger son blog sur sa plateforme. Puis quelques temps après, les Editions Plon, rien que ça, lui commandaient un livre.
J’ai eu la chance d’être une des rares à être dans la confidence et j’en ai été très touchée.

Cédric n’a eu de cesse de me remercier depuis (j’ai d’ailleurs rarement vu quelqu’un d’aussi reconnaissant), alors que je n’ai été qu’un minuscule battement d’aile dans toute cette aventure. S’il n’avait pas eu de talent, le blog en serait resté là, personne ne serait venu le solliciter.

Aujourd’hui j’ai la chance de tenir son livre entre mes mains, preuve tangible de tout ce chemin parcouru. J’y retrouve le Cédric connu virtuellement (et rencontré de visu seulement il y a quelques jours !) : humain, pédagogue et engagé. En 188 pages, il nous embarque avec lui dans sa cabine et décrypte pour nous tous ces mystérieux signes cabalistiques, des avaries aux étranges noms des trains. Dans ce passionnant voyage à ses côtés, il nous fait partager son quotidien, sa peur des suicides sur les voies, son 31 décembre passé seul à conduire son train. Mais il nous offre aussi son regard plein de poésie sur les choses et les êtres, comme lorsqu’il décrit ce couple qui s’enlace sur le quai et qu’il hésite à séparer en retardant la fermeture des portes. Surtout, il injecte une dose salutaire d’humanité dans notre quotidien souvent trop mécanisé et individualiste. Un supplément d’âme qui fait que vous ne pourrez vous empêcher désormais de jeter un coup d’œil au conducteur de votre métro ou RER en ayant une pensée pour lui. On parie ?

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Pour découvrir les premières pages gratuitement sur le site des Editions Plon