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lundi 7 octobre 2013

Pipelette, salopette : les vêtements à message sont-ils forcément sexistes?



Fidèle lectrice du blog de Caroline dont j’apprécie la plume et l’humour, je tombe aujourd’hui sur ce billet dans lequel elle propose de faire gagner un sweat shirt de la marque "French disorder" portant l’inscription « Pipelette ».


Je tique un peu. « Bavarde » c’est un peu le stéréotype de genre qui sévit dès l’école (alors qu’en réalité on ne juge pas les femmes en comparaison d’hommes qui seraient moins bavards. Elles sont jugées bavardes par rapport aux femmes silencieuses, j’en ai parlé ici). 

Je jette un œil aux commentaires puis constate qu’une lectrice a le même ressenti que moi. Caroline lui répond alors : « Quels sont les messages qui te gênent ? parce que je ne trouve pas qu’il y en ait d’insultants ? je veux dire, pipelette, graou, scandaleuse, badine, c’est quand même plutôt inoffensif, non ? s’il y avait des « bitch » et des « garce » ok, mais là… ».

Rien d’insultant en effet. Mais ces adjectifs constituent une belle galerie de stéréotypes, qui, pour moi, sont loin d’être inoffensifs.

Je décide alors d’aller jeter un coup d’œil au site pour me faire une idée et comparer les versions hommes/femmes.

Version femmes : dépensière, chafouine, pipelette, flambeuse, mutine, badine, scandaleuse, graou, modeuse, canaille, pompadour, milady, duchesse, altesse



Version hommes : Boss, pirate, Daddy cool, Napoléon, Barbe Bleue, voyou, dandy, majesté, loubard, paparazzi



Se dessine alors en creux le portrait d’une femme dépensière, bavarde, portée sur l’apparence versus un homme dans l’action, un « boss » un peu bad boy mais néanmoins majestueux.

Ca ne vous rappelle rien ?

L’épisode des bodys Petit Bateau bien sûr, qui définissaient les petites files par leur apparence physique (« jolie », « mignonne », « élégante » », belle », « coquette » etc.) par opposition aux garçons agissants (« courageux », « fort », « robuste », « vaillant », « déterminé »...).



Dans le genre «vêtement à message », la marque Léon avait fait également beaucoup de bruit récemment avec son pull pour homme « chômeur » (car selon le fondateur de la marque, « chômeuse sonnait moins mignon »). Sa version femme « salopette », portait sur le site cette légende pour le moins inattendue : “Femme méprisable, garce sans scrupules, aux mœurs corrompues et prête à tout pour réussir, avec, en général, une connotation sexuelle.”


Plus récemment, Jean Touitou, fondateur d'APC expliquait en toute décontraction, entre 2 tartes aux myrtilles,  pourquoi il avait intitulé sa collection « la salope de l’Ile de Ré » : « C’est politiquement incorrect, très français, souvent juste et assez drôle, même si les pauvres Anglo-saxons présents dans la salle perdent la moitié de son humour à la traduction (« the bitch of Nantucket », c’est quand même pas la même chose) » s’amuse Géraldine Dormoy sur sa page dans l'Express Styles (merci Mona Chollet pour la découverte).



En aout dernier, enfin, une marque de vêtements pour enfant basée dans le New Jersey avait dû retirer de la vente un t-shirt pour petites filles suite à la grogne des consommateurs.  


Y était inscrit « mes meilleures matières » Sous ce titre, on retrouvait les catégories "shopping, musique, danse" et la case à côté du mot "mathématiques" était la seule à ne pas être cochée. Une inscription mentionnait alors: "Personne n'est parfait".

Alors, forcément sexistes les t-shirts à message ?

Heureusement, les textes courts peuvent parfois véhiculer autre chose que des stéréotypes. Une jeune photographe, Grace Brown, a ainsi pris en photo des centaines de victimes de viol tenant dans leurs mains une pancarte. Y figurent les phrases prononcées par leur agresseur. Un projet fort et thérapeutique, qui permet aux victimes de se reconstruire et à l’opinion publique d’être sensibilisée à la question du viol.


Pour éviter qu’à l’avenir, ce genre de t-shirt (« j’ai comme des envies de viol ») soit encore commercialisé...