> Cloclo de Florent Emilio Siri

lundi 26 mars 2012

Cloclo de Florent Emilio Siri

Je ne suis pas une fan absolue des biopics à la française : « La Môme » m’avait agacée avec ses longueurs, son côté « carton-pâte » et surtout l’interprétation surjouée et grimaçante de Cotillard. « Gainsbourg, vie héroïque » m’avait laissée sur ma faim : je ne suis pas rentrée dans le côté « conte fantastique » du film, qui s’apparente davantage à succession de sketchs dont l’essentiel est dans la bande-annonce. J’avais donc quelques aprioris en allant voir « Cloclo » la semaine dernière, réticences qui se sont très vite dissipées tant on rentre de plain-pied dans l’univers survolté du chanteur grâce à une réalisation très léchée. Visuellement, le film est une grande réussite : les reconstitutions ultra-réalistes, les couleurs de l’époque parfaitement retranscrites, les lumières utilisées comme fil rouge sont autant de petits détails qui nous plongent immédiatement au cœur de l’histoire sans effort d’adaptation. Des plans séquences sublimes permettent en outre de mieux comprendre le personnage dans sa complexité et de suivre avec lui son rythme trépidant. On passe avec lui de la transe de la foule déchainée (j’ai adoré le plan où il disparaît dans la fosse, littéralement happé par les mains des fans) à la solitude de sa loge, de son appartement désert à son bureau survolté. La part belle a été également faite à la musique, qui constitue véritablement un personnage à part entière. Alors qu’habituellement la BO n’est qu’un prétexte, une simple illustration sonore, elle prend ici tout son sens. Chaque morceau est une clé pour comprendre la complexité du personnage, et les paroles prennent alors une autre dimension.

Au-delà de l’aspect formel particulièrement réussi, j’ai beaucoup apprécié le traitement biographique très fin, jamais larmoyant et sans concession. En plongeant dans l’enfance de Claude François sans trop s’y appesantir, on arrive à démêler le fil des contradictions qui ont émaillées sa vie : un père distant, « control freak » qui n’a jamais approuvé sa volonté de devenir chanteur et une mère fantasque, italienne, qui passait ses journées à dépenser l’argent de la famille au casino. A la lumière de cette histoire familiale, on comprend mieux l’ambivalence de sa personnalité : tyrannique, maniaque, insatisfait mais en même temps flamboyant, en quête perpétuelle d’amour et de réussite. Un portrait sans fard qui n’épargne pas le chanteur mais qui paradoxalement arrive néanmoins à nous le rendre sympathique : un tour de force rendu possible, entre autre, par l’interprétation magistrale de Jérémie Renier. Sans jamais tomber dans la caricature ou le mime, il habite véritablement son personnage bien au-delà de la simple ressemblance. Une performance physique incroyable qui porte littéralement le film. Mention spéciale également pour Marc Barbe, qui joue le père de Claude François, tout en sobriété et profondeur. En revanche, grosse erreur de casting à mon sens pour Paul Lederman : pourquoi donc avoir été chercher Benoit Magimel, mince, blond et jeune pour jouer un producteur, brun, frisé et rondouillet ? Contrairement à Jérémie Rénier, on ne s’attarde par conséquent que sur le maquillage et l’aspect « transformiste » du comédien. Autre erreur lamentable : avoir voulu le faire jouer avec un très mauvais accent pied noir façon « la vérité si je mens » alors que Lederman est d’origine ashkénaze !

Un loupé qui entaille un peu la crédibilité du film mais qui n’enlève en rien à sa créativité, sa fougue et son originalité ! A voir sans hésitation !