> Les règles douloureuses, ce truc de bonne femme qui n'intéresse ni les labos ni les médecins

vendredi 19 février 2016

Les règles douloureuses, ce truc de bonne femme qui n'intéresse ni les labos ni les médecins




Pendant des années, je me suis tordu de douleur chaque mois à l’arrivée de mes règles.

Crampes insupportables, nausées, puis plus tard migraines à me taper la tête contre les murs. Quand j’ai accouché, j’ai alors réalisé que les contractions étaient moins douloureuses que ce que j’avais vécu ces mois-là.

Pourtant, les médecins n’ont jamais vraiment écouté ma douleur et se sont contentés à chaque fois de me prescrire d’un air dépité Spasfon et Doliprane. Il a fallu qu’une gynécologue me prescrive il y a 2 ans la pilule en continu pour m’extraire de cet enfer.

Cet article, tweeté aujourd’hui, explique très justement la culture du silence autour de la dysménorrhée (littéralement « menstruations difficiles ») alors que le phénomène toucherait une femme sur cinq. Pourtant, il existe très peu de recherches sur le sujet et les médecins sont souvent peu concernés face aux symptômes.

L'endométriose, une maladie liée à la présence de muqueuse utérine en dehors de la cavité utérine qui cause des douleurs et des problèmes d'infertilité, touche en moyenne une femme sur dix. Malgré des douleurs très invalidantes, son délai de diagnostic est de 7 ans, justement à cause d’une sous-estimation des symptômes.

« Clairement, les options de traitement  face aux douleurs de règles ne sont pas idéales » explique le professeur John Guillebaud, de l’University College London. « Mais comme les règles affectent uniquement les femmes, on ne leur accorde pas l’attention qu’elles méritent. Je pense pourtant que l’on devrait s’emparer de ce sujet, comme de n’importe quel autre en médecine. De plus, les symptômes peuvent disparaître après l'accouchement (même si, encore une fois, on ne sait pas exactement pourquoi). Comme «mère nature» peut résoudre le problème, les chercheurs qui veulent se faire un nom estiment peut-être que le sujet n’est pas assez important pour la recherche ».

Cette indifférence a des répercussions sur la pratique des médecins, pas toujours prêts à prendre au sérieux la douleur des règles de leurs patientes. Et le sexe du praticien ne change rien au problème d’après John Guillebaud : «  D’un côté, les hommes ne souffrent pas de la douleur et sous-estiment combien elle peut être importante chez certaines patientes. Mais je pense que certaines femmes médecins peuvent également faire preuve d’indifférence : soit parce qu’elles n’en souffrent pas elles-mêmes ou si elles en souffrent, se disent « Et bien,  si je peux vivre avec, ma patiente peut en faire autant ».

Richard Legro, docteur du Penn State College of Medicine explique dans l’article que sans un lobby appuyant un besoin de recherche, les chercheurs ne prêteront pas davantage d’attention aux règles douloureuses. Il précise que le sujet est clairement évincé des discussions publiques.

Pourtant, même quand les laboratoires pharmaceutiques  font mine de s’attaquer au problème, ils trompent et escroquent les femmes en réalité. Comme je le racontais ici, le Nurofenfem, rose bonbon, destiné à soulager les règles douloureuses, a été récemment épinglé pour publicité mensongère. En effet, sa composition était identique à celle du Nurofen classique mais était vendu 20% plus cher.

On parie que si les hommes avaient leurs règles, on aurait déjà des médicaments efficaces ?