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lundi 16 mai 2016

Qui a fait croire à ma fille qu'elle était grosse?


« Maman, tu trouves que je suis grosse ? »

Quand ma fille de 7 ans m’a posé la première fois cette question, j’ai commencé à tiquer. 

Puis quand elle a demandé à se peser, je me suis dit que quelque chose ne tournait pas rond.

J’ai alors réalisé que nous avions récemment fait ensemble un tri drastique dans sa penderie : les ¾ de ses pantalons, pourtant achetés au cours de cette année ne lui allaient pas, non pas au niveau de la longueur mais de la taille.

Souvent, je la retrouvais le soir, la taille cisaillée à cause de l’étroitesse des vêtements et le matin, c’était des contorsions sans fin pour arriver à passer ses jambes l’une après l’autre dans les pantalons. 

Quant aux t-shirts, ils lui découvraient souvent le nombril si je ne lui achetais pas systématiquement une taille au-dessus. Je précise que je n’ai jamais rencontré ce genre de désagrément avec mon fils ainé.

Pourtant ma fille est plutôt mince, elle a juste un petit ventre. Enfin, je devrais dire plutôt : elle a un ventre. Elle est également pourvue des cuisses et non pas de tiges longilignes. Des éléments anatomiques dont les fabricants de vêtements pour filles semblent totalement faire abstraction.

Il y a quelques mois, j’errais désespérément dans les rayons de vêtements pour filles à la recherche d’un pantalon à taille élastique et à la coupe droite et confortable. J’y ai alors croisé une mère aussi dépitée que moi et nous avons échangé à ce sujet : elle aussi déplorait l’impossibilité de trouver un pantalon autre que slim. Et me confiait devoir prendre systématiquement une taille au-dessus pour que sa fille puisse respirer et ne pas avoir le nombril à l’air.

En voyant passer les tweets de Sacripanne puis son billet « Attention ça taille un peu petit », j’ai alors réalisé que nous n’étions pas seules et que ce phénomène n’avait rien d’isolé.

Voici une photo tirée de son billet : 


« Dessus un t-shirt fille  en taille 3 ans. Dessous un t-shirt garçon taille 3 ans. Sans même focaliser sur la longueur, il y a bien 2-3 cm d'écart (à multiplier par un devant et un dos, donc le double, voyez ce que ça fait comme différence sur un corps d'enfant) en largeur ».



« Je suis dans une rage folle. Contre le monde. Contre les injonctions faites sur le corps de toutes petites filles. Sur le fait de faire flipper des parents si tôt, sur les fabricants, les distributeurs, les cons. En colère.


Et je partage avec vous.


Pour que tous les parents qui se disaient que c'était bizarre, cette taille de vêtement, tiltent comme j'ai tilté. Pour qu'on ait encore moins de remords à piocher dans les rayons qui leur vont, pour qu'on coupe leurs étiquettes (ça rend le tri compliqué, je sais, j'ai fait !), pour qu'on les rassure, pour qu'on soit de moins en moins nombreux à être dupes et de plus en plus nombreux à être scandalisés.


Parce que c'est un scandale. »

L’injonction à la minceur n’attend donc pas le nombre des années. Et le phénomène est mondial.

En faisant quelques recherches, je suis ainsi tombée sur cet article du DailyMail daté de 2014 : une mère de York, Pennsylvania, raconte avoir écrit une lettre à la chaîne de magasins Target pour dénoncer la différence flagrante de tailles entre vêtements pour filles et ceux pour garçons, photos à l’appui.




Récemment, j’ai aussi découvert qu’un journal destiné aux filles de 8 à 13 ans, « Discovery Girls », délivrait des conseils pour choisir son maillot de bain en fonction de sa morphologie (qu’est ce qu’une morphologie à 8 ans, sérieusement ?).


« If you're curvy up top, coverage is key » : « si vous avez des courbes en haut, se couvrir est la solution »

En avril dernier, enfin, la marque Playmobil créait la polémique en postant sur page Facebook cette image.


Histoire de formater les petites filles dès le plus jeune âge et les préparer à l’épreuve du maillot de bains.

Face à cette profusion d'exemples et d'anecdotes, je n’aurais qu’un conseil : parents, soyez vigilants. 

Et parlez à vos filles avant que les marques ne s’en chargent.


lundi 12 octobre 2015

Quand Patricia Blanchet prend ses clientes pour des Konnasses

Mère coupable, connasse ou bande de salopes : j'en avais parlé récemment ici, les vêtements à messages affichant des insultes sexistes ont tristement le vent en poupe.

Après le collier "Connasse", la mini-série "Connasse", le livre "La femme parfaite est une connasse", et le t-shirt "Connasse, voici les chaussures "Konnasse". 

Ouh comme c'est original et subversif!



Déception, ce nom (beaucoup moins brillant que les paillettes qui habillent les escarpins), a été pondu par Patricia Blanchet, une créatrice dont j'adore les chaussures. J'ai d'ailleurs une paire de boots de la marque, bleu turquoise et éclair argenté, façon Wonder Woman. A des années lumières des insultes sexistes donc.

Quelques clientes ont depuis fait part de leur déception sur la page Facebook de la créatrice (pas la majorité, la plupart trouvant les chaussures "géniales" en dépit de leur nom) en supposant que Patricia Blanchet avancerait l'excuse du second degré comme toute marque prise la main dans le sac.

Pour une fois, pas du tout, la créatrice assumant visiblement son choix : "Pas de second degré- Bisous".

Traiter ouvertement ses clientes de connasses en concluant par des bisous, un comble pour une marque créee par une femme et pour les femmes non? Sans compter que le registre "passif-agressif" sur une page Facebook, c'est moyennement professionnel pour une créatrice de cette renommée.

J'ai cherché, pas de trace d'une ligne de chaussures haut de gamme pour hommes intitulée "Connard". Double standard quand tu nous tiens...

Mise à jour : Depuis, les posts en question ont été supprimés et certain.e.s commentateurs.trices banni.e.s de la page. Une gestion de la communication décidément désastreuse de A à Z...


 






lundi 15 juin 2015

Mère coupable, bande de salopes ou connasse : mon top 10 des t-shirts les plus sexistes



Les vêtements à messages ont le vent en poupe. Pourtant, alors qu’ils pourraient être l’occasion pour tordre le cou aux stéréotypes ou promouvoir l’empowerment des femmes à travers des messages positifs, ils se contentent souvent de filer la métaphore sexiste.
Démonstration en 10 exemples totalement subjectifs.

1°) Trop mignonne pour faire mes devoirs


"Too  pretty to do my homework" (trop mignonne pour faire mes devoirs) : visiblement, pour la marque de vêtements pour ados "Wet Seal", une jeune femme ne peut être à la fois jolie et intelligente. En 2011, la marque JC Penney avait déjà crée la polémique en commercialisant un t- shirt dans le même esprit estampillé "Too  pretty to do my homework so my brother has to do it for me" (trop mignonne pour faire mes devoirs donc mon frère les fait à ma place). Devant le bad buzz, elle avait été contrainte de les retirer des rayons.

2°) Certifiée mère coupable

Après la mode des mères indignes, voici venu le temps des "mères coupables" affichées en toutes lettres sur des t-shirts ( merci @vgbell pour la découverte). Coupables de quoi ? De "vouloir se baigner dans un verre de Mojito géant". Ces vêtements sont vendus sur le blog du même nom qui, d’après son auteure, "fait passer de drôles de messages sur des t-shirts et autres produits dérivés pour décomplexer les mamans d’aujourd’hui". Merci pour l’œuvre de salut public hein. Sauf que comme Nadia Daam, nous sommes beaucoup à saturer de la mode des mères indignes qui "surjouent le cynisme sans être motivés par une réelle réflexion et volonté de démythifier la parentalité. Mais surtout, parce que ces personnages sont récupérés à des fins commerciales: le mouvement qui voulait déculpabiliser les parents est finalement en train de les gonfler. Si à la base, il s'agissait de dire "Je ne suis pas une mère parfaite, et alors? ", le message est aujourd'hui dévoyé en "Hey, les mauvais parents, achetez mon livre, des billets pour mon spectacle". 

Et mes t-shirts.  De plus, cette rhétorique du parent indigne ne concerne que les mères, il suffit de jeter un œil aux vêtements commercialisés pour s’en rendre compte.  Point de t-shirt "Père indigne" ou "Père coupable" sur les sites de vente en ligne concurrents. En revanche, pléthore de "Papa cool", "Super Papa" ou "Papa VIP", qui, eux, ne se sentent nullement coupables de vouloir de temps en temps se baigner dans un verre de Mojito géant.


3°) Je m'entraîne pour être la femme de Batman


 
"Training to be Batman's wife" (je m'entraîne pour être la femme de Batman) : pour DC Comics, la célèbre maison d’édition américaine, les hommes rêvent de devenir des super-héros et les femmes…de les épouser ! Dansun billet cinglant, la blogueuse PJ says remet les pendules à l’heure : "Je n'en ai rien à faire d'être la femme de Batman, moi ce que je veux c'est être Batman". 


Un bad buzz qui n’a rien d’inédit puisque quelques jours avant DC Comics avait déjà fait polémique en commercialisant un t-shirt avec l’inscription "Gagné ! Superman emballe à nouveau".

4°) Bande de salopes


Gone est une marque française vendue sur le site RAD dont les vêtements sont "hautement expressifs et interpelleront". Comprendre, honteusement sexistes à défaut d’avoir un vrai contenu de marque à véhiculer. On trouvera donc parmi la collection le sweat-shirt "Bande de salopes" "Aujourd’hui pas de culotte" ou "Femme de bandit" (décidément, se définir comme "femme de" est un grand classique du t-shirt à message).

5°) Keep calm and rape a lot


Le célèbre slogan "Keep Calm and Carry On" (Restez calmes et continuez) a été de nombreuses fois détourné de manière humoristique : "Keep calm and don’t stress » ou "Keep calm and eat chocolate" par exemple. En revanche, on rit beaucoup moins en découvrant les vêtements de la marque américaine Solid Gold Bomb incitant à la violence conjugale. Vendus sur Amazon,  ces t-shirts revisitent le célèbre slogan avec "Keep Calm and rape a lot" (Restez calmes et violez beaucoup) ou encore "Keep Calm and hit her" (Restez calmes et frappez-la). La marque, littéralement prise d’assaut sur les réseaux sociaux, a été contrainte de s’expliquer et a invoqué une erreur due à l’utilisation d’un algorithme générant automatiquement des slogans à partir d’une base de milliers de mots.

6°) Connasse

La "connasse" est tristement devenu un véritable phénomène de mode. Après le collier "Connasse", la mini-série "Connasse", le livre "La femme parfaite est une connasse", voici donc le t-shirt "Connasse". Ou comment les femmes s’auto-sabotent en ayant l’impression d’être subversives et décalées. On me répondra que c’est de l’autodérision. Une faculté dont les hommes semblent être cruellement dépourvus si l’on jette un coup d’œil à la collection masculine de la marque : ici point de connard ou de salaud, seulement du "Voyou au grand cœur"  du "Prince charmant" ou du "Garçon chic". Cherchez l’erreur.

7°) Allergique à l’algèbre


Pour certains fabricants de vêtements, les clichés sexistes à destination des jeunes filles ont décidément la vie dure. Après Wet Seal et JCPenney, c’est à la marque pour ados Forever 21 de commercialiser un t-shirt pour filles rose, portant l’inscription "Allergic to algebra" (allergique à l’algèbre). Ce genre d'affirmation "sape les efforts entrepris pour lutter contre la sous-représentation des femmes dans les filières scientifiques", a déclaré Erika Ebbel Angle, ancienne Miss Massachusetts et fondatrice de plusieurs projets éducatifs en sciences, dans un communiqué. La représentante de la marque a depuis présenté ses excuses et assuré prendre les mesures nécessaires.

8°) Eat less

La marque américaine de prêt à porter Urban Outfitters a crée la polémique en 2010 en commercialisant un t-shirt estampillé de l’injonction "Eat less" (mange moins). Comble de l’ironie, le vêtement était porté par un mannequin ne dépassant pas la taille 36. Accusée de promouvoir l’anorexie et la taille zéro, la firme a dû retirer son vêtement de la vente. Ce qui ne l’a pas empêché de commercialiser l’année dernière un t-shirt de très mauvais goût, barré du mot "Dépression".
 
9°) Coupe du Monde 2014

Carton rouge pour la marque Adidas  qui a joué la carte de l’humour sexiste à l’occasion de la Coupe du Monde de football 2014. L’équipementier sportif a ainsi choisi  d’imprimer sur ses t-shirts des illustrations pour le moins suggestives : les fesses inversées d’une femme en string sur l’un, une jeune femme sexy en maillot de bain, ballon à la main accompagnée de l’inscription: "Looking to score" ("cherche à marquer un but") sur l’autre. Dans un communiqué, la ministre brésilienne des politiques pour les femmes, Eleonora Menicucci, a déclaré : "Il est inadmissible qu’une multinationale de produits sportifs comme Adidas (…) vende des tee-shirts avec des images et des phrases qui lient le Brésil au tourisme sexuel. Cette campagne stimule la prédation sexuelle (…). Elle manque de respect à notre pays et l’agresse en reproduisant un imaginaire que nous nous efforçons sans relâche d’enterrer définitivement. "

10°) La vérité sur les filles


A l'occasion du lancement de la Nouvelle Renault Twingo, l'enseigne automobile a commercialisé en février dernier une collection capsule nommée "La vérité sur les filles" composée dune ligne de sweats, tee shirts et tote bags. Alors que l’opération aurait pu être l’occasion de battre en brèche les clichés, la marque s’est enfoncée dans les stéréotypes sexistes, à l’image des phrases imprimées sur ces sweat-shirts : "Je mange du gluten", "Je crois au prince charmant et aux licornes", "Je ne suis pas chiante, je suis cérébrale", "J’adore les enfants (quand ils dorment) ", "Je suis un cordon bleu du surgelé", ou encore "Femme jusqu’au bout de mes sneakers". Des femmes uniquement définies par leur régime, leur prince charmant, leur cuisine et leur apparence. Renault n’en est pourtant pas à son coup d’essai question campagne sexiste : en 2014, un spot de pub diffusé par Renault en Belgique pour promouvoir la nouvelle Twingo avait été retiré quelques heures après sa mise en ligne sur les réseaux sociaux.  On y voyait un une jeune femme garer sa voiture sur le terre-plein central d'un rond-point puis noter son numéro sur une serviette hygiénique,  déposée sur le pare-brise.




vendredi 29 mai 2015

RE-CREATION : mon expérience de jurée d'un prix de mode éthique


Crédit photo : David Gaudichaud

La vie est drôle parfois. Tous les 2 mois, lorsque j’accompagne mon fils chez l’orthodontiste, je ne peux m’empêcher de lever la tête en sortant du métro, captivée par ce bâtiment transparent où s’agitent des étudiants. J’imagine les robes, les modèles, les patrons, les coutures, les bâtis et surtout j’envie ces jeunes qui peuvent vivre leur passion au sein de ce joli endroit dédié à la mode et au design, l’Istituto Marangoni.


Coup du hasard, j’ai reçu il y a quelques semaines un message de l’Istituto Marangoni m’invitant à participer en tant que jurée au prix « RE-CREATION».  L’initiative m’a immédiatement enthousiasmée d’autant que le but du concours était de sensibiliser les jeunes créateurs et le public au développement durable dans la mode (une problématique que j’avais déjà abordée pour l’Express Styles).

A cet effet, une quinzaine d’étudiants en 2ème année de « Fashion Design » ont créé une silhouette à partir de 20 vêtements choisis par eux à la Friperie Solidaire avec une utilisation maximum d’éléments issus du recyclage. Un projet qu’ils ont dû mener en plus de leurs cours et qui ne leur rapportait aucun point supplémentaire. Une initiative doublement louable donc !

Les notes se décomposaient de la façon suivante : 10 points étaient attribués à la créativité, 10 portaient sur l’utilisation maximum d’éléments issus du recylage.


Voici ma petite sélection de modèles :

Un formidable travail du cuir avec cet ensemble militaire




Un ensemble sportswear réalisé par le seul homme du concours !




Mon coup de cœur du concours, une tenue qui fait totalement oublier les vêtements d’origine (que l’on peut apercevoir sur la planche suivante)




Mon deuxième coup de cœur : une silhouette très japonisante, inspirée de l’univers de « Comme des garçons »




Une robe faite à base de rideau, pull et chemise d’homme




La créatrice de cette robe était malheureusement absente ce jour-là, je n’ai donc pas pu avoir d’explications sur sa création



Une chemise à pans très aérienne




Un ensemble noir, réchauffé par des fleurs bariolées



Un ensemble bicolore à bords francs



Une robe baroque et colorée




Un ensemble marin très chic




Une robe de mariée, réalisée à partir de draps et de perles récupérées sur un t-shirt




Une robe très « wonder Woman » créée à partir d’une veste, d’un drap et d’un châle





Un ensemble militaire très créatif dont le haut a été réalisé à partir d’un pull détricoté et dont le dos se transforme en sac à dos.



J’ai trouvé l’exercice de notation particulièrement intéressant et j’ai découvert à quel point la personnalité du créateur est importante dans la note finale. Certaines silhouettes, qui, au prime abord, ne m’inspiraient pas d’intérêt, revêtaient, après les explications du créateur une toute autre dimension. Après avoir compris l’intention du designer, entendu l’histoire des vêtements, certaines notes passaient parfois, dans mon cas, du simple au double. D’où la nécessité de ne pas être seulement un créatif mais également de vendre une histoire  (cet impératif est également valable dans la plupart des métiers créatifs d’ailleurs).

Voici donc les visages des 3 gagnantes (fierté de voir 2 de mes coups de cœur représentés !). Bravo à elles pour le superbe travail réalisé !


Crédit photo : La fashionerie


Vous pourrez admirer les créations des étudiants lors du salon Emmaüs le 14 juin, à la Recyclerie du 19 au 20 juin, sur le festival Atmosphère du 16 au 20 septembre.

Pour en savoir plus :

Le blog de PikPik environnement
Le site de l’Istituto Marangoni
Le site de la friperie solidaire