Vendredi dernier, j’ai découvert sur Twitter la couverture
du dernier numéro de « Vogue Homme ».
Celle-ci met en scène Stéphanie Seymour et Marlon Teixeira et fait
actuellement scandale aux Etats-Unis.
En cause, l’image très sexuelle de
soumission du mannequin féminin et la main de l’homme autour de la gorge de
celle-ci.
Des associations ont écrit au groupe de presse pour
manifester leur mécontentement « A New York, votre magazine apparaît dans de
nombreux kiosques à journaux et a un large impact sur les jeunes hommes et
femmes. Alors que cette une avait sans doute l’intention de choquer et
d’attirer les lecteurs potentiels, ce qui est vraiment choquant c’est qu’elle glorifie la violence contre
les femmes comme un acte d’amour". La lettre rappelle ensuite une
"qu’une étude parue dans le
Journal of Emergency Medecine sur les meurtres de femmes tuées par leur
conjoint, selon laquelle 43% d'entre elles, avaient déjà été étranglées par le
passé avant d'être tuées".
Lorsque j’ai vu passer cette couverture, j’ai immédiatement
pensé à la campagne récente contre le viol. Il existe en effet de nombreuses
similitudes entre ces 2 images : l’homme derrière la femme, cette main qui
attrape, pour l’une, les seins, pour l’autre, le sexe, l’autre main placée sur
la bouche ou autour de la gorge de la femme.
Même si la main semble posée sur
la gorge, elle ne l’enserre pas : je vois ici davantage un jeu sexuel que
de la maltraitance. Avant de dénoncer des pratiques, n’oublions pas que dans la
sphère intime, il est possible de jouer alternativement au « soumis » ou au
« dominateur » sans que cela ne mette en jeu l’intégrité d’un des 2
partenaires. Dans ce cas, le « soumis » n’est pas forcément celui
qu’on croit (sur la couverture d’ailleurs, c’est l’homme qui semble
« victime » de son attirance, yeux fermés et mains autour du corps de
la femme, alors que celle-ci, déterminée, regarde l’objectif droit dans les
yeux).
Ce qui est gênant en revanche, c’est cette esthétisation à
outrance de la violence, qu’elle soit consentie ou pas, dans la publicité.
Via @Mar_Lard, je suis tombée sur
cet article édifiant qui récapitule les publicités mettant en scène de
manière esthétique la violence envers les femmes :
Le magazine bulgare 12 et ses photos terribles de femmes
blessées
Une photo de femme battue pour une publicité pour un salon
de coiffure
Des clichés tirés du calendrier Pirelli évoquant à demi-mot
un viol collectif
Des extrait du shooting mettant en scène les mannequins d’ America’s
Next Top model
Une constante : une glamourisation de la violence qui
conduit indirectement à sa normalisation. Pourquoi cette nécessité de
maltraiter symboliquement les femmes et de les installer dans cette
position de victime ? Est-ce une façon de leur faire payer le prix de leur
beauté ? Un retour de bâton non pas idéologique mais symbolique ?
Dans le monde enchantée de la publicité, pas beaucoup de
possibilité pour les femmes : soumise ou prostituée.
En
2008, les chiennes de garde avaient réussi à faire modifier une campagne
pour Surcouf mettant en scène « deux jeunes femmes blondes en
soutien-gorge, slip, et bas noirs, déhanchées et cambrées (…)», raconte
l’association. «Ces deux jeunes femmes encadrent un adolescent, l’air niais.
Lui posant la main sur l’épaule, elles s’apprêtent à l’embarquer, comme en
témoigne le slogan : «résisterez-vous à autant d’avantages». Une « image de
prostitution » pour l’association, puisque la mention «offre de 10 % de remise»
est inscrite près des deux jeunes femmes.
La semaine dernière, cette même association a épinglé la
campagne des magasins « Virgin » pour des raisons similaires. Pour
illustrer l’accroche « une putain de sélection », ces derniers n’ont
rien trouvé de plus créatif que d’utiliser l’image d’une prostituée, en bas
déchirés et sac à main en fausse fourrure rose ( jeu de mots subtil avec
« Virgin » (vierge) en opposition avec « putain). Quel rapport
avec des livres ou de CD? Aucun.
Alors, hors de la putain ou de la victime, point de salut
pour les femmes dans le monde de la publicité ?























