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mercredi 21 août 2013

PUA : quand un site de drague incite au viol



HB, CZ, BL, DLV, ces abréviations ne vous disent peut-être rien.
Sauf si vous êtes un PUA (Pick-up artist), un « artiste de la drague».



Jusqu’à hier, je n’avais absolument pas connaissance de cette communauté de « séducteurs professionnels » qui échangent sur le net conseils et tactiques pour mettre à coup sûr une fille dans leur lit. Ces coachs en vie sexuelle promettent de transformer n’importe quel boutonneux asocial en serial tombeur à grand coups d’abréviations à la sauce ricaine. Un business juteux décliné en multiples produits dérivés : livres, coaching, formations.

La recette miracle ? Une pincée de PNL, beaucoup de manipulation et des préjugés à la louche. Dans ce monde merveilleux de la séduction inratable, une femme est une « target » (une cible), un pantin jetable qu’il suffit de manipuler en jouant sur la confiance en soi et la déstabilisation pour arriver à ses fins. Même si la méthode est contestable, il n’y aurait jusque-là, pas lieu de s’émouvoir outre-mesure : après tout si des naïfs sont capables de croire à de telles sornettes, tant pis pour eux.

Là où la méthode dépasse le stade de l’élucubration rigolote c’est lorsqu’elle incite ses adeptes au viol afin d’arriver à leurs fins comme l’a brillamment relevé la blogueuse Dike dans ce billet.

Ainsi, la page intitulée "Comment bien baiser : les 3 secrets du hard SEXE" postée sur le site Seduction By Kamal constitue une incitation sans ambiguïté au viol et à la violence envers les femmes.

Extraits choisis (je vous renvoie vers le billet de Diké pour lire la totalité des citations):

"Montrez-lui qu’elle n’a pas vraiment le choix"

"Vous décidez [...] tout est entre vos mains (ou vos cuisses devrais-je dire)"

"Ne lui demandez pas si vous pouvez la pénétrer comme un animal sauvage, faites-le !"

"Imposez votre puissance".

Au fil des lignes, le consentement n’est plus qu’un lointain souvenir : si la femme dit non ce n’est pas car elle n’a pas envie, c’est qu’elle n’a pas été persuadée correctement.

Une véritable « méthode pour violer une femme » comme l’a énoncé Antisexisme  et qui s’adresse implicitement à la cible adolescente.

Le texte est en ligne depuis mai 2012 et a été légèrement remanié il y a quelques jours suite au billet de Diké. L’auteur de l’article, Jean-Baptiste Marsille alias JB, et le patron Kamal Kay ont refusé de le retirer, persistant dans l’apologie du viol.

Diké a donc écrit une lettre satirique à Alexandre Chombeau de l’Agence CSV, qui s'est chargé du référencement pour le site Seduction By Kamal. Le but : le questionner au sujet de ses critères éthiques et de sa déontologie en matière d’apologie de la violence sur Internet.

En guise de réponse, Alexandre Chombeau s’est alors fendu d’un billet sur son blog, magnifique condensé de poncifs sexistes.

Aucun mea-culpa ou tentative d’éclaircissements mais au contraire une volonté d’enfoncer le clou et d’expliquer à Diké, la « féministe enragée » pourquoi elle serait  dans l’erreur. La réponse est limpide : elle serait frustrée sexuellement et ferait mieux de traiter de sujets plus importants comme les femmes irakiennes.

On comprend, au regard de la teneur du billet, pourquoi Alexandre Chombeau l’a effacé quelques minutes après sa mise en ligne. Tout comme il a consciencieusement fait disparaître ses tweets trop encombrants. Etrange pour un spécialiste auto-proclamé de l’e-reputation d’ignorer le dévastateur « effet Streisand » : en quelques minutes, le billet, retrouvé dans le cache Google, a immédiatement fait le tour de Twitter. Et aujourd’hui le hashtag satirique « ‪#ToiAussiSéduisCommeKamal » a inondé le réseau social.

Malgré la grogne grandissante, Alexandre Chombeau persiste et signe en menaçant quiconque a écrit ou osera écrire sur le sujet.




Ironie du sort, la bannière de l’agence CSV continue à défiler en lettre multicolores sur la homepage du site : « Mauvaise réputation : nous redorons votre blason »…



Les cordonniers sont parfois les plus mal chaussés…