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jeudi 26 janvier 2012

L'amour dure 3 ans


La scolarité a tué mon envie de lire. Fille de libraire, j’ai toujours évolué parmi les livres. J’ai des souvenirs émus de mes premières bibliothèques roses, des contes de Perrault, des récits de Marcel Pagnol. Depuis toute petite la lecture a fait partie de mon ADN.

Puis est arrivé le collège, le lycée et sa section littéraire.

Comme pour l’enseignement des langues, notre système scolaire met de côté un ressort pourtant essentiel à l’apprentissage : le plaisir, comme si c’était un gros mot.

Le mot « travail » vient étymologiquement du mot « tripalium », un instrument de torture et on le retrouve bien dans la façon de transmettre le savoir à l’école. Il faut souffrir pour apprendre. Le lycée m’a fait avaler les grands classiques comme une oie qu’on gaverait, m’a demandé à chaque fois de les disséquer en long en large et en travers, sans jamais me demander si j’avais aimé ce que j’avais lu. Il a perverti ma façon de lire, sollicitant davantage mon cerveau gauche plutôt que mon cerveau droit. J’étais à tel point déformée que je n’arrivais plus à ouvrir un ouvrage sans avoir en tête le schéma formaté de ma fiche de lecture.

Après le lycée, j’ai mis de côté les livres pendant un certain temps, c’était ma façon à moi de faire ma crise d’adolescence, de faire le deuil symbolique du père libraire. Puis je suis tombée sur les livres de Beigbeder, dont « 99 francs », qui a été une véritable claque, puis "L’amour dure 3 ans".

Oui je sais, certains vont ricaner, c’est pas de la vraie littérature ça, j’aurais dû citer Proust ou un obscur auteur japonais pour être crédible. Pas grave, j’assume. J’ai adoré ses phrases choc, ciselées comme des slogans publicitaires, son regard cynique sur notre société, son ton désabusé, son écriture brillante. Enfin un livre qui parlait à mon cœur plutôt qu’à mon cerveau ! Et puis, pour avoir travaillé avec l’une des plus grosses agences de pub de France, je ne pouvais que jubiler à la lecture de ces descriptions au vitriol !

C’est cette impertinence teintée de noirceur que je comptais retrouver en allant voir « L’amour dure 3 ans » au cinéma. Ma déception a été à la hauteur de mes attentes, Beigbeder nous servant pendant une heure et demi une espèce de comédie romantique acidulée à des années lumière du cynisme du livre original. L’histoire perd toute sa saveur, réduite à sa plus simple expression : les déboires sentimentaux de Marc Marronnier, fraichement divorcé, qui s’éprend de la femme de sa cousine alors qu’il a une peur farouche de l’engagement. Pas franchement original. Pour que le spectateur en ait pour son argent, Beigbeder multiplie les clins d’œil lourdauds et use et abuse du name dropping, faisant se succéder à l’écran Michel Denisot, Finkelkraut et Michel Legrand. Pas de grande finesse non plus dans le traitement de l’intrigue, à croire que son cercle de connaissances ne va pas au delà de St Germain : les héros sont écrivains ou photographes, ont des duplex fabuleux avec piscine intégrée ou vue sur le tout-Paris et déambulent en tenue légère et décapotable à n’importe quelle période de l’année.

Question distribution, Gaspard Proust fait un Marc Marronnier honorable, Louise Bourgoin est plutôt juste, Nicolas Bedos est insipide, Frederique Bel joue la nymphomane excitée comme d’habitude, Jonathan Lambert est sans intérêt. Que dire de la prestation de Joey Starr qui a fait grand bruit ? Qu’il ne suffit pas de rouler une pelle à une personne du même sexe pour être un acteur underground.

Bref, à part de jolis paysages du pays Basque et la prestation décalée de Valérie Lemercier, pas grand chose pour sauver ce film . Même la caution intello des 30 secondes de Bukowski au début ne suffisent pas . Quand on convoque les morts, la moindre des choses c’est d’être à la hauteur.