> Pourquoi "Shame" de Steve Mc Queen m'a laissée de marbre

dimanche 15 janvier 2012

Pourquoi "Shame" de Steve Mc Queen m'a laissée de marbre





Connaissez-vous le studio 28 ? C’est un de mes cinémas préféré, à des années lumière des complexes géants, aseptisés et anonymes aux 20 salles diffusant en boucle les derniers blockbusters.

Créé en 1928 et décoré par Jean Cocteau, il se situe au cœur de Montmartre et est plein de charme. On peut y boire un verre, grignoter une tarte salée dans son charmant jardin d’hiver ou simplement s’y faire une toile, sous l’œil protecteur de ses lustres rococos. Pour la petite histoire, c’est dans cet endroit hors du temps qu’a été tournée une des scènes du film « Amélie Poulain ».

C’est pourquoi, quand j’ai vu que cette salle diffusait « The Artist », je n’ai pas hésité (oui, je suis un peu en retard mais depuis que j’ai des enfants, je suis passée dans un autre espace temps. Il se passe ainsi en moyenne 6 mois entre la sortie d’un film et le moment où je me décide à aller le voir).

Manque de bol, au moment d’acheter le ticket, la caissière m’informe que l’horaire indiqué sur Google n’est pas le bon, « The Artist » passant 2h après…Elle me propose d’aller voir à la place « Shame », un film sur l’addiction sexuelle d’un New-Yorkais.

Comme j’en avais eu des échos dithyrambiques sur Twitter, je me suis dit que ça pourrait être une bonne idée.

J’ai toujours été intriguée et attirée par tout ce qui a trait aux addictions, aux mécanismes qui les sous-tendent, à la façon dont ceux qui en souffrent se coupent progressivement de la réalité. Un des livres qui m’a le plus marquée à ce sujet est « Le démon ». Un ouvrage coup de poing qui raconte la descente aux enfers d’un jeune cadre New-Yorkais bien sous tout rapport. Obsédé par la séduction d’inconnues qu’il oublie dès qui les a consommées, le héros va peu à peu mettre en péril son travail et son couple, totalement habité par son démon intérieur. On vibre avec lui, on partage ses déchirements et on finit même parfois à s’identifier à lui. Un bouquin qui prend aux tripes, une grosse claque dont on ne sort pas indemne.

Forcément, avec un tel monument littéraire, la barre était haute pour « Shame » ! Et malheureusement, le film de Steve Mc Queen n’a pas été à la hauteur de la comparaison.


Alors que je m’attendais à un film rythmé, avec une puissante montée dramatique, je me suis profondément ennuyée. Certaines scènes m’ont paru lentes à mourir, sans intérêt et très prétentieuses. Le moment ou la sœur du héros chante l’intégralité de « New York New York » sur un ton langoureux m’a donné envie de me lever tant elle m’a agacée. La scène où le héros ramène sa collègue à l’hôtel est interminable et cousue de fil blanc : on sait qu’il ne se passera rien alors pourquoi nous infliger 10 mns de préliminaires ennuyeux? Même les scènes trashs ne m’ont pas réveillée, tant elles étaient filmées de façon pseudo intellectuelles et esthétisantes, soutenues à grand renfort de musique classique.

Je suis complètement passée à côté du film et, contrairement au Démon, je n’ai eu aucune empathie pour le personnage. Il faut dire que le réalisateur ne nous donne aucune clé pour essayer de comprendre son addiction. A part l’énigmatique phrase « We're not bad people. We just come from a bad place », on ne sait rien de l’histoire du personnage de Steve Mc Queen et de sa sœur, pas plus que des déchirements qui l’habitent.

Il n’y a aucune montée dramatique puisque le tableau est dressé dès le départ et que le héros apparaît d’emblée comme un prédateur dénué de tout sentiment. On regarde alors le film de loin et on se sent parfois exclu tant le personnage nous semble distant et antipathique.

Il faut néanmoins accorder un mérite à « Shame » : la prestation assez impressionnante de Michael Fassbender. On est fasciné par son charisme et par son regard bleu acier habité qui crève l’écran.

Mais ça ne suffit malheureusement pas à sauver le film…