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mardi 27 mars 2012

Jesuisbonne.fr : faut-il baisser son froc pour travailler?


« Jesuisbonne.fr » ça vous dit quelque chose ? Non, il ne s’agit pas d’un énième site de rencontre ou d’escort-girl mais plutôt une opération de comm’ lancée par un couple d’étudiants afin de trouver un stage.
Une communication sexuellement agressive qui donne le ton dès la première page : l’internaute a le choix entre « un homme, un vrai » ou « une femme jolie et tout ». Pour le premier choix, on arrive sur un visuel de braguette assortie de la phrase « j’ai un gros paquet, insérez moi ». Pour la femme « jolie et tout » qui supplie « prenez moi », on atterrit sur un chemisier interactif à dégrafer pour pouvoir lire le CV.
Les réactions sur ma TL sont assez mitigées : autant de « c’est génial » que de « c’est à vomir ». Pour ma part, je me range dans la seconde catégorie. Ce n’est pourtant pas la première fois que des opérations de comm’ utilisent les grosses ficelles de l’humour bien gras pour faire vendre, à l’image de l’agence Influelse : « 40 ans un petit coup de mou? Nos attachées de presse sont BONNES pour lutter contre les pannes médiatiques ». Ou encore l’agence Herezie, qui, pour justifier son statut autoproclamé de « meilleure agence de l’année », illustre sa campagne par une photo de bébé aux testicules surdimensionnées.
Là, je trouve que l’on va encore un cran plus loin dans le racolage et le mauvais goût: on surfe sur l’imagerie de la prostitution pour attirer l’attention, on baisse son pantalon, au sens premier du terme, pour espérer décrocher un stage. Pour des étudiants désireux de travailler dans le web, je trouve que c’est le degré zéro de la créativité : quand on parle de cul pour se vendre, c’est un cruel aveux d’échec, c’est qu’on n’a rien d’autre à dire. Ca n'a rien de subversif c'est juste bêtement provocateur.
Certains trouvent cette campagne hilarante, moi je la trouve triste à pleurer : si ces étudiants sont prêts à tomber si bas dans la vulgarité pour un stage, je n’ose imaginer ce que proposerait leur site pour décrocher un boulot. Quelle triste société que la nôtre, qui pousse certains à de telles extrémités pour avoir l’espoir de travailler un jour.
Vous trouvez que je manque d’humour ? Allez demander à « génération précaires » si cette campagne les fait rire, eux qui n’hésitent pas à comparer le grand marché des stagiaires à celui de la prostitution : « Grand manège qui tourne en circuit clos, comme la prostitution en Thaïlande, on marche quand même dans la combine puisque c’est la seule disponible et qu’en effet une fois sur vingt (à vérifier selon les statistiques sur les stagiaires, si l’on a jugé utile de les mener) on fini par épouser un client, transposer : se faire embaucher. » . On pourrait également demander leur avis aux 40 000 étudiants qui se prostituent pour pouvoir payer leurs études : ce site les fait-il rire ?
J’espère juste qu’il s’agit d’un fake, d’une opération menée par une association pour dénoncer le sous-emploi des jeunes, ce qui serait dans ce cas une opération de buzz efficace.
Le même jour, @dan_dhombres m’a fait parvenir cette affiche de recrutement pour la bourse de l’immobilier. Beaucoup moins racoleuse, elle joue néanmoins sur le registre de la séduction et de l’ambiguïté, mettant en scène une femme dans le style des petites annonces de rencontre « Véronique, 39 ans, recherche homme ou femme pour relation durable dans le Lot ». Une autre façon détournée de mélanger les genres…