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dimanche 10 février 2013

Jouets sexistes : quand les consommateurs font trembler les marques



Même si les industriels sont décidément très imaginatifs quand il s’agit d’inventer des produits « spécial femmes » (j’avais recensé pour Slate un top 10 des pires produits genrés ici et un autre ici), il semblerait que les mentalités soient progressivement en train de changer.

Après la révolte des consommateurs sur Amazon à l’encontre des stylos Bic spécial femmes (760 commentaires à ce jour), ce vent de rébellion semble désormais souffler sur le rayon jouets.



Auchan en a fait les frais à Noël dernier avec la phrase d’illustration de sa table à repasser figurant dans son catalogue de jouets : « Tu deviendras une professionnelle du repassage grâce à ce fer tout équipé pour faire comme maman ». Suite à la grogne née sur les réseaux sociaux, l’enseigne avait dû ranger le jouet dans la catégorie « mixte » et retirer la référence à la mère.



Quelques jours après, c’était au tour de Vert Baudet de faire face à la vindicte des consommateurs.  En cause, les cadeaux pour le moins sexistes offerts par l’enseigne de vente par correspondance : un mini sac à main « bien rangé comme maman » pour filles et une trousse à outils pour « être bricoleur comme papa » pour garçons. La réponse ne s’est pas faite attendre : une pétition en ligne lancée par Fanny, une cliente, a rapidement récolté 3000 signatures alors que la page Facebook de la marque était submergée de commentaires exigeant des explications. Face à l’ampleur du bad buzz, Vert Baudet a été contraint de s’exécuter et de présenter ses excuses au sein d’un communiqué.

Alors que la période de Noël est déjà loin, les consommateurs ne semblent pourtant pas baisser la garde, preuve qu’un profond changement de mentalité est en train de s’opérer.

L’enseigne Harrod’s, qui s’était faite remarquer positivement lors de la période des fêtes avec son rayon de jouets non genré, reçoit aujourd’hui le bonnet d’âne du sexisme.


L’objet du délit : 2 livres genrés pour enfant qui fleurent bon les stéréotypes. Dans la version pour filles titrée « Comment être jolie ?», on apprend à « devenir stylée en 5 minutes », alors que la version masculine intitulée « comment être intelligent » apprend aux petits garçons à faire travailler leurs neurones et leur mémoire. La photo des 2 livres, tweetée par Krystina Meens a rapidement fait le tour du réseau social et a, encore une fois, contraint le grand magasin a des excuses publiques et au retrait immédiat du livre des rayons.

Certaines marques, sentant venir la tendance, anticipent avant Noël prochain pour proposer des produits habituellement étiquetés « spécial garçon » aux petites filles.


Dernier exemple en date, Hasbro, qui lance « Nerf  rebelle », la célèbre gamme de pistolets aux balles en mousse relookée version girly. Comme pour le « Bic pour femme », la marque prétend être partie des besoins des consommatrices : « elles ont parlé, nous avons écouté ».


Le clou de la gamme, un arc rose appelé « heartbreaker » (briseur de cœur).

L’initiative rappelle celle de Légo et sa gamme de jeu de construction très girly « Lego friends » destinée aux petites filles. Avec ses briques pastel permettant de construire salons de beauté et cafés, elle avait fait le buzz l'année dernière au moment de son lancement.

Même si l’initiative prouve qu’un changement de mentalité est en train de s’opérer, on peut néanmoins regretter que cette segmentation reste très stéréotypée, assimilant les petites filles au rose et à la superficialité.

A quand des jouets pour tous, tout simplement ?




vendredi 8 février 2013

Jeu d'écriture à partir d'un incipit


Aujourd'hui, nous allons partir d'un incipit (la première phrase d'un livre) pour écrire un texte.

La voici : "Le camion avance" (incipit du livre de Jacques Lanzmann "Le dieu des papillons")

A vos claviers!

Comme d'habitude, si vous le souhaitez, vous pouvez poster votre participation dans les commentaires.


Voici mon texte (à ne pas lire si vous souhaitez participer!).
 
Le camion avance. Dommage, ça me plaisait bien moi d’être coincé dans les embouteillages. C’étaient des minutes supplémentaires passées près de toi papa. De toi, je ne vois que le col de chemise et la main impatiente qui tapote sur le volant et passe nerveusement les vitesses. Ton odeur de sapin comme je l’appelle, à cause de ce produit que tu mets après t’être rasé, je l’inspire de toutes mes forces pour garder un peu de ta présence. Toi, tu es déjà dans l’après. Tu consultes ton agenda, appelles tes clients. Je suis déjà loin. Ces 2 jours, une semaine sur 2, c’est trop et pas assez. Trop parce que je vois bien que je vous gêne un peu, Claire et toi, que je perturbe votre vie bien rangée. Pas assez parce qu’en 2 jours, on a tout juste le temps de prendre ses marques qu’on doit déjà repartir. Comme si on t’agitait sous le nez une barbe à papa, joufflue et parfumée, et qu’on te l’enlevait juste après 2 bouchées. Un goût de trop peu. Tu sais, même si je n’ai que 6 ans, je sens bien que ça ne te suffit pas à toi non plus papa. Parfois, tu me serres trop fort dans tes bras ou tu inspires l’odeur de mes cheveux, les yeux fermés, comme du temps où maman et toi étiez encore mariés. En y repensant, ma tête dodeline doucement contre l’appui-tête de mon siège auto. J’oublie l’école qui m’attend dans quelques minutes, les contrôles, la peur au ventre. Les souvenirs défilent en même temps que le paysage derrière la vitre. Brusque retour à la réalité. Tu klaxonnes, tu cries contre ce camion qui s’arrête encore « Non mais avance ! On va jamais y arriver ! ». Si seulement c’était vrai.

jeudi 7 février 2013

Entre leurs mains...



Les mains de ma grand-mère, parcheminées, fines, constellées de petites veines, qui tenaient les miennes alors que je lui racontais les dernières nouvelles.

Les mains de ma fille, chaudes, si petites et qui me serrent pourtant si fort sur le chemin vers l’école.

Les mains de mon fils, encore potelées et qui rappellent qu’il n’est encore qu’un petit garçon en dépit de sa grande taille trompeuse.

Mes mains, longues et fines, qui se sont pourtant épaissies au fil des ans, si j’en juge par les bagues offertes par d’anciens amoureux, désormais trop petites. La cicatrice sur la main droite, juste à côté de mon pouce. Mes ongles, jamais de la même taille, rarement vernis.

Ses mains à lui, carrées et réconfortantes. Les saisir dans la nuit ou au petit matin ralentit mon cœur immédiatement et éloigne mes angoisses, comme un talisman.

Les mains des clients, et leur poignées, souvent vigoureuses, pour me mettre en condition. Pas de temps à perdre, on est là pour travailler.

Les mains de mon conseiller Pôle Emploi, qu’il tient recroquevillées quand il ne tape pas frénétiquement sur son clavier. Il faut combler le vide.

Les mains de ma pharmacienne, hypnotiques tant elles me paraissent parfaites. Manucurées discrètement, des ongles polis comme des coquillages et joliment vernies.

Les mains de mon boucher, qui cachent bien leur jeu et qui, délicatement, découpent du filet comme de la dentelle.

Les mains de mon médecin, toujours froides, comme pour mettre une distance toute médicale entre lui et moi.

Les mains de mon esthéticienne, qui se posent immédiatement sur chaque partie de mon corps après le passage de la bande de cire, pour calmer la douleur.

Les mains de cette vieille femme dans le bus qui la trahissent malgré son lifting flagrant. Les taches beiges parlent à sa place : « J’ai 65 ans ! ».

Ces mains qui m’ont sorties du ventre de ma mère, il y a bientôt 40 ans, où sont-elles désormais ?

lundi 4 février 2013

Le choeur des femmes



J’aime souvent dire que je n’aime pas les gens. C’est moitié comme une défense, moitié comme une provocation. Mon côté ours prend souvent le dessus si je n’y prends garde. Je peux ainsi rester une journée entière devant mon écran sans contacts humains sans que cela ne me perturbe trop. Je n’ai pas de bandes de copains, à la vie à la mort et, comme Brassens, j’ai le sentiment que dès qu’on est plus de 2 on est une bande de cons. Je préfère les relations en face à face aux grandes tablées, les dialogues intimistes aux discussions animées à plusieurs.

Jusqu’ici, quand j’accompagnais ma fille à l’école le matin, je regardais de loin ces autres pairs avec un sentiment diffus. Je crois que je ne me sentais pas à ma place, plutôt du côté des élèves que de celui des parents. A croire qu’on ne sort jamais vraiment de l’école et qu’on y rejoue perpétuellement les scénarii de son enfance.

Les souvenirs de cours de récré, impitoyable jungle, les brimades et les clans, les groupes de filles se tenant le bras en riant, tout cela se mêlait dans ma tête alors que j’observais les autres parents d’élèves. Forcément mieux, forcément moins timides, riant et parlant fort. On n’oublie jamais vraiment le goût de l’exclusion une fois qu’on y a goûté.

Certains matins, je croisais parfois des groupes de parents devant l’école, s’attendant pour aller boire un café. Je me disais alors, un peu pour me persuader, que de toutes façons je n’avais pas le temps. Et puis parler de ses enfants, des maitresses, les parents d’élèves, les kermesses et les gâteaux du vendredi soir, ça n’était pas mon truc. De toutes façons, je n’aime pas les gens.

Ce qui a vraiment fait le lien ce sont les enfants, qui, eux, ne font pas cas des problèmes existentiels de leurs parents ou des affinités que ceux-ci peuvent tisser entre eux.

Un jour, après avoir invité ma fille à venir jouer chez elle, une mère m’a conviée à rejoindre le café du jeudi matin.  Au début un peu polluée par le petit diable sur mon épaule qui, décidément, ne me lâche pas (« t’as pas assez parlé » « t’as trop parlé » « t’as rien dit d’intéressant »), j’ai progressivement pris goût à ces rendez-vous autour d’une tasse. Et à cette parenthèse matinale qui réchauffe le cœur et le corps.

J’ai été extrêmement  surprise du degré d’intimité qui s’est crée entre nous : très vite, les masques  sont tombés, les langues se sont déliées, les secrets se sont partagés. Derrière nos oripeaux de mères parfaites, bien sous tous rapports, chacune a déposé ses valises trop lourdes à porter. Nous avons ouvert nos petits tiroirs et laissé parler nos peurs, nos doutes et notre culpabilité. « J’ai vécu un accouchement horrible » « C’est terrible, je n’ai plus d’ambition, je veux juste rentrer à l’heure pour coucher mon fils » « Comment être sûre de faire bien ? » « Mon mari n’est pas un macho mais c’est moi qui ai dû faire des sacrifices en terme de boulot » « J’ai fait une dépression à la naissance de mon enfant »  et tant d’autres bribes de vies, lâchées comme des bulles de savon. Autour de nos tasses fumantes, nous vidons nos sacs pendant quelques minutes, sans jugement ni peur du regard de l’autre. Nous rions, nous nous consolons, nous nous invitons, nous nous aidons.

Et jamais nous ne parlons kermesse ou gâteau.



vendredi 1 février 2013

Renommer l'école maternelle, une connerie? Pas vraiment!


Quand on se revendique féministe, on a la « chance » d’être interpellée à propos de tous les sujets d’actualité brûlants lors des dîners. Même quand on n’a pas forcément d’idées tranchées ou que les questions semblent TRES LEGEREMENT orientées.

Mon intuition féminine (ah ah) me laisse deviner la prochaine : « Alors, qu’est ce que tu penses de cette connerie de changement de nom de l’école maternelle ? ».

Pour ceux qui n’auraient pas suivi l’histoire, il s’agit de la décision de la députée PS de Paris, Sandrine Mazetier, de saisir le gouvernement pour faire débaptiser l'école maternelle, qui renvoie trop, selon elle, à l'image de la seule mère.

"C'est une école, pas un lieu de soins, de maternage, c'est un lieu d'apprentissage. Changer le nom en petite école ou première école, c'est neutraliser d'une certaine manière la charge affective maternante du mot maternelle. Ça rendrait justice au travail qui y est fait, au professionnalisme de ceux qui y interviennent, et ça rappellerait aussi qu'aujourd'hui la responsabilité de l'éducation des enfants est partagée entre les parents et n'est pas la spécificité des femmes"

J’avoue, qu’au début je n’avais pas d’avis sur la question, tout comme le débat autour du « mademoiselle ». Puis en y réfléchissant 2 minutes et en lisant les divers articles et commentaires sur le sujet, je me suis dit que je ne pouvais qu’y être favorable.
Surtout quand on analyse les critiques que le débat cristallise. Un vrai bingo féministe (et encore, je passe sur les « connes » « idiotes » et autres noms d’oiseaux).

Petit inventaire et tentative de réponse :

- « Y a pas des sujets plus importants en ce moment ? » : Si le sujet est sans importance pourquoi perdre du temps et de l’énergie à vouloir s’y opposer ? Et se battre pour que rien ne change ?

- « Vous n'avez pas d’autres causes à défendre, d’autres combats à mener ? » : un grand classique qui ressort dès qu’une cause féministe, quelle qu’elle soit, est mise en avant.  On peut lutter pour l’égalité des salaires, contre la violence envers les femmes tout en décidant de s’attaquer au langage. Un combat n’exclut pas l’autre. Cet argument reviendrait à ne pas donner 1 € au SDF de sa rue sous prétexte que ça ne solutionnerait pas la faim dans le monde

- « Ca ne règlera pas les problèmes de l’école » : ce changement de vocabulaire n’a pas la prétention de régler tous les problèmes de l’école, qui vont bien au-delà du simple sexisme. Simplement d’aider à lutter contre les stéréotypes hommes/femmes ce qui est déjà pas mal. Encore une fois, s’attaquer à une problématique n’enterre pas toutes les autres

- « Changer les mots ne changera rien » : Les mots ne sont pas anodins, ils sont même politiques voire idéologiques. Preuve en est, les déchainements provoqués et les résistances en oeuvre dès qu’on tente de les faire évoluer (la féminisation des noms, jugée ridicule et compliquée en est un parfait exemple). Ici le terme « école maternelle » n’est plus adaptée à son époque. Elle n’est plus un lieu de soins, de maternage, une simple garderie mais un lieu d’apprentissage. C’est aussi rendre ses lettres de noblesse à l’école et aux enseignants que d’en tenir compte. Tout comme remplacer le terme d’ « instituteur » par celui de « professeur des écoles » avait son importance symbolique à l’époque. Le langage n’est pas une matière figée, il évolue. Alors qu’il y a peu,  on disait encore fréquemment « l’heure des mamans », chacun a progressivement pris le soin de renommer l’heure de la sortie en « heure des parents » ou encore mieux en « heure du goûter ». Un petit pas vers l’égalité qui n’a, cette fois, choqué personne. Par ailleurs, en « déféminisant » le nom de l’école, on peut espérer que l’on contribuera à masculiniser une profession choisie à 81,5% par les femmes. Cette note de l’Education Nationale l’explique très bien : « Il semblerait ainsi que « les représentations sociales liées à la socialisation de sexe jouent à plein rendement : gérer scolairement la petite enfance apparaît mentalement comme un métier de femmes reposant sur la construction sociale idéologique, subjective et réductive de l’instinct maternel. »

- « J’aime bien le mot « maternelle » et je veux continuer à l’utiliser. Qu’est ce qu’ils vont inventer comme mot horrible pour remplacer ça ? » : Si on veut continuer au jeu du « c’était mieux avant », pourquoi ne pas revenir au temps où l’école maternelle s’appelait encore l’ « asile » ? Ce mot vous choque ? C’est bien la preuve que la langue évolue, la société aussi.

Histoire d’aller plus loin, je serais d’avis de renommer l’Education Nationale en "Instruction Nationale". Car les professeurs sont là pour instruire les enfants, pas les éduquer. 

Les mots ont un sens…