> Baisers forcés, tripotage de seins : la culture du viol c’est LOL ?

mercredi 23 octobre 2013

Baisers forcés, tripotage de seins : la culture du viol c’est LOL ?




On le sait, le corps des femmes sert très régulièrement à vendre tout et n’importe quoi, de l’aspirateur au rasoir pour hommes.

La recette semble désormais sortir du cadre de la publicité en s’appliquant à n’importe quel quidam en quête de buzz. Prenez un ou 2 hommes, une vidéo, de l’agression sexuelle maquillée en franche rigolade et vous obtenez des millions de pages vues.

Dorénavant, montrer des corps ne suffit plus, il faut se les approprier davantage : pour ce faire, on n’hésite plus à embrasser les femmes de force sans que jamais la question du consentement ne se pose ou à les pousser à se faire tripoter les seins sous prétexte de faire une bonne action. Une agression filmée maquillée en pseudo-divertissement qui entretient allégrement la culture du harcèlement de rue.

Dernier exemple en date, la vidéo de Guillaume Pley, animateur de la station de radio NRJ intitulée «Comment embrasser une inconnue en 10 secondes!».  On peut y voir l’animateur aborder plusieurs jeunes femmes avec quatre questions «1- Est-ce que je peux te poser trois questions? 2- Est-ce que tu as un copain? 3- Comment tu me trouves? 4- C'est quoi ton excuse pour pas m'embrasser là tout de suite?». Ces questions ne sont en réalité qu’un prétexte servant à détourner l’attention puisqu’en dépit des refus l’animateur embrasse toutes les jeunes femmes de force. Quitte à leur tenir la tête pour arriver à ses fins. Un acte totalement répréhensible, comme nous le rappelle cet article de Madmoizelle puisque « constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise. » (les baisers en font partie).

Une agression vendue comme un acte de séduction, faisant fi du consentement, voilà qui n’est pas sans rappeler les méthodes des pick-up artists, ces "artistes de la drague" (dont j’ai parlé ici précédemment). Autre point commun (et circonstance aggravante) : la cible visée, à savoir les jeunes adolescents. 

La vidéo, vue plus de 3 millions de fois, a très rapidement fait polémique : la grogne dans les commentaires et sur les réseaux sociaux ainsi qu’un rassemblement organisé par la blogueuse Dariamarx devant les locaux de la radio ont contraint l’animateur aux excuses (dont vous pouvez lire la retranscription ici) . Un pardon bancal, qui se contente de conseiller aux auditeurs « Ne faites pas ça chez vous » sans prendre la mesure de la gravité de ses actes.

D’après le site 20 minutes, Najat Vallaud-Belkacem a révélé s’être intéressée de près à cette affaire. «J'en ai discuté avec son auteur, je trouvais intéressant d'avoir son avis là-dessus [...] Il a pris conscience de l'erreur commise. Le fait notamment qu'il n'y ait aucun message de prévention. L'auteur en question est en train de réfléchir à un contre-message ». On l’attend avec impatience.

Aux Etats-Unis, on ne s’intéresse pas à la bouche des jeunes femmes mais à leurs seins. Après le « Pouet pouet camion », voici venu le temps du « motorboating » filmé : « "l’acte de pousser sa tête entre deux larges seins, puis de la balancer d’un côté vers l’autre tout en émettant ce son vigoureux des lèvres « brrrr' ». Jesse, Jason et Kong, 3 pick-up artists (encore eux) ont pris comme prétexte la lutte contre le cancer du sein pour demander à des passantes s’ils pouvaient frotter leurs têtes contre leur poitrine. Chaque fois qu’une femme acceptait, 20$ devaient être reversés à la lutte contre le cancer du sein. A chaque 100 000 vues supplémentaires sur Youtube, les 3 hommes promettaient d’ajouter 100 $ à leur donation initiale. Sans surprise, la vidéo a très vite dépassé le million de pages vues avant d’être désactivée par Youtube.

Les gains collectés (2000$+ les futures donations estimées à 5000$) n’ont finalement pas trouvé preneur, l’association de lutte contre le cancer du sein les ayant refusés.

Un geste fort qui n’a pas pour autant permis aux auteurs de se remettre en question (décidément) : « À cause des pressions d'une minorité de « haters » qui ont trouvé cette vidéo inappropriée, les donations ont été refusées. Je sais que c'est Internet mais là je trouve qu'ils poussent le bouchon trop loin. Bravo les « haters ». Grâce à vous, la recherche contre le cancer du sein vient de perdre de l'argent. ».

Décidément, les pick-up artists ont vraiment du mal à essuyer un refus…