> 4 murs et un toit

mardi 3 septembre 2013

4 murs et un toit




Je me souviens encore de notre visite de cet appartement niché au cœur des Batignolles, de ma main posée discrètement sur mon ventre qui abritait ce début de grossesse qui n’arriverait jamais à terme. De la valse de nos pas enthousiastes qui claquaient sur le parquet, de cette famille iconique et ses 3 petites filles modèles tellement jolies qu’on aurait dit un appartement témoin. J’imaginais déjà le lit de bébé dans le coin à gauche, le grand qui ferait ses devoirs dans la salle à manger, nos vélos rangés dans la cour. Je respirais déjà l’odeur du pain grillé du dimanche matin, du savon et de la lessive, j’entendais les babillements et les rires. Tout cela est venu, mais un peu plus tard que prévu, juste quelques mois après notre emménagement.

Les souvenirs sont des poètes pas des historiens, alors forcément ne reviennent à ma mémoire que les moments joyeux.

Quand nous sommes rentrés la première fois dans cet appartement avec notre fils dans son couffin, à la fois effrayés et excités par cette nouvelle responsabilité, le portant précautionneusement comme un vase fragile. L’arrivée de ma fille, plus sereine : nous étions devenus des parents confirmés et confiants désormais.
Leur première purée de carotte, leurs premiers pas, façon château branlant puis plus assurés. Leurs premiers jours d’école.

Les anniversaires, les fêtes de famille, immortalisées par ces photos qui ont fini par se ressembler d’une année sur l’autre. Je craignais cette immuabilité, qui, un jour, rendrait d’autant plus flagrante l’absence de ceux qui auraient disparu de la photo. Ce moment est venu bien plus tôt que je ne le pensais, me disais-je la semaine dernière en fermant les ultimes cartons.

Avant de quitter cet appartement, il a fallu faire le vide, vendre ce que nous ne souhaitions pas garder. Je l’ai fait joyeusement, avec une certaine légèreté même.

Ce miroir qui a vu ma trombine froissée pendant plus 2920 jours a été cédé à un mari plaqué par sa femme. Cette armoire Ikéa montée avec beaucoup de peine un soir de septembre a été vendue à un jeune étudiant à casquette. Notre lave vaisselle au doux ronronnement est revenue à une pétillante brunette au nom de Bénédicte.

J’ai donné, j’ai également jeté beaucoup de choses dans une frénésie libératrice. Ce pantalon témoin que je gardais dans l’espoir d’un éventuel amaigrissement miracle. Poubelle. Ces boites d’anxiolytiques périmés. Poubelle. Ce dossier rempli de lettres et d’honoraires d’avocats. Poubelle.

Mes sacs 50 litres à la main, j’avais l’impression, sans doute illusoire, de repartir à zéro.

A défaut de changer de vie, changeons de décor.