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mardi 8 septembre 2015

Etude - Jeux Iphone pour enfants : des pixels et des stéréotypes



En janvier dernier, j’avais épinglé sur le blog une application Iphone destinée aux enfants de 9 ans et plus intitulée «Chirurgie esthétique et chirurgien esthétique et clinique version Barbie». Ce jeu proposait aux petites filles de s’entrainer à pratiquer la liposuccion avant d’être retiré par l’App Store suite au buzz suscité sur les réseaux sociaux.

Pour autant, les jeux pour enfants que l’on trouve aujourd’hui sur cette plateforme sont-ils tous exempts de stéréotypes ?

En jetant un œil sur les applications téléchargées par ma fille de 7 ans, comme je le fais régulièrement, j’ai été surprise par le nombre de jeux portant sur l’apparence (comment se maquiller, se coiffer, s’habiller) ou tournant autour du « care »(s’occuper d’un bébé ou d’un animal, le soigner).

Après lui avoir demandé comment elle était tombée sur ces applications, ma fille m’a expliqué avoir tapé « jeux pour filles » dans le moteur de recherche de l’App Store (on a beau avoir une mère féministe lui expliquant à longueur de temps qu’il n’y a pas de jeux de filles ou de garçons, certains réflexes restent profondément ancrés).

Pour en avoir le cœur net, j’ai donc décidé de mener l’étude suivante : comparer les 100 premiers jeux proposés par Apple en tant que « Jeux de filles » et « Jeux de garçons » et disponibles sur Iphone.


Un petit aperçu des 27 premiers jeux du classement du 3 septembre dernier



J’ai pour cela tapé « Jeu pour fille » et Jeu pour garçon » dans le moteur de recherche de l’App Store le 3 septembre dernier et ai classé les 100 premiers résultats proposés par Apple au sein d’un tableau Excel comprenant les 8 catégories suivantes:

-       Beauté/Cuisine/Décoration/Care
-       Action/Rapidité/Adresse
-       Construction/Stratégie
-       Profession médicale
-       Graphisme/Vocabulaire/Histoires
-       Musique
-       Religions
-       Rencontres (oui, ça existe !)

Pour comprendre d’où sortent ces 100 premiers jeux, cet article explique comment l’algorithme d’ Apple utilise plusieurs critères pour faire remonter une application plutôt qu’une autre au sein de l’App Store : le choix des mots clés, le visuel, la description, les notes, mais aussi le nombre de commentaires entrent en ligne de compte.

Ce classement évolue régulièrement, il a d'ailleurs changé depuis mon étude, qui ne constitue qu'une photographie à l'instant T du Top 100 de l'App Store.

Voici ce qu’il ressort de mon étude :

- > 57% des 100 premiers jeux pour filles, soit près de 6 jeux sur 10 portent sur l’apparence (comment s’habiller, se coiffer, se maquiller, se relooker), la cuisine, la décoration ou le « care » (s’occuper ou soigner un bébé ou un animal).

Certains d’entre eux ont particulièrement retenu mon attention :

« Soin de bébé » propose de s’occuper d’un bébé d’une façon un peu particulière : soin du visage, extraction de boutons et maquillage sont ainsi au programme ! Parce qu’il n’est jamais trop tôt pour commencer l’hypersexualisation !





« Dr Spa » : contrairement à ce que laisse penser le titre, cette application n’a rien à voir avec l’exercice d’une quelconque profession médicale. Le but du jeu : relooker une infirmière sexy !



« Air plucker » : Vade retro poil maudit, ce jeu pour petites filles leur apprend à s’épiler !


 
« My boyfriend Spa » : parce que, c’est bien connu, les hommes sont de grands bébés qui se laissent aller et les femmes des esthéticiennes en puissance, ce jeu propose de laver son petit ami, de lui enlever les boutons enkystés dans son dos, de le raser et de soigner ses vilains chicots cariés.



-> Seulement 21% des jeux de la rubrique « Jeux pour filles » sont des jeux d’action ou de rapidité. Mais certains d’entre eux ne sont pour autant pas exempts de clichés.

Ainsi, le jeu « Mall Shopping Run » consiste à attraper le maximum de sacs de shopping tout en courant le plus vite possible à l’intérieur d’un centre commercial



- > 10% des jeux pour filles mettent en scène une profession médicale (dentiste, chirurgien, ORL…)

-> Seuls 8% des jeux rentrent dans la catégorie « Jeu de construction ou de stratégie » et 4% dans la catégorie « graphisme ».

Sans surprise, chez les garçons, la catégorie « Beauté/Cuisine/Décoration/Care » est largement sous-représentée : les jeux portant sur l’apparence, la cuisine, la décoration ou le « care » (s’occuper ou soigner un bébé ou un animal) ne représentent que 7 applications sur 100.

En revanche, les jeux d’action, de rapidité et d’adresse représentent 65% des applications pour garçons (6 jeux rentrent dans la catégorie « guerre », catégorie inexistante chez les filles).

-> 11% des jeux pour garçons rentrent dans la catégorie « Jeu de construction ou de stratégie » et 8% dans la catégorie « graphisme ». Il est intéressant de noter à ce sujet que le jeu de QI qui arrive en 21ème position ne fait pas partie des 100 premiers jeux proposés aux filles



-> 5% des jeux pour garçons mettent en scène une profession médicale (dentiste, chirurgien, ORL…)  soit 5 points de moins que les filles

-> Certaines catégories  de jeux pour garçons n’existent pas chez les filles : musique (2%), religion (un jeu propose de découvrir la Bible) et… rencontres !


Oui, vous avez bien lu, en tapant « Jeux pour garçons », « Voo », une application de rencontres, arrive en 61ème position ! D’où l’intérêt de bien surveiller ce que téléchargent vos enfants !
 


 Après avoir compilé plus de 200 jeux, je garde en tête la vision d’un monde ultra binaire, sorte de persistance rétinienne d’un univers très stéréotypé.

Apparence et passivité pour les filles versus action et performance pour les garçons : un tristement grand classique du stéréotype de genre que l’on retrouve également dans la littérature enfantine. Une étude a ainsi démontré que les femmes et les fillettes étaient plus souvent représentées à l’intérieur qu’à l‘extérieur et dans des activités passives. A l’opposé, les hommes et les garçons étaient davantage illustrés dehors que dedans, vaquant à des occupations actives.

Heureusement, il existe néanmoins des initiatives enthousiasmantes : dans un article publié dans le Telegraph, Björn Jeffery, CEO de Toca Boca, explique ainsi comment il s'efforce de développer des jeux pour enfants sur iPhone « non-genrés ».

« Plutôt que travailler sur le ciblage d'un jouet par rapport à un genre, on a pu se concentrer sur le fun et sur le fait de faire de super applications pour les enfants ».
Le studio teste  également systématiquement ses jeux avec des enfants (aussi bien des filles que des garçons).

Et le succès est au rendez-vous puisque l’entreprise a cumulé 60 millions de téléchargements à travers 160 pays.

A l’heure où même le site américain d’Amazon décide de supprimer les catégories filles/garçons de son offre de jouets, il serait temps qu’Apple remette en question cette segmentation par mots-clés au sein de l’App Store.

Et que la marque en profite pour se pencher sérieusement sur la pertinence de certains jeux destinés aux enfants.

Quant à nous, parents, restons vigilants!

Edit 1 : Le site Slate a fait un article sur mon étude, c'est à lire ici. 
Le site 7 sur 7 a également écrit un article sur mon étude à lire ici.
Le site "Le square de l'info" destiné aux 7-12 ans explique mon étude aux enfants et en profite pour parler des stéréotypes.

Edit 2 : La journaliste Marie Jamet nous conseille les éditeurs d'applications suivants : Sago mini pour les petits et Tiny Bop pour les plus grands

jeudi 6 octobre 2011

Pomme pomme pomme pomme : marche funèbre




Ce matin j’ai appris la mort de Steve Jobs en écoutant la radio. Etrangement, ça faisait bien longtemps que je découvrais une nouvelle de cette envergure autrement que par Twitter.



En parcourant mes réseaux sociaux, j’ai pu mesurer à quel point cet homme a marqué l’histoire personnelle de chacun. Apple n’est plus une marque, un produit de consommation, c’est devenu une madeleine, un objet transitionnel, un doudou des temps modernes. Qui voit encore la machine ou la somme de composants électroniques derrière l’objet du désir qu’incarnent l’Iphone ou l’Ipad ? Comme l’écrivait ce matin l’actrice Mia Farrow sur Twitter : « I never loved a machine until my first Mac ».




Autre tour de force de l’homme à la pomme : réhabiliter l’image du « grand patron » et celle de la réussite. Par sa simplicité (on se souvient tous de son uniforme col roulé/jean/basket) mais aussi par sa mesure : alors qu’Apple est l’entreprise high tech la plus valorisée en bourse, Steve Jobs n’est que la 136ème fortune au monde, loin derrière Bill Gates ou Michael Dell. Symptomatique : les mots qui reviennent le plus souvent dans ses nécrologies sont « visionnaire » « génie » « créateur » « révolutionnaire », des qualificatifs qu’on attribuerait davantage à un artiste qu’à un chef d’entreprise.



Pour ma part, j’ai succombé à la marque à la pomme plutôt tardivement. Même si j’ai eu mon premier ordinateur assez précocement pour mon époque (11 ans), j’ai toujours été fidèle au PC.




Lui et moi on était sur la même longueur d’ondes : on ne faisait pas partie de la bande des branchés mais on était besogneux, c’était l’essentiel. Pas de fringues griffées, pas de maquillage, assise au 1er rang : mon mode de vie calait bien avec mon PC. Et puis, lui et moi, on en a passé de longues nuits sur mes exposés, mes rapports de stage, mes CV. Malgré tout ça, il ne m’a jamais plantée pour une autre. De mon côté, je le rassurais en lui disant que le Mac c’était le truc des artistes, des graphistes et des riches. Moi j’étais une littéraire boursière, le choc des cultures aurait été trop violent.



Le glissement s’est fait subrepticement, après mon mariage, quand j’ai décidé de me mettre à courir. Quel meilleur allié qu’un Ipod pour rendre les kms moins difficiles ? Puis ça s’est accéléré quand mon téléphone est tombé en panne et que j’ai réussi à avoir un très bon prix un Iphone 4. Très vite, mon PC s’est trouvé relégué dans mon bureau alors que mon Iphone me suivait partout : dans mon lit, en vacances et même jusque dans mes toilettes ! J’ai pourtant essayé de faire passer des messages à mon PC : je l’ai reformaté pour qu’il comprenne qu’il était trop lent, j’ai installé Itunes pour qu’il s’inspire de sa convivialité. J’ai même synchronisé mon Iphone toute la nuit avec lui pour qu’ils discutent: rien à faire ! Après un an de dialogue de sourds, j’ai enfin pris ma décision : je le quitte pour un Mac ! Heureusement, mon PC a plutôt bien pris la chose et pense que je reviendrai après ma crise de la quarantaine. En guise d’au-revoir il s’est contenté de me ressortir un de ses vieux slogans : « Jusqu’où irez-vous ? ». J’ai répondu par un évasif « Ctrl+Q ».