> Labo de l'écriture des nouveaux talents - Episode 3

jeudi 28 mars 2013

Labo de l'écriture des nouveaux talents - Episode 3



Rappel : la semaine dernière, j’ai eu la chance de participer pendant 4 jours à la deuxième édition du Labo de l’écriture de la fondation Bouygues Télécom. Je retrace ici mes souvenirs de l'expérience en 4 épisodes. 

3ème jour. J’y ai pensé sans cesse jusqu’à ce matin. Je suis sûre que Bruno va nous demander de retravailler notre personnage d’hier et de continuer son histoire. Sauf que je ne veux plus. Mon héroïne me sort par les trous de nez, je la trouve trop encombrante, et à moins de lui coller une balle dans la tempe je ne vois pas d’autre dénouement. J’ai enfanté un monstre, un Frankenstein qui me dépasse, mi-moi, mi-autre. Je m’en ouvre auprès de quelques camarades d’écriture et pour la première fois, leur présence me réchauffe autant que le thé vert que j’engloutis debout, adossée à une colonne. 

Je le sens, c’est palpable, nous formons désormais un groupe. J’avais déjà eu cette sensation il y a quelques années en participant à un trek dans le désert du Maroc. On n’aurait pas pu faire pire casting tant nous étions différents les uns des autres et à part notre goût commun pour la randonnée, rien ne semblait rassembler ces 10 individus si disparates. Pourtant, les difficultés, les peurs, les repas frustres et les splendides paysages ont été le ciment d’une amitié commune unique. Un truc incroyable qui ne s’oublie pas de sitôt. Je me souviens avoir erré plusieurs jours dans mon studio comme une âme en peine après cette expérience. Je me sentais à l’étroit et ma petite vie me semblait bien insipide à côté de ces moments communs partagés auprès de mes compagnons de route. Si intenses et uniques. Pour la première fois, je me dis qu’il pourrait bien en être de même après cet atelier. 

Bruno me tire alors de mes pensées en nous proposant de débuter. Il ouvre la séance en nous demandant quelles sont les difficultés rencontrées lorsque nous écrivons. Quel soulagement et quel bonheur de découvrir que je n’étais pas seule face à ces freins et à ces peurs ! Mes compagnons ont, comme moi, des difficultés à se fixer des délais, peinent à retravailler laborieusement un premier jet d’écriture, se demandent constamment si ce qu’ils écrivent intéresse quelqu’un d’autre qu’eux. Bruno, patiemment, nous donne des pistes. Ne pas hésiter à laisser reposer un texte avant de le retravailler. Prendre exemple sur les peintres qui retournent leurs toiles pour s’en détacher et mieux y revenir ensuite. Moi qui ai l’habitude de travailler dans l’instantanéité, que ce soit sur le blog ou pour mes clients, en raison de délais toujours serrés, je me promets d’essayer. Il nous conseille également de repérer quelles contraintes nous aident à écrire et nous invite à cultiver nos rituels d’écriture. Nathalie Sarraute, par exemple, a écrit tous ces romans dans le bistro en bas de chez elle. Elle avait besoin d'entendre la rumeur du monde.

Bruno enchaine ensuite avec le prochain exercice : écrire une scène clé de son roman, un moment décisif et prendre un risque. Choisir une difficulté. Il précise que nous ne sommes pas obligés de continuer avec le personnage crée hier. Soulagement. Cette liberté soudaine souffle comme un vent de créativité sur mes neurones engourdis. Quasi instantanément, je visualise la scène et mes doigts filent sur le clavier. Je choisis une écriture quotidienne, dépouillée, véritable défi par rapport à mon style habituel. Bruno nous demande de lire chacun notre tour la phrase de notre texte que nous préférons. Pour la première fois, ma voix est assurée, sereine. Il s’est passé quelque chose aujourd’hui, c’est palpable. Un déclic, une étincelle.

Le soir, sur le chemin du retour, mon ordinateur et mes pas semblent moins lourds.