> Labo de l'écriture des nouveaux talents - Episode 1

mardi 26 mars 2013

Labo de l'écriture des nouveaux talents - Episode 1



La semaine dernière, j’ai eu la chance de participer pendant 4 jours à la deuxième édition du Labo de l’écriture de la fondation Bouygues Télécom.

Jeudi dernier, nous étions 12 aspirants écrivains à nous retrouver dans les locaux du Figaro, sans rien connaître de nous, le cœur léger et perplexe à la fois.


Après que quelques courageux aient pris le temps de parler du livre qu’on nous avait demandé d’apporter, nous débutons le premier exercice, sans plus d’échauffement. « Se présenter en choisissant une forme de texte qui corresponde à l’expression de nous-mêmes ». Certains se lancent, très inspirés, je reste le nez au vent plusieurs minutes, le temps de chasser mes mauvais démons et l’angoisse de la page blanche. Les caméras qui gravitent autour de nous ne nous facilitent pas la tâche : au désir de bien faire s’ajoute celui de paraître présentable, ce qui n’est pas une mince affaire en ce qui me concerne. Pour beaucoup, celui qui écrit est gracieusement lové dans un sofa, une tasse de thé à la main, un chat angora sur les genoux. Pour ma part, à des années lumière de cette image d’Epinal, je ressemble davantage à une possédée bourrée de tics : je me gratte la tête, mâchonne une mèche de cheveux, tient ma tête entre mes mains, souffle et peste. Je n’ose imaginer ce que cela rendra à l’écran. L’écriture est chez moi rarement une partie de plaisir, souvent un accouchement difficile, avec épisiotomie et forceps, pas étonnant que cela transparaisse dans mes mimiques.

A la lecture des textes des autres, je suis soufflée par la qualité et la diversité des écrits. Les participants ne sont pas là par hasard, ça se confirme. Moi qui aime me rassurer en me disant qu’à l’école, on lisait toujours mes rédactions à la classe entière, je me rends compte que tous ceux qui sont là ont dû vivre la même expérience. Nous jouons dans la cour des grands, sacrée leçon d’humilité. Pour autant, nulle forfanterie ou complexe de supériorité : mes camarades semblent unanimement manquer de confiance en eux. Personne n’ose se lancer pour lire son texte à voix haute et quand quelqu’un se jette enfin à l’eau, il a la voix qui chevrote, la main qui tremble et le débit qui s’accélère, sans doute pour se débarrasser de cette tâche inconfortable. Pourtant, certains écrits sont de véritables coups de poing à l’estomac, des lectures dont on ne sort pas indemnes. Des concentrés de talents à l’état pur. Bruno Tessarech, l’écrivain qui nous encadre, nous nourrit de ses conseils, de ses références littéraires, toujours avec bienveillance et pédagogie. Nous sommes tous pendus à ses lèvres et tapons frénétiquement sur nos claviers les moindres de ses paroles. J’apprends une chose fondamentale : la première phrase d’un écrit est souvent à effacer car elle pose quelque chose qui est répété par la suite. Il faut toujours commencer par la phrase qu’on préfère, celle qu’on trouve la plus forte. Une histoire commence toujours par un moment d’intensité.

Le soir, bien que vidée, je dors mal. Je sens que je « digère » l’émotion, la tension, les conseils et les textes des autres. Leurs histoires et la mienne continuent leur vie, de façon autonome, dans ma tête. Au matin, je me précipite sur Amazon, prise d’une frénésie de lecture : Hemingway, Sagan, Balzac. Les conseils passionnés de Bruno m’ont mise en appétit, il faut que je me nourrisse, de façon compulsive.