> Tu ne seras pas sexiste mon fils!

lundi 12 mars 2012

Tu ne seras pas sexiste mon fils!

Comme 35 000 élèves de CP et de CE1 à Paris, mon fils a répondu un questionnaire dans le cadre de l’opération « Filles et garçons, cassons les clichés ». Organisée par la fédération de Paris de la ligue de l’enseignement, cette action a pour but d’interroger les élèves sur la question du genre, de remettre en cause les idées préconçues et d’aborder les évolutions de la condition féminine et masculine en favorisant le dialogue et le débat.

Mon fils a donc répondu récemment à un test à base d’images d’ours non sexué représenté dans différentes activités. Pour chacune d’entre elle il devait dire s’il s’agissait de Madame Ours, Monsieur Ours ou les deux.

Je l’ai interrogé hier soir pour comprendre ce qui a conditionné ses réponses.

1ère image

Un ours avec un fer à repasser.

Réponse de mon fils : « J’ai dit Madame Ours car papa, on ne le voit pas beaucoup repasser ».

En effet, c’est en général moi qui m’y colle, mais le plus rarement possible. Je donne les chemises de mon mari à repasser mais le reste c’est de mon ressort. Je dois repasser une fois par mois et fais le minimum (pas les draps, les jeans etc…), pourtant ça a suffi à marquer l’esprit de mon fils !

2ème image

Un ours qui lit un livre

Réponse de mon fils « J’avais répondu les 2 dans ma tête mais j’ai vu que mon voisin avait mis Monsieur Ours donc j’ai fait pareil ».

Est ce que mon fils a senti que j’étais particulièrement vexée par cette réponse ? Je promets que je ne lui ai rien laissé entendre! Pourtant c’est vrai que cette réponse me hérisse les poils surtout que la littéraire de la famille c’est moi, celle qui se trimballe toujours avec un livre dans les mains et emmène ses enfants tous les mois à la bibliothèque aussi ! On va néanmoins laisser le bénéfice du doute à mon fils et invoquer le conformisme…

3ème image

Un ours qui tient une casserole

Réponse de mon fils « J’ai mis Madame ours car c’est toujours toi qui fais la cuisine »

Là encore, rien à dire, au quotidien c’est souvent moi qui suis derrière les fourneaux. Preuve de l’importance de la valeur d’exemple donné par les parents…

4ème image

Un ours tient un pinceau et un pot de peinture

Réponse de mon fils « J’ai mis Monsieur Ours car les ouvriers qui sont venus repeindre la maison la semaine dernière c’était tous des garçons »

Pour une fois, il n’a pas pris ses parents comme référents ! Il faut dire que ni son père ni moi-même ne sommes bricoleurs, ceci doit expliquer cela !

5ème image

Un ours donne le biberon à son bébé

Réponse de mon fils : « Les 2. Papa s’occupe autant de nous que toi ».

Enfin une réponse paritaire ! En effet, mon mari a depuis toujours été très impliqué dans l’éducation des enfants. A la naissance de mon fils, j’ai fait une dépression post-partum carabinée et c’est lui qui a pris le relais. Il a vraiment joué le rôle d’une maman bis et je pense que mon fils s’en souvient. Au quotidien, il joue aussi beaucoup plus avec eux que moi : autant les activités manuelles ou les sorties m’enthousiasment autant les jeux d’imagination m’assomment. C’est donc avec leur père qu’ils jouent à la poupée, construisent des légos ou font des combats d’épées. Pendant que je fais à manger ou range la maison hein faut pas rêver !

6ème image

Un ours qui conduit un vélo

Réponse de mon fils « J’ai mis Monsieur Ours car c’est papa qui m’a appris à faire du vélo »

Rien à dire à ce sujet !

7ème image

Un ours avec une écharpe tricolore

Réponse de mon fils « J’ai mis Monsieur Ours car Sarkozy est un garçon et que je n’ai jamais vu de femme présidente ».

Je lui ai quand même expliqué que les maires portaient aussi l’écharpe tricolore et que des maires au féminin cela existait déjà !

8ème image

Un ours devant un ordinateur

Réponse de mon fils : « J’ai mis les 2 car toi et papa travaillez beaucoup sur vos ordinateurs »

Mon mari a même rajouté « étonnant qu’il n’ait pas mis Madame Ours uniquement ! ». C’est vrai que la geek de la famille c’est moi !

A la lecture de ces réponses, on voit bien que la parité n’est pas encore une chose acquise dans l’esprit de mon fils. Entre la théorie et la pratique, il y a parfois un gouffre…Au quotidien, j’essaye de lutter de mon mieux contre les préjugés mais il sont parfois si profondément ancrés que je me surprends parfois à sortir des énormités à ma fille « Ne dis gros mots, ce n’est pas joli dans la bouche d’une petite fille » (en quoi serait-ce pire dans la bouche d’une fille que d’un garçon ?). Je réalise aussi que je l’appelle souvent « ma poupée » alors que j’appelle son frère « mon chat » .

Ces mots ont un sens : un objet que l’on habille et que l’on coiffe est différent d’un petit animal qui peut sortir les griffes. A mon corps défendant, je me rends compte que je la complimente davantage sur son physique que son frère, chez qui je valorise inconsciemment beaucoup plus la réussite intellectuelle.

Après lui avoir offert plusieurs bébés et poupées, j’ai réalisé finalement qu’elle adorait les puzzles et les jeux de construction, jouets que l’on n’offre pas spontanément aux filles. Depuis, elle est devenue experte et très habile dans un domaine que n’aurais pas naturellement pensé à explorer. La lutte pour la parité ne va donc pas forcément de soi, tant notre histoire personnelle et notre environnement sont façonnés de conditionnements inconscients. Je tente à ma façon de lutter au quotidien contre ces automatismes désastreux mais c'est davantage une gymnastique de l'esprit qu'un penchant naturel.

La valeur d’exemple parental est par conséquent fondamentale : néanmoins elle ne fait pas tout. Je discutais à ce sujet avec une maman sur Twitter qui me disait que ses 2 enfants avaient fait le test et avaient eu des résultats très différents, son fils ayant mis des « Monsieur ours » partout ! Pourtant, ils avaient reçu la même éducation !

En effet, le sexisme est insidieux va bien au-delà de la sphère familiale: dans les livres pour enfants par exemple, les héroïnes féminines sont plus rares et cantonnées dans des tâches domestiques alors que les personnages masculins travaillent à l’extérieur. Les explorateurs et aventuriers sont les petits garçons alors que les héroïnes féminines sont passives et attendent le prince charmant.

Les vêtements conditionnent également notre vision du monde : les chaussures à talons entravent la marche (comme le faisaient les grandes jupes à crinoline de l’époque), les tenues hypersexualisées et soutien-gorges rembourrés jusque là réservés aux femmes envahissent les rayons enfants. Petit Bateau a même récemment crée le (bad) buzz en lançant une gamme de bodys ultra-stéréotypés.

L’école, enfin, peut parfois enfermer les enfants dans des stéréotypes : on encourage les garçons à prendre la parole alors que l’on attend des filles qu’elles soient obéissantes par exemple.

Par ailleurs, une étude commandée par la Halde en 2008 avait montré que les manuels scolaires n’étaient pas exempts de discrimination sexiste. L’analyse de 29 manuels de collège et lycée reflétait ces stéréotypes, en terme de choix de métiers notamment : s’ils comptaient 3 fois plus d’images masculines que féminines, les premières mettaient dans un quart des cas l’homme en situation dominante.

Par curiosité, je me suis penchée sur le livre de lecture de mon fils : surprise, on y compte 2 héroïnes féminines et un héros masculin !

Pourtant, malgré cette sur-représentation, les stéréotypes ne sont jamais loin : la première est « une petite fille en sucre », la seconde s’appelle « la sorcière Petassou » (oui, oui, vous avez bien lu ! A quand la sorcière pouffiassette ou Bimbo ?). Le petit garçon, quant à lui, fait forcément des bêtises.

Entre l’image de la petite fille fragile ou de la sorcière, il y a encore des progrès à faire en terme de valorisation féminine au sein des manuels scolaires…