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jeudi 5 janvier 2012

Jewish Venus Beauté


Hier soir, entre les vœux de SFR, de la Redoute et de mon banquier, mon œil tombe intrigué sur ce mail provenant de Guylaine Choukron intitulé sobrement « Bonne année ».

Guylaine Choukroun, kézako ? (ou plutôt « schkoun ada ? » pour rester dans la thématique du billet).

En lisant le corps du mail « L’institut se joint à moi pour vous souhaiter une très bonne année », mes neurones embrumés parviennent enfin à mettre un visage sur ce nom énigmatique : il s’agit de l’esthéticienne du coin de la rue chez qui j’allais il y a quelques années. En effet, peu de temps après la naissance de mon fils, j’avais décidé de m’accorder du temps pour moi et un massage chez l’esthéticienne constituait à mes yeux la quintessence du lâcher prise et de la détente absolue . Le ventre mou et les yeux cernés je poussais donc il y a 6 ans la porte de l’institut dans l’espoir fou d’en sortir aussi zen qu’un bouddha sous Prozac.

Allongée sur la serviette éponge, en string en papier et dans la semi-obscurité, je me préparais à ce moment hors du temps quand j’entendis une voix derrière moi qui m’interpella « Gourion, comme Ben Gourion ? ». Puis « vous êtes sépharade ou ashkénaze ? ». Alors qu’elle pétrissait consciencieusement mon ventre pâte à pizza, les questions s’enchainaient « vous mangez casher ? » « Vous vous êtes mariée religieusement ? ». Celle qui se présenta plus tard comme Guylaine Choukron, patronne de l’institut, enchainait les questions aussi régulièrement que Nadine Morano les bourdes sur Twitter. Pas simple de lâcher prise entre 2 questions sur la dafina et la synagogue de la Victoire, en dépit de la musique d’ascenseur pseudo zen censée me détendre.

Elle m’expliqua que comme ses enfants s’étant mariés avec des non-juifs (soupirs), elle prenait beaucoup de plaisir à échanger avec ses clientes coreligionnaires. Tant pis pour le moment détente, RIP la quintessence du lâcher prise absolu, me disais-je en rongeant mon frein.

En effet, même si je ne suis pas particulièrement antisociale, il y a 3 catégories d’endroits où je n’aime pas parler : le coiffeur, le dentiste et l’esthéticienne.

Le coiffeur car je ne m’y sens pas vraiment au top de la séduction : j’ai des cheveux ni bouclés ni raides, gras aux racines, secs aux pointes et même si je dis que je bosse dans la World Company de la cosmétique, je me laisse fourguer des produits hors de prix et des « petites crèmes » qui ne servent à rien. Et puis les cheveux mouillés, je ressemble davantage à un cocker qui a pris l’eau qu’à une bombe sexuelle, donc je préfère passer ce moment plutôt humiliant en silence.

Le dentiste car, entre la bave au coin des lèvres à cause de la bouche ouverte et l’anesthésie qui me fait cracher les ¾ du verre à côté du lavabo, je ne trouve pas l’endroit propice à la conversation.

Quant à l’esthéticienne, j’y vais soit pour me détendre (massage) soit pour souffrir (épilation), 2 moments où le silence est d’or. Après ma tentative de massage raté je décidais néanmoins de laisser une seconde chance à Guylaine en lui confiant mes poils.

Et là, les dialogues ont atteint les limites de l’absurde, du genre Ionesco est un petit joueur. « On fait un maillot normal ? » (c’est quoi un maillot pas normal ?Rose en forme de cœur ?)puis « Vous faites shabath ? » « Vous vous épilez comment d’habitude ? » (euh avec une serpe ça va comme réponse ?) puis « Vous savez faire le gefilte fish ? » « Vous n’êtes pas très poilue dis donc » (elle doit voir de sacrés cas quand même) puis « pour shabath c’est bien de faire son pain soi-même ». Penchée sur mon entrejambe, elle continuait son monologue prosélyte. Et moi, je me sentais aussi à l’aise que si ma mère déboulait en plein milieu du lit conjugal avec une assiette de cigares aux amandes. C’était décidé, c’était la dernière fois que j’allais voir Guylaine : le grand écart entre mes aisselles et ma foi, mon maillot et ma pratique religieuse était trop inconfortable pour moi. N’est pas Philippe Roth qui veut.

Depuis, j’ai trouvé un autre institut, à 2 pas de l’Eglise des Batignolles. Celle qui s’occupe de moi s’appelle Marie et entre ses mains je laisse mon esprit divaguer et voguer vers des sujets existentiels comme « Et si je faisais une Dafina pour ce soir ? ».