> Tout à l'ego: Journalisme
Affichage des articles dont le libellé est Journalisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Journalisme. Afficher tous les articles

dimanche 14 novembre 2021

Lettre à Lisa


 Chère Lisa,

Je prends la liberté de t'appeler par ton prénom alors que tout le monde ne te connait qu'en tant que "joggeuse", c'est ma façon à moi de te redonner une identité et un semblant d'humanité.

Ces derniers temps, les médias n'ont parlé que de toi, même s'ils n'avaient rien à dire, juste histoire de surfer sur l'indignation publique et alimenter la machine à clics. D'imprudente (quelle idée d'aller courir quand on est une femme) tu es passée sans transition à ennemi public numéro 1.

Tu dois payer pour ton mensonge. Tu mérites l'humiliation publique. Peu importe si on ne sait rien de toi, de ton histoire personnelle ou psychologique.

A peine la nouvelle de ton affabulation ébruitée, les chaînes d'information en continu se sont empressées de tendre le micro à tes voisins pour qu'ils rendent leur sentence irrévocable.. Il fallait bien nourrir la bête.

Moi-même, lorsque j'ai appris que ton histoire d'enlèvement avait été inventée, j'avoue t'en avoir voulu. Les femmes n'avaient pas besoin de ce genre de faux témoignages, surtout en ce moment. Et puis, mon cerveau a pris le pas sur mon émotion et j'ai réalisé : quoi qu'il en soit, les femmes ne sont pas crues. Quoi qu'il en soit elles ne sont jamais de bonnes victimes.

Dans le passé, une autre "joggeuse" en avait fait les frais, Alexia Daval (qui n'est d'ailleurs jamais partie courir). Très vite, les jugements et conseils aux femmes imprudentes  ont bruissé un peu partout suite à sa disparition.

Dans ton cas, il n'a fallu que quelques heures pour qu'un général de gendarmerie viennent expliquer aux femmes qu'il est imprudent de courir seule.Pourtant, comme l'explique Valérie Rey-Robert ce type de meurtre reste de l'ordre de l'exceptionnel : en dix ans il y a eu moins de dix femmes tuées par des inconnus alors qu’elles faisaient du jogging.

Je répète souvent que le foyer est le lieu de tous les dangers pour les femmes : c'est là qu'elles ont le plus de probabilités d'être tuées, bien plus que dans une forêt sombre ou dans un parking. Accuser les victimes plutôt que clouer au pilori les meurtriers c'est un grand classique, ça s'appelle le victim-blaming. 

C'est tellement fréquent que j'en ai fait un Tumblr intitulé "Les mots tuent". Tous ces articles (près de 400 à ce jour) relaient les mêmes rengaines sexistes.

Est- ce que la victime ne l'a pas un peu cherché? Est-ce qu'elle ne portait pas une tenue provocante ? Est ce qu'elle ne fait pas ça pour vendre son livre ? Est-ce qu'elle n'avait pas une personnalité écrasante ? Pourquoi elle n'est pas partie ? Pourquoi elle est partie ? Face tu perds, pile je gagne.

Heureusement, tu n'as pas été assassinée. Pour autant, certains semblent ne pas s'en réjouir et s'indignent que ton identité ne soit pas jetée en pâture au motif que tu as fait perdre leur temps aux équipes de gendarmes. On peut en effet le déplorer : pour autant, où sont ces indignés quand les auteurs de féminicides font tourner les forces de l'ordre en bourrique à force de mensonges et contradictions ? 

Dans l'affaire Daval, bien que les gendarmes aient rapidement porté leurs soupçons sur Jonathann Daval, ce n'est qu'au bout de trois mois d'investigations qu'ils se sont clairement orientés vers ce dernier grâce à un nouveau témoignage, fourni par un des voisins du couple. 3 mois. Un mensonge bien réfléchi  et minuté, puisqu'il avait même pris soin d'écrire le scénario des deux jours suivant la disparition d'Alexia Daval. Une antisèche rédigée une semaine après les faits et que les gendarmes retrouveront sur son ordinateur. Il avoue à la cinquième audition, le 30 janvier 2018. Mais il prétend que c'est un accident. Puis qu'il n'a pas brûlé le corps. Six mois plus tard, il se rétracte et accuse son beau-frère, Grégory Gay. Ici, pas d'indignation pour le temps perdu par les gendarmes. On préfère pointer les "crises d'hystérie" d'Alexia, sa personnalité écrasante.

Tu vois Lisa, même morte, une victime n'est jamais une bonne victime.

Dans ton cas, le mensonge a été très rapidement mis à nu, ce qui devrait rassurer ce qui craignent les faux témoignages de femmes. Ils sont très minoritaires, ne résistent pas à l'épreuve du temps et les accusatrices ont beaucoup plus à y perdre qu'à y gagner.

Je ne sais pas ce quels démons t'ont conduite à fuir et à mentir : sache que par ces quelques mots, sans doute vains, je t'assure de mon soutien pour les jours à venir.

J'espère que tu es bien entourée.

Le jour où on utilisera la même énergie et indignation pour vilipender les agresseurs, les violeurs et les assassins, je me dis que la culpabilité aura changé de camp.

La route est encore longue.

Prends bien soin de toi.


mercredi 29 avril 2020

Le poids des mots, le choc des photos

Crédit illustration : Anna Parini

Depuis 2016, date de création de mon Tumblr « Les mots tuent », j’ai passé beaucoup de temps à étudier le traitement journalistique des violences faites aux femmes via le prisme des mots.

Aujourd’hui, j’ai eu envie de m’attarder sur un point tout aussi important dans la représentation ou l’invisibilisation des femmes : les illustrations.

C’est cette publicité Facebook sur laquelle je suis tombée hier qui m’a fait réagir sur le sujet:




Alors que les femmes accomplissent 70 %, en moyenne, du travail familial et domestique, Axa a décidé de choisir le visuel d’un homme pour illustrer son article sur la charge mentale ! On se demande bien ce qui contrarie tant Monsieur, la tête entre les mains devant son ordinateur ! Peut-être le bruit de l’aspirateur ?

Peu de temps après ce tweet, Axa a rectifié et a changé le visuel de son article.



Suite à ce tweet, Aude Lorriaux a posé une question intéressante : comment illustrer un article sur une profession très féminisée (ex : caissière, infirmière…) sans reproduire un stéréotype ?
Une photo mettant en scène des femmes serait conforme à la réalité puisque celles-ci représentent la grande partie de cette population. Mais en même temps, en les associant au domaine du « care » on perpétue le stéréotype dans l’imaginaire collectif. Ainsi, il est fort probable qu’un garçon ou un homme qui verra cette image pensera inconsciemment que ces métiers ne sont pas pour lui.

J’ai donc posé la question aux expert.e.s de Twitter et les réponses obtenues sont très pertinentes :









Le sujet de l’illustration peut paraître anecdotique pourtant c’est loin d’être le cas comme l’explique cetarticle du site « Terriennes » : «Un journal possède un double rôle, estime la photographe d’art contemporain, Mauve Serra alias @MauveMov. En tant que reflet de la société, il a non seulement valeur de témoignage, mais aussi de représentation. On légitime ce qui existe. Et quand on ne le fait pas, cela "invisibilise". En l’occurrence, moins il y a de femmes en illustration, moins elles sont légitimées.» L’image a un pouvoir, insiste Mauve Serra. Celui de façonner une grammaire visuelle.» Et tous les détails comptent : la situation dans laquelle la femme est représentée, la légende de la photographie ou encore les détails mentionnés, nom ou prénom. Le fil du journal donne également des informations. «En page culture, on a tendance à montrer la «femme déco». Comme si, après une double page économie remplie de quinquagénaires en costume cravate, on avait besoin de se changer les idées. Je note également qu’en fin de semaine les femmes reviennent.»


  
Le choix des visuels est d’autant plus important lorsqu’il s’agit d’illustrer des articles portant sur les violences sexistes et sexuelles.

Ainsi, le site RTL a-t-il choisi d’illustrer un article intitulé « Près d'un Français sur 5 a déjà été victime de harcèlement sexuel »…par une photo d’une femme posant ses mains sur la main et la cuisse d’un homme ! 


« Alors même que l’article stipule que « Près d’un Français sur cinq (18%) a déjà été victime de harcèlement sexuel, dont près de trois femmes sur dix (28%), selon un sondage Elabe publié jeudi 12 mai. » Soit, en fait, 7% des hommes et 28% des femmes... » explique le site Acrimed.

Le site 20 minutes, quant à lui, brouille encore plus les cartes en illustrant un article sur le harcèlement sexuel par une photo d’agression sexuelle !


Plus généralement, le recours aux images explicites pour illustrer les articles portant sur les violences sexistes et sexuelles est à déconseiller (coup de poing, femme ensanglantée…) car il exclue implicitement les violences psychologiques.

Pour finir sur une note plus légère, j’ajouterai que le contexte est important dans le traitement de l’information ! 


Les femmes (belges et les autres !) vous en remercieront 😊 !



samedi 9 février 2019

Charge mentale : et si on arrêtait de demander aux femmes de mieux s’organiser ? (et plutôt aux hommes de participer)


L’excellente BD d’Emma a fait un formidable travail de pédagogie et de prise de conscience sur le sujet de la charge mentale. Quand j’en parle dans mon entourage professionnel ou personnel, tout le monde a compris de quoi il retournait, même les plus éloignés des considérations féministes.

Dans les médias, les article ont fleuri également. Tout d’abord pour dresser un constat puis très vite sont arrivés les sujets à destination des femmes du type « Comment mieux s’organiser pour mieux gérer la charge mentale ». Impossible de trouver un article traitant le sujet sous l’angle politique ou incitant les hommes à en faire davantage. 

D’ailleurs, la plupart du temps ces derniers ne sont même pas nommés. Encore une fois, on demande aux femmes de mieux s’organiser plutôt qu’aux hommes de s’impliquer. Comme si on n’avait pas déjà assez à faire avec Marie Kondo et ses dogmes du rangement de placard, les adeptes du batch cooking et les gourous de la healthy food (d’après vous, qui s’amuse à couper les légumes pour la semaine le dimanche soir ?) ou les influences déco d’Instagram et leurs intérieurs parfaits. 

Comme si on n’avait pas assez à faire à gérer toutes ces injonctions, on rajoute à notre charge mentale la charge mentale d’organiser notre charge mentale.

Cet article résumant l’émission « La tête au carré » en est la parfaite illustration. Son titre « Charge mentale : solutions pratiques pour ne pas se laisser déborder » est déjà symptomatique. Si la charge mentale est déséquilibrée, ce ne serait pas à cause d’une mauvaise répartition des tâches au sein du couple mais par ce qu’on se « laisse déborder ». 




Et ce « on » est une femme d’après l’illustration, incarnée par une shiva qui manie à la fois l’aspirateur, l’ordinateur et le bébé. Tout ça avec le sourire bien sûr. 

Les conseils adressés aux femmes sont du même acabit : pour gérer sa charge mentale, il suffit de faire des to-do lists, de faire bosser les enfants, de planifier le temps alloué à chaque tâche et d’identifier les piliers de sa vie. Et une fois qu’on a fait tout ça, de trouver le temps d’avoir des moments de pleine conscience. 

Dernier conseil qui vaut son pesant de cacahuètes : ne pas en faire trop. LOL.

On notera l’absence totale de présence masculine au sein de l’article. En revanche, ils sont sur-représentés parmi les experts interrogés : 2 hommes pour une femme. Cherchez l’erreur.

Souvent sollicitée pour intervenir sur le sujet dans les médias (et plus récemment en entreprise), je ne sais jamais quoi répondre (à part renverser le patriarcat). Je me suis donc dit qu’il serait intéressant de sortir des habituels clichés faisant peser l’organisation du foyer sur les épaules des femmes. 

En partageant mes quelques conseils persos d’abord (qui n’ont bien sûr pas de valeur d’universalité). Et en donnant la parole à mes abonné.e.s Twitter.

Voici donc ce qui me permet (un peu) d’alléger ma charge mentale. Je précise par honnêteté que nous sommes néanmoins loin de l’égalité absolue dans notre couple :

-Lister l’ensemble des tâches à réaliser. Selon moi, chiffrer est la meilleure façon de faire avancer l’égalité et de lutter contre cette fausse impression d’égalité malheureusement si répandue. Ça marche dans les médias (compter le nombre de femmes en une), dans le traitement de la question des violences faites aux femmes (compter le nombre de féminicides). Ça marche aussi dans la répartition des tâches ménagères pour lesquelles beaucoup d’actions sont invisibles.

- Organiser son incompétence ménagère : je ne sais pas bien repasser et n’ai aucune envie de m’améliorer. Donc quand mon mari a besoin d’une chemise en urgence, il sait qu’il la repassera mieux que moi.

- « Celui qui fait a raison » : même si ça me brule les lèvres, je ne dis rien si les pâtes ne sont pas cuites exactement comme je les aime ou si la vaisselle n’est pas rangée comme je le fais d’habitude. Et celui qui fait fait jusqu’au bout. Exemple faire à manger c’est d’abord penser à l’idée du repas, faire les courses, faire à manger et nettoyer la cuisine.

- Ce qui marche très bien chez nous, c’est que nous nous occupons chacun d’un de nos enfants dans la gestion du quotidien. Mon mari gère TOUT ce qui a trait à mon fils : les visites chez le médecin, l’orthodontiste, les réunions de parents d’élèves (nous y allons néanmoins souvent à 2), le tri dans les vêtements et l’achat de nouveaux vêtements, les papiers administratifs. Et moi idem pour ma fille. Du coup nos moments à 4 sont plus apaisés et pas pollués par d’autres considérations. Bien sûr, il n’y a rien de figé et nous inversons très régulièrement. Je précise que ça ne s’applique pas aux sorties, aux films regardés ensemble et à tout le reste des loisirs passés à 4.

- J’ai la chance (enfin ça dépend des jours) d’avoir un mari plus maniaque et beaucoup plus intéressé par la déco que moi. Du coup, puisqu’il est davantage gêné que moi par des carreaux pas propres, il s’y colle. C’est aussi lui qui va faire du shopping pour trouver la jolie lampe ou le beau tapis alors que moi je me contenterais d’une table basse Ikéa à 20€

Passons maintenant aux conseils délivrés par mes abonnés Twitter :

- "Une petite astuce : inverser les numéros de téléphone dans les fiches de renseignement scolaires. Ainsi, le papa est contacté en premier systématiquement en cas de souci" (Elisabeth Raynaud)

- « On s'efforce de tout faire en alternance, ça évite la frustration du type "c'est moi qui fait les trucs les plus pénibles !", et garantit que chacun est autonome en cas de déplacement de l'autre (fréquent chez nous) » (@Titechofie)


-«  Chez nous on a reparti par domaine et ça comprend la charge mentale liée au domaine en question » (@FilledAlbum)


- « Très spécifique mais avec mon coloc on utilisait Chorewars. Par extension, des systèmes très cliniques ou on attribue une valeur mathématique à chaque tâche, ça permet vite une vision d'ensemble assez incontestable de qui fait quoi et d'effectuer des réajustements, (faut juste faire attention a comment on quantifie la valeur de chaque tâche à la base). Ça rencontre un peu de pushback sur le thème "gnagnagna c'est pas naturel/romantique/c'est triste d'en arriver là" -> raf, c'est des entourloupes pour maintenir un flou artistique qui permet les abus. Bref, avoir un moyen quantifie de visualiser la situation plutot que les perceptions subjectives, ça aide » (@Mar_Lard)


- « Rappeler que selon les stats un mec célibataire fait pas beaucoup moins de tâches ménagères qu'une femme célibataire ce qui démontrera à ton public que non les femmes ne sont pas "plus propres" que les mecs. Parler des études montrant que les mecs ont des stratégies pour éviter de faire le ménage (se dire malades etc). Il y a une différence de seulement quinze minutes de temps de ménage entre un mec célibataire et une femme célibataire. Ça change dès la mise en couple hétérosexuel » @valerieCG (NDLR : conseils destinés à une présentation du sujet en entreprise)


- « Lister les tâches, les diviser en 2. + 1 exemple : «vêtements» ne veut pas juste dire «faut qu’ils soient habillés», mais aussi : trier, ranger, donner, acheter, prévoir en avance. Idem pour : visites médicales (pas seulement les emmener mais : planifier et prendre rdv aussi). Et apprendre à laisser faire + savoir répondre aux inévitables «mais je ne sais pas faire ». Réponse : «Avec YouTube, on trouve des tutos pour tout, y compris trier le linge ou éplucher des patates » » @artzner_france


- « Penser en termes de résultat attendu et pas en termes de tâches d'exécution : "donner des croquettes au chat" c'est pas pareil que "veiller à ce que le chat ait toujours des croquettes". Idem : "faire la cuisine" vs "faire en sorte que le repas soit prêt pour telle heure" » @chiara_chiarel


- « Commencer par prendre conscience de la différence dans le couple (ce qui n'est pas gagné chez nous non plus). Chronométrer les tâches (NDLR : avec Maydee par exemple). Aussi DÉFINIR TOUTES les tâches. Ex : j'ai beau aimer cuisiner, c'est pas toujours fun le soir. Beaucoup en parler. Régulièrement. Mettre en place des calendriers et Todo communs (avec des appli de bases hein) pour pouvoir décharger sa charge mentale sans la mettre instantanément sur le dos de l'autre. En parler encore. Remercier l'autre. Prendre du recul sur certaines urgences. En parler ensemble » (@s_rousseau)


- « On a opté pour un agenda. On note les tâches qui ont été faites et par qui. Mr commence à prendre conscience de toutes les tâches que je fais, mais surtout toutes celles qui sont à faire (et qu'il ne voit pas forcément) » @lAlienbleue


- « On a réparti une majorité de tâches et j'ai renoncé au "fait à la perfection". De même je ne m'enquiquine plus avec certaines conventions sociales : le tshirt de mon fils n'est pas repassé, c'est pas grave, en-dessous d'un pull ça ne se voit pas. De même, bien souvent si mon mari veut une chemise repassée, eh bien il se débrouille. Mon loustic a sept ans, depuis quelques temps il est en charge de quelques menues tâches, comme dépendre le linge sec et plier les serviettes. Bref, je me décharge allègrement. Et j'ai appris à batailler avec mon moi interne qui me dit que la pile de serviettes n'est pas parfaitement pliée ou que les verres dans l'armoire ne sont pas rangés pour maximiser la place. Pas évident mais de plus en plus souvent je gagne, mais c'est long d'arriver à dire flûte à sa "bonne" conscience, mais ça vaut le coup. Ma maxime : "je ne vis pas dans un musée" » @StephanieHuart


- « Après beaucoup de tensions, on a réparti quelques tâches : lui les sols, moi la salle de bains et les toilettes. Lui les poubelles, moi les lessives communes (draps, serviettes). Ça suppose de lâcher prise vraiment : j'accepte que ce soit mal / pas fait. Pas mon problème. Ça va beaucoup mieux »  @Pseudomiro


« Sinon pour illustrer, avec des témoignages, les tâches concernées (et en faire prendre conscience à l'autre), j'avais bien aimé l'instagram de @MleSourire : instagram.com/taspensea/ » @LouiseMitoo

Et vous, quels sont vos conseils pour mieux répartir la charge mentale au sein de votre couple ?

 

vendredi 23 novembre 2018

Journée de lutte contre les violences faites aux femmes : infographie "Les mots tuent"

Lundi prochain, je participerai à Toulouse au débat organisé par l’association des Journalistes de Toulouse et sa région (AJT-R) « Le poids des mots dans le traitement médiatique des violences faites aux femmes ».
A quelques jours de la journée de lutte contre les violences faites aux femmes, j’ai trouvé intéressant de prendre de la hauteur et d’aller au-delà du simple constat en analysant les 334 articles épinglés sur le Tumblr "Les mots tuent".
Je précise qu’il ne s’agit nullement de faire du « Name and shame » ou de donner des leçons aux rédactions d’autant que certaines ont déjà entrepris un travail de réflexion pour améliorer le traitement des violences sexistes et sexuelles dans leurs colonnes. 
Par ailleurs, en tant qu'ex-journaliste web,  je connais la pression de l'audience et du clickbait et l'urgence dans laquelle les journalistes sont souvent contraint.e.s de travailler. Je sais aussi que, parfois, les titres sont réécrits par les rédacteur.rice.s en chef afin de faire du buzz sans l'aval de leurs auteur.e.s.
Le but de cette infographie est donc de dresser un état des lieux et un bilan afin d’envisager ensemble comment offrir aux lecteur.rice.s l’information la plus juste et la plus objective possible.
L'analyse de ces chiffres se trouve juste après l'infographie.


L’infographie nous apprend que :
-        Le Tumblr est extrêmement représentatif de l’ensemble de la presse puisque 90 titres y sont épinglés
-        La PQR (presse quotidienne régionale) est sur-représentée dans le Tumblr. Un secteur plus masculin que la moyenne :d’après les données de la CCIJP (Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels), la PQR ne compte que 37,6 % de femmes journalistes versus 46,3% toutes rédactions confondues
-        Le genre des auteur.e.s des articles n’est pas identifié pour 58% des titres épinglés. Ils sont soit signés par « la rédaction » soit par des initiales. Les femmes représentent 16% des auteures (ce qui prouve qu’on peut être une femme et avoir intériorisé les stéréotypes de genre). Les hommes, quant à eux, représentent 26% des auteurs
-        Le pourcentage d’articles corrigés est en constante augmentation : de 0% d’articles parus en 2015, on passe à 4% en 2016 et à 15% en 2017, preuve que le travail de sensibilisation a porté ses fruits. Le Tumblr a bénéficié d’une forte exposition  dès son lancement soit une cinquantaine de retombées médiatiques (Brut, Le Monde, Libération, France Inter…). Néanmoins, le pourcentage d’articles corrigés tombe à 8% en 2018. Restons positifs, l’année n’est pas terminée !
J’en profite pour remercier les contributeur.rice.s qui me signalent régulièrement les articles problématiques : votre aide est précieuse.
Si vous aussi vous souhaitez me signaler un article, 3 solutions : m’écrire à lesmotstuent(@)outlook.fr , me mentionner sur Twitter @sophie_gourion ou identifier l’article avec le hashtag #LesMotsTuent.



mercredi 31 janvier 2018

Meurtre d'Alexia Daval : 4 expressions que les journalistes auraient dû bannir ou contextualiser


Le meurtre d’Alexia Daval est emblématique, à plus d’un titre, du traitement journalistique des violences faites aux femmes. Euphémisation, absence de contextualisation, victim-blaming : autant de procédés qui contribuent ainsi à banaliser ou à excuser les féminicides. 

Un constat que j’ai, à de nombreuses reprises, dressé dans mon Tumblr « Les mots tuent ». Cet outil, qui contient plus de 300 articles à ce jour, est la preuve que ce phénomène est global et récurrent.

Retour sur 4 expressions qu’il aurait fallu bannir ou contextualiser (en précisant qu'il s'agissait des propos de l'avocat du meurtrier) pour traiter correctement du meurtre d’Alexia Laval.

1°) Drame conjugal/crime passionnel : ces expressions sont problématiques car elles mettent sur le même plan le coupable et la victime dans une symétrie supposée de la violence. Elles laissent entendre que la cellule familiale, la conjointe ou la compagne, ont une part de responsabilité dans ces violences.  Il n’y aurait alors que des meurtriers malgré eux, les femmes étant considérées comme les éléments perturbateurs du couple.

Par ailleurs, le mot « drame » est issu du champ lexical du théâtre : ce terme n'est pas une expression neutre, il fait appel à l'affect et à l'émotion. Il a pour but de romantiser l'horreur du crime pour attirer la compassion. Le meurtrier n'est plus un homme violent mais presque un héros de roman, pris dans les turpitudes de la passion ou de la jalousie. Il tue malgré lui.
Pourtant la réalité est plus prosaïque et les études prouvent que le refus de la séparation est le principal mobile du passage à l’acte : le meurtrier tue car il ne veut pas que sa compagne/conjointe lui échappe. Un crime possessionnel plutôt que passionnel donc.

2°) Accident : ce mot a été repris partout, même par l’AFP en dépit de la charte signée en début d’année l’engageant à mieux traiter des violences faites aux femmes. Or, une contextualisation aurait été nécessaire, sous forme de guillemets par exemple, pour préciser que ces mots étaient ceux de l’avocat du meurtrier et non pas une conclusion des résultats de l’enquête. Quelques heures après, la procureure de la République de Besançon, Edwige Roux-Morizot, s’est pourtant exprimée publiquement pour affirmer « que la mort a été donnée volontairement et non pas accidentellement ». Trop tard, l’expression s’était déjà imprimée dans les esprits de chacun, à grand renfort de titres outranciers et de bandeaux en continu sur les chaînes d’information. Pour rappel, les violences sont rarement accidentelles comme nous l’apprend cet article (source @valerieCG) : en 2010, 64,1% des hommes violents l'avaient déjà été avec une précédente partenaire, 20,3% avec des enfants, et 30,9% avaient commis d'autres violences.
 


3°) Une crise de couple/une dispute ayant mal tourné : là encore, cette expression, basée sur les dires de l’avocat du meurtrier, laisse entendre que les responsabilités sont partagées. Elle circonscrit à la sphère intime des phénomènes de société qui les dépassent largement. Comme si ces féminicides étaient des faits isolés plutôt que des phénomènes systémiques. Or, les chiffres sont accablants : ¾ des victimes d’homicides conjugaux sont des femmes. Plutôt que d’interroger l’histoire du meurtrier, on lui trouve déjà des excuses. Au début de l’enquête, alors que la piste de la mauvaise rencontre lors du jogging était évoquée, des articles louaient la personnalité de la victime « cet immense sourire transperçant. Le reflet d’une personnalité. Alexia souriait à la vie. Une battante qui construisait son bonheur, mais qui prenait le temps d’être gentille et attentionnée », l’avocat du meurtrier affirmant même « je n’ai pas connaissance de difficultés familiales, de difficultés de couple ». Depuis que la piste du meurtre conjugal est confirmée, changement de registre, on apprend alors que la victime « avait une personnalité écrasante », que le meurtrier se sentait complètement écrasé, rabaissé » « Alexia, en période de crise, pouvait avoir des accès de violence extrêmement importants à l'encontre de son compagnon ». Pire, la reprise des arguments de l’avocat du meurtrier affirmant qu’il « y avait 2 victimes dans cette affaire » met sur le même plan de manière totalement indécente la victime et son meurtrier. Le choix de l’iconographie est également éloquent : c’est le visage larmoyant du meurtrier qui s’affiche partout alors que celui de la victime apparait beaucoup plus rarement.

4°) Gendre idéal, pas la tête de quelqu’un qui veut tuer sa femme : grand classique des meurtres sur conjoint, interroger les voisins, les collègues qui déclareront tous que le meurtrier était quelqu’un de très aimable qui disait toujours bonjour et qui n’avait pas le physique de l’emploi. Pourtant, plutôt que d’enchaîner ces témoignages sans grande valeur informationnelle, il aurait été plus pertinent d’interroger des expert.e.s de la question des violences conjugales. L’occasion de découvrir qu’il n’existe pas de portrait-type du meurtrier conjugal, de par la diversité des âges et des milieux professionnels représentés. Et que contrairement à une idée reçue, "l’absorption d’alcool ou de drogue n’est pas un facteur déterminant des violences. Dans 60 % des cas (83 faits), on ne constate la présence d’aucune substance susceptible d’altérer le discernement de l’auteur et de la victime au moment des faits, ni aucune autre addiction, note l’étude du ministère de l’Intérieur. De la même façon, les troubles psychologiques ne jouent pas un rôle essentiel, puisqu’ils apparaissent chez seulement 20 auteurs de violences, hommes et femmes confondus".