> Elles osent! Entreprendre au féminin : Sarah Sauquet, créatrice de l'application "Un texte, Un jour"

lundi 7 avril 2014

Elles osent! Entreprendre au féminin : Sarah Sauquet, créatrice de l'application "Un texte, Un jour"


Aujourd'hui, je suis ravie de recevoir Sarah Sauquet dans la rubrique "Elles osent! Entreprendre au féminin".

Sarah est la créatrice d'"Un texte, Un jour", une application qui m'enthousiasme à double titre car à la croisée de la littérature et des nouvelles technologies.

Je vous laisse la découvrir!


Bonjour Sarah, peux-tu nous présenter ton application « Un texte Un jour » ? Comment est né ce projet ?

L’application « Un texte Un jour » est née il y a un an ½ maintenant (l’application est sortie pour la première fois sur IOS le 26 octobre 2012 et est également disponible sur Android , et elle résulte d’une collaboration entre une mère ingénieur-développeur, et sa fille, professeur de lettres.
L’application fonctionne selon un principe simple : proposer, chaque jour, un texte de la littérature française classique d’une quinzaine de lignes. Ce texte est commenté, introduit, accompagné d’une biographie de l’auteur, et de jeux littéraires pour pouvoir tester ses connaissances. Le but ? Proposer un accès à la fois ludique, moderne et exigeant à la littérature classique, un peu trop délaissée à mon goût…

Ce projet est né d’une volonté de travailler avec ma mère (nous sommes très complémentaires et souhaitions unir nos compétences autour d’un projet commun) et suite à un constat. En tant que professeur de lettres en lycée, je perçois chaque jour combien il est de plus en plus difficile de faire lire les élèves, et combien il leur est facile de lire sur un support numérique. C’est en en parlant avec ma mère que nous avons eu l’idée de proposer un outil proposant non pas des œuvres dans leur intégralité, mais de courts textes expliqués.

Nous avons depuis sorti deux autres applications, « Un Poème Un Jour » (toujours sur IOS et Android) consacrée à la poésie, et « A text A day », également sur IOS et Android, une application entièrement en anglais, consacrée à la littérature anglo-saxonne, à laquelle un professeur d’anglais a contribué.

Quelle est la typologie des utilisateurs de cette application (âge, sexe) ? Quels sont, à ce jour, les résultats obtenus ?

Si l’application a d’abord été pensée et conçue comme un outil pédagogique (tous les textes et commentaires sont en parfaite conformité avec les programmes scolaires officiels),  les utilisateurs sont à 80% des adultes lettrés, hommes et femmes confondues. Je dirais que la moyenne d’âge est autour de quarante ans mais l’application est également utilisée par des étudiants  qui s’en servent pour réviser leurs partiels et consolider leur culture générale.

Au niveau des résultats, l’application a donc un an ½ d’existence aujourd’hui et nous rencontrons un beau succès d’estime. Nous sommes n°1 sur l’Appstore français sur le mot-clé littérature depuis janvier, après avoir été n°2 pendant dix mois et l’application est utilisée entre 1200 et 1500 fois par jour aujourd’hui. Sachant que nous ne sommes que deux sur ce projet (ma mère s’occupe de toute la partie technique, moi du contenu et de la communication), nous sommes assez fières !
Nous n’avons en revanche pas encore trouvé notre modèle économique, et sommes en pleine réflexion à ce sujet. Nous cherchons d’ailleurs des investisseurs.

 C’est prouvé, les petits garçons lisent moins que les petites filles. En tant que professeure de français, quelle explication peux-tu avancer à ce phénomène ? Penses-tu qu’ « Un texte, un jour » puisse faire bouger les lignes à ce sujet ?

Étant professeur, je rencontre des adolescents déjà conditionnés par toute une éducation, une culture, une scolarité et il m’est difficile de répondre à cette question. Ce qui est sûr, et que je constate chaque jour, c’est qu’il est plus difficile pour un adolescent que pour une adolescente de lire, de rentrer dans un texte littéraire, parce que les garçons arrivent plus facilement avec des préjugés. Est-ce lié à la façon dont on leur présente les œuvres, est-ce à cause des raccourcis que nous devons faire ?... Parce que pour moi, il est indéniable, quitte à en faire hurler beaucoup, que la littérature classique (et je ne parle absolument pas de la littérature contemporaine, qui fait vraiment bouger les choses), par ses thèmes, par une certaine lenteur, par un aspect désuet ou suranné, parle davantage aux femmes, relève davantage du féminin que du masculin.

Après, je pense vraiment, encore une fois, que nous devons faire très attention aux œuvres que nous faisons étudier et à la façon dont nous en parlons. Prenons Madame Bovary par exemple. De façon raccourcie, Madame Bovary peut être vu comme l’histoire d’une fille naïve qui tombe amoureuse, se marie, a un enfant, devient malheureuse et s’ennuie. Des problématiques a priori plutôt féminines ! Mais Madame Bovary, c’est également une satire féroce de la bourgeoisie, des rapports amoureux, de la lâcheté masculine, ainsi qu’une réflexion sur le choix et sur l’argent et un véritable manuel sur la façon de quitter une femme ! C’est énorme Madame Bovary, et je suis sûre qu’en le présentant de la bonne façon, en trouvant les mots justes, les garçons se mettront davantage à lire.
En tout cas quand je choisis des œuvres à leur faire lire, j’essaie vraiment de choisir des œuvres assez universelles pour parler à tous, sexe confondus. J’ai ainsi eu des garçons fascinés par Le Portrait de Dorian Gray ou par Rebecca, parce que ces livres avaient touché leur sensibilité.

Tu as récemment fait une présentation remarquée au TedXce Women : qu’est ce que cet événement a changé pour toi ?

Cet événement a changé énormément de choses et sera à marquer d’une pierre blanche ! Tout d’abord, c’était une formidable expérience : j’ai rencontré des personnes hors du commun (au sein de l’équipe d’organisateurs comme parmi les intervenantes), j’ai été coachée, préparée, accompagnée, avant et après l’événement comme jamais. J’étais enchantée de pouvoir faire mon talk et les retombées ont été très importantes, puisque le TEDxce Women a apporté à mon projet la visibilité médiatique qui lui manquait.
Ce fut pour moi une expérience extrêmement positive, et l’aventure continue aujourd’hui puisque j’ai le grand privilège de faire partie de l’équipe organisatrice de la session 2014.

Penses-tu que ce genre d’événement dédié aux femmes soit nécessaire ?

Je pense que tous les événements mettant en lumière les femmes sont les bienvenus.  Ce qui me semble nécessaire et important, c’est que ces événements mettant en scène des femmes ne soient pas centrés sur des sujets dits « féminins ». Je trouve par exemple très bien  que des événements soient consacrés aux femmes dans le digital, parce que je sais que les femmes ingénieures, développeuses, rencontrent  des freins dans leur parcours.

En tant que femme, quels ont été les freins et les aides rencontrés au moment du lancement de ton application ? As-tu été bien accueillie par le milieu du numérique ?

Etant essentiellement chargée du contenu, et de la communication de l’application, je n’ai rencontré aucun frein en tant que femme, la littérature et la communication étant des domaines  que l’on considère plutôt comme l’apanage des femmes.  De plus, je crois pouvoir dire que le fait d’avoir créé une application « entre femmes » et en famille s’est révélé un réel atout au moment du lancement. Le public était à la fois séduit par le contenu de l’application (une application dédiée à la littérature n’est pas si fréquente…)  et par l’histoire du projet.
Je me sens extrêmement bien accueillie par le milieu du numérique, peut-être grâce à l’originalité de nos produits.

Quels conseils donnerais-tu aux femmes qui souhaiteraient se lancer ?

Ayant grandi dans un milieu relativement privilégié, je trouve difficile de conseiller aux femmes de croire en leur rêve ou de se donner les moyens de rêver, puisque de nombreuses conditions étaient chez moi réunies pour me lancer. En revanche, de manière plus précise, j’aimerais leur dire que si elles ont un projet bien précis, qu’elles tentent de le réaliser avec constance, cœur, générosité et bonté, car ces valeurs finissent selon moi toujours par être récompensées, d’une façon ou d’une autre.


« Un texte, un jour » est aussi une histoire familiale puisque ta sœur et ta mère font partie de l’aventure. Ca change quoi de travailler en famille ?

Une de mes deux sœurs, Justine, nous a effectivement rejointes et travaille désormais à plein temps avec ma mère, au sein de la société Dynseo. Pour ma part, je trouve cela extrêmement amusant et stimulant. Nous avons la chance d’être vraiment très complémentaires  et c’est un atout. Nous avons également une grande liberté de parole, nous allons très vite et en cas de coup durs nous savons mieux que quiconque nous soutenir.  Ce trio constitue une grande fierté, une originalité certaine à mettre en avant. J’ignore si cette association sera pérenne sur le long terme (aurons-nous des velléités d’indépendance, de passer à autre chose ?), mais l’aventure est en tout cas  pleinement positive.


Quelles sont les femmes, célèbres ou non, qui ont pu t’inspirer ou ont eu valeur d’exemple ?

Etant très cinéphile, je suis extrêmement touchée par quelques grandes actrices qui m’émeuvent, m’inspirent, dont le parcours, que je connais par cœur, me touche ; je pense notamment à Françoise Dorléac et Romy Schneider.
Sur un plan plus professionnel, je suis très admirative de la journaliste Alessandra Sublet, qui semble conjuguer humanité, bonté et professionnalisme avec un succès certain.
J’ai enfin eu la chance d’assister à une rapide intervention d’Isabelle Zammit , présidente de Harley Davidson France, lors de la Journée de la Femme digitale du 7 mars 2014. Son intelligence et son discours sur la façon dont le digital l’avait aidé à changer l’image d’Harley Davidson auprès des femmes m’ont passionnée.

Quelles seront les évolutions d’ « Un texte, un jour »  dans le futur ?

Tout d’abord, nous avons deux autres applications en préparation, toujours dans l’idée d’offrir des applications liées à l’art et à la culture.
Concernant « Un texte Un jour », nous prévoyons l’ajout de textes (nous tournons pour l’instant sur une base de données d’un an), de commentaires sur ces textes. Nous souhaiterions enfin développer l’interaction avec les utilisateurs.