> Bref, j'ai été chez Pole Emploi...

mardi 24 janvier 2012

Bref, j'ai été chez Pole Emploi...


Ami lecteur en quête de sensations fortes, de montée d’adrénaline et de pic de tension nerveuse, oublie les montagnes russes, le saut à l’élastique ou le parapente.

Je te conseille simplement de te rendre à ton agence Pôle Emploi accompagné de ton enfant (si tu es nullipare, un de tes copains sera ravi de te le prêter pour quelques heures). Et je te promets le grand frisson, les nerfs en pelote et la tension à 120.

C’est ce que j’ai vécu hier. Après avoir reçu un énième courrier me demandant une pièce manquante, j’ai décidé de prendre le taureau par les cornes en me déplaçant à mon agence. C’était sans compter un impondérable de dernière minute : la gastro inopinée de ma fille, qui, la veille, s’est mise à vomir par jets tel l’exorciste. Incroyable le nombre de fois où mes enfants sont tombés malades le dimanche, je pense qu’il y aurait matière à une étude scientifique. Incroyable également leur faculté à récupérer : le lendemain, elle était en pleine forme (mais en bonne mère juive, j’ai préféré la garder).

Heureusement d’ailleurs car il lui fallait toutes ses facultés pour affronter ce qui allait suivre.

9h15 : Arrivée à l’agence. Déjà une dizaine de personnes fait la queue à l’accueil. Ma fille est calme dans la poussette. Jusqu’ici tout va bien.

9h25 : J’arrive à l’accueil pour déposer les documents manquants. J’explique que mon employeur ne délivre pas de solde de tout compte et que par conséquent j’ai fait une photocopie de ma dernière fiche de paye. « Ah oui mais je ne sais pas si ça va être accepté. Il faut que vous alliez au service clients, ma collègue vous dira si on accepte ce type de documents ».

9h30 : Je me range dans la file du « service clients ». Oui, clients, vous avez bien lu, sans doute car le mot usager doit être un gros mot dans notre société ultra-libérale. Pour moi un client c’est quelqu’un qui paye, et qui choisit délibérément de revenir en fonction de la qualité du service, de l’accueil. A-t-on vraiment le choix quand on vient chez Pôle Emploi ? Déjà 6 personnes devant moi pour un guichet. Je prévois des munitions : gâteaux, crayons et bloc de papier pour ma fille.

9h45 : Déjà plus de 15 mns et c’est toujours la même personne au guichet. Questions incessantes et inutiles « on va vous appeler pour vous donner rdv » « oui mais si je ne décroche pas ? » « on vous laissera un message ». On sent que la « cliente » a besoin de réassurance, de s’accrocher au dialogue avec la conseillère comme à un fil ténu, pour ne pas perdre pied. Elle met du temps à rassembler ces papiers épars et repart le dos courbé, puis revient pour une autre question. Je trépigne. Ma fille a déjà fait tomber 2 gâteaux et fichu des miettes partout.

9h50 : Une nouvelle « cliente » arrive au guichet. Eclats de voix avec la conseillère, part sans dire au revoir. « AU REVOIR ! » lui crie la conseillère. Ma fille s’attaque à son carnet de dessin « Maman je vais te dessiner avec tes gros tétés d’accord ? ». Euh oui d’accord on fait comme ça. Rire du monsieur derrière moi, c’est déjà ça de gagné.

10h00 : Ma fille brandit son dessin : « voilà maman c’est toi »:

Echevelée, avec des gros seins et un énorme nombril. Ma fille me voit donc comme une bimbo égocentrique, tout va bien. « Et maintenant on fait quoi ? ». On attend ma fille, on attend.

10h 15 : Ma fille descend de la poussette, écrase encore un gâteau puis se met a courir en cercles concentriques comme un derviche tourneur. Tombe puis se remet à tourner. Au bout de 5 minutes elle me dit « j’ai envie de vomir ». Et là paniquée, je l’imagine vomissant tel l’exorciste, sans tenue de rechange sous la main et moi perdant ma place dans la queue. Sueurs froides. « C était pour rigoler maman ». LOL.

10h20 : Plus qu’une personne devant moi. YES YES YES.

10h21 : Un type avec un pansement dans le cou passe devant tout le monde en brandissant une carte (de priorité sans doute). « Je passe devant, je suis prioritaire ».

Dire qu’enceinte je n’ai jamais osé passer devant qui que ce soit ou faire lever quelqu’un dans le bus…Prioritaire ok mais il y a des façons de demander non ? « Je vais faire une hémorragie donc je dois passer ». Le coup de l’hémorragie, je ne l’ai jamais entendue celle-là.

10H22 : Un autre type derrière moi surgit en hurlant « s’il passe, je passe aussi. Moi aussi je suis prioritaire ! ». Le type à l’hémorragie lui brandit sa carte devant les yeux, l’autre dit qu’il l’a oubliée mais qu’il a mal à la jambe. Il se plante devant tout le monde en me passant devant. Pendant ce temps là, ma fille chante « j’aime la galeeeette savez-vous comment ? quand elle est bien fait avec du beurre dedans ». Ca hurle dans tous les sens et personne ne réagit. Une conseillère sort enfin dans son bureau en criant « faites moins de bruit, je n’entends pas mon téléphone ».

10H23 : N’y tenant plus je vais voir l’éclopé N°2 sans carte et j’explose. « Dites donc vous croyez quand même pas que je vais faire passer tous les éclopés de la terre non ? Ca fait une heure que j’attends, vous êtes sans carte, vous retournez derrière ! c’est la cour des miracles ou quoi ici ? »

10h 25 : Le type devant moi qui n’a pas osé l’ouvrir se retourne pour me sourire d’un air soulagé. Ma fille répète en boucle « pourquoi tu t’énerves maman ? Qu’est ce qu’il t’a fait le monsieur ? ». L’éclopé sans carte retourne à sa place. En me retournant je constate qu’il y a 15 personnes derrière moi et toujours un seul guichet ouvert.

10h30 : Une conseillère sort de son bureau et se décide enfin à prendre le relais « Personne suivante ». C’est moi !

10h31 : Ma fille sur mes genoux continue à écraser consciencieusement son gâteau sur le bureau de la conseillère. Regards noirs. Je commence à expliquer mon cas plutôt complexe. ‘Tut tut tut, pas besoin de me dire, je sais lire ». Zen, restons zen.

« Ah mais pourquoi vos congés sont à zéro ? Et pourquoi 9 mois sans salaire ? ». « C’est justement ce que j’essayais de vous expliquer ».

10h32 : Elle regarde dans son ordinateur puis lance des commentaires sibyllins « ah mais pourquoi elle a rentré ce chiffre ? » puis me lance « donc vous avez repris votre dossier. Je vois dans l’ordinateur que nous n’avons plus PHYSIQUEMENT votre dossier ». Là je n’y tiens plus et lance « C’est quoi ces conneries encore ? Comment avez-vous pu rentrer vos chiffres sans dossier ? Il faut que je redépose un dossier c’est ça ? ». Pas de réponse.

10h33 : Elle feuillette vite fait les documents que j’ai apportés « pourquoi n’avez vous pas apporté de solde de tout compte ? C’est ce qu’on vous a demandé pour étudier votre indemnisation ». Rebelote

10h34 : Elle pose mes papiers sur un coin de bureau puis me dit qu’elle va transmettre à sa collègue qui dira si c’est accepté. Pourquoi dans ce cas ai-je attendu une heure ?? Je lui demande si je peux avoir un récépissé, une preuve de mon dépôt, elle me dit que ce n’est pas la peine. Quand je lui demande quand est ce que j’aurai des nouvelles de mon indemnisation (je n’ai plus de salaire depuis novembre), elle me dit que le papier manquant retarde encore la procédure de 3 semaines.

10h 35 : Je suis vidée. Je tiens la petite main chaude de ma fille et m’y raccroche comme à une bouée. J’espère que ce passage à Pole Emploi lui aura au moins fait comprendre qu’il faut bien travailler à l’école.