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dimanche 17 mai 2015

La copine moche, le nouvel it-accessoire de l’été (et autres conseils improbables à destination des femmes)



Sois belle, consomme et tais-toi : on retrouve cette triple injonction de façon plus ou moins discrète au fil des pages des magazines, sur nos écrans de télévision mais aussi sur des panneaux au format 4X3.

L’injonction d’être belle, en toutes circonstances. On ne s’en rend pas forcément compte tant nous sommes bombardés de messages de toutes part mais, si on s’y attarde, on réalise que le conditionnement est subtil mais régulier. Il faut que le message nous rentre dans la tête et la répétition est le meilleur medium pour y parvenir.

Twitter n’échappe pas à la règle : il y a quelques jours, je suis tombée sur ce tweet sponsorisé des 3 Suisses qui posait une question cruciale à travers la vidéo d’une blogueuse mode : « Comment avoir la classe à la piscine municipale ? ».


En ce qui me concerne, être classe est bien le cadet de mes soucis quand je me rends à la piscine municipale.

Soit je m’y rends avec mes enfants et je veille plutôt à ce qu’ils aient un slip propre dans leur sac, à ce qu’ils ne fassent pas de vol plané en courant sur le carrelage et ne chopent pas de mycose dans le pédiluve.

Soit je m’y rends seule et mon but est d’enchaîner les longueurs, peu importe mon allure en maillot une pièce et bonnet de bain en silicone.

Je ne ressemble sans doute pas à grand-chose mais mes congénères masculins ne sont pas mieux lotis (scoop, le maillot moulant et le bonnet ne mettent pas en valeur à toutes les morphologies). Pourtant, aucune marque ne viendra leur expliquer, à eux, comment être classe à la piscine municipale.

La réponse des 3 Suisses à ce propos est assez édifiante: « On y va avec une copine pas bombasse et on ose le flashy ».



Si je résume donc, pour être montrable à la piscine, on sort le maillot fluo et on dégote une copine moche afin de jouer le faire-valoir. Le laideron, le nouveau it-accessoire de l’été.   
Désormais, je ne pourrais m’empêcher de regarder avec suspicion les copines qui me proposeront d’aller faire quelques brasses en leur compagnie. Merci les 3 Suisses.

Dans le genre question existentielle, le Figaro nous explique, quant à lui, comment rester belle sous la pluie.

Une problématique visiblement cruciale puisque lorsqu'on tape "être belle sous la pluie" sur Google, les articles pleuvent (ah ah).


Rien en revanche, lorsqu'on tape "être beau sous la pluie". Après la piscine municipale, les hommes peuvent être moches en toute tranquillité même sous des trombes d'eau. Double standard j'écris ton nom.


Pour aider les femmes à se sortir de l'épineuse question de la beauté sous la pluie, le Figaro a la solution. On s'en doutait, la classe ultime par temps humide a forcément un coût : elle passe notamment par des « indispensables » tels que d’improbables bottes de pluie à talons à 150€ ou un imperméable rose bonbon, façon plastique pour recouvrir les livres à 1000€.
Sois belle, tais-toi et surtout n'oublie pas de consommer.



Après comment être belle sous la pluie, belle à la piscine municipale, à quand un article qui nous expliquerait comme être belle aux toilettes, chez le gynécologue ou à un enterrement ?

Ah mince, on me dit dans l’oreillette que le dernier sujet a déjà été traité par Biba.
Heureusement que les magazines féminins pensent à tout. A notre place.





vendredi 15 mai 2015

J'ai lu "Travailler à tout prix" de Cédric Porte et Nicolas Chaboteaux


La première fois que j’ai entendu parler de ce livre, c’était sur la page Facebook de mon amie Gaëlle. Elle venait de le lire et partageait son ressenti. Piquée par la curiosité, nous avons échangé puis elle a gentiment proposé de me le prêter pour que nous puissions en discuter ensuite.

« Travailler à tout prix » est le témoignage à 4 mains de 2 ex-salariés d’une SS2I, Cédric Porte, ancien scénariste devenu SDF et Nicolas Chaboteaux, ex journaliste.

Alors que leur embauche après des années de chômage semblait être la promesse de lendemains qui chantent, les 2 hommes réalisent rapidement qu’ils ont finalement quitté un enfer pour un autre.

Car chez MSS, une PME dirigée par la tyrannique Marie-Sophie Sentenza, les méthodes de management sont pour le moins particulières. Humiliation, isolement, harcèlement, délation, contrôle de l’individu : un cocktail détonant qui n’est pas sans rappeler les techniques de manipulation sectaire.

Dès son entrée chez MSS, le salarié perd toute identité : il n’est plus une personne mais un trigramme, comme le raconte Cédric, qui devient ainsi CPO. Son travail quotidien, ubuesque, consiste à rédiger des synthèses de textes et des descriptifs de l’organisation de son travail : « En quoi cela consiste-t-il concrètement ? Ici chaque salarié s’attelle à rédiger un document où il explique comment il compte organiser son travail. Tout doit être prévu, même l’imprévisible. La règle de base est de rien entreprendre sans l’avoir préalablement décrit en détail et fait valider par son supérieur. Chaque action, si minime soit-elle, appelle donc à la rédaction d’une organisation. Ex : vous devez emprunter un document dans le bureau voisin ; à charge pour vous de stipuler a minima,  l’heure à laquelle vous devez aller chercher ce document, l’heure à laquelle vous préviendrez votre collègue et ce qu’il doit faire exactement, le temps que cela va prendre, sans oublier bien sûr les conditions nécessaires au bon aboutissement de cette tâche (ordinateur allumé, imprimante opérationnelle). ».

Après quelques jours, Cédric réalise rapidement que la lune de miel avec son nouvel employeur est définitivement terminée puisque « M. Tuco me parle comme à n’importe quel salarié de la boîte : « Je vous ai autorisé à me parler ? » « C’est un vrai torche-cul votre truc(…). Mais le mot qui revient à chaque fois c’est « recommencez » » ». Faire et défaire, sans aucune visibilité ou retour constructif sur la tâche à accomplir, tel est le quotidien kafkaïen de Cédric.

Quotidien qu’il ne peut partager avec personne puisque chez MSS, l’isolement est de mise : le téléphone ne sert qu’à recevoir des appels (avec obligation de décrocher avant la 2ème sonnerie), les salariés déjeunent seuls et les échanges sont proscrits : « Je vous préviens, j’ai demandé qu’on me remonte l’information si on vous surprenait à parler avec d’autres personnes de la société. Si j’apprends que vous avez essayé de parler à quelqu’un, je vous vire sur le champ ! ».

Car chez MSS, la délation est fortement encouragée comme l’explique Nicolas : « Ici, la règle d’or c’est de « remonter les écarts ». Un écart, c’est quoi ? Très simple, tout ce qui sort des clous, déroge de près ou de loin à ce qui a été défini au départ, ou qui empêche de réaliser une tâche comme prévu. Ca peut aller du plus petit écart, comme le stylo qui n’écrit plus, au plus grand écart facial. (…). Bref, Marie-Sophie Sentenza doit être au courant de tout, y compris du moindre crayon à tailler ! (…). Ce que je comprends, surtout, au travers de cette politique, c’est que la direction encourage la délation ni plus ni moins. Il est, en effet, très bien vu par la hiérarchie de remonter l’écart éventuel d’un collègue qui aurait failli dans sa tâche ».

Ce climat de terreur encourage alors les plus bas instincts et l’individualisme règne alors en maître. Personne ne réagit plus face au harcèlement quotidien des dirigeants : « Lerouge (JBL) et Tuco ont mis au point un petit jeu qui s’apparente à du ping-pong. Dans le rôle de la balle : un salarié. Dès le matin, Tuco convoque sa proie. (…) Mettant le doigt sur une « flagrante incompétence » à corriger, il lui donne un nombre incalculable de travaux à réaliser. Rentre alors dans le jeu JBL qui, parallèlement, appelle cette même victime pour lui assigner d’autres tâches. Bien sûr Tuco et JBL s’appellent pour se tenir informés. Ils se marrent. (…) ‘Tu aurais dû voir ce que je lui ai mis. Il venait à peine de redescendre de ton bureau. Il faisait une tête !’ ».

 Heureusement, la rencontre des 2 auteurs sera déterminante et leur donnera le courage de s’extraire de cet enfer. Aujourd’hui,  Nicolas a retrouvé du travail, Cédric en cherche encore mais est malgré tout ressorti plus fort de cette expérience.

Lorsque Gaëlle m’a prêté ce livre, je l’ai littéralement dévoré en une après-midi. J’ai été immédiatement happée par ce témoignage, à la fois très factuel et souvent drôle, et qui ne tombe jamais dans le misérabilisme.

Les 2 auteurs y décrivent avec une grande précision les mécanismes psychologiques à l’œuvre dans certaines entreprises aujourd’hui. On comprend alors à quel point la crise et la peur du chômage favorisent la soumission et encouragent les bas instincts.

J’avoue avoir relu plusieurs fois l’avertissement en début d’ouvrage : « Tout ce que vous allez lire s’est bel et bien passé » tant certaines situations rapportées semblaient parfois ubuesques. Mais elles sont malheureusement bien réelles, pour en avoir discuté de vive voix avec Cédric et Gaëlle autour d’un café. 

Une lecture salutaire, donc !

« Travailler à tout prix », éditions du Moment



mardi 12 mai 2015

Vos suggestions de magazines pour enfants garantis 0% de paillettes!



Suite à mon dernier article, plusieurs d’entre vous m’ont suggéré des magazines pour enfants, non genrés et garantis sans paillettes ni stéréotypes !

Je vais prochainement recevoir un exemplaire de « Georges » et du journal « Le vilain petit canard », j’en ferai un billet pour vous livrer mes impressions.

Merci à tous, voici donc le récapitulatif  de vos parutions préférées :

Edition classique (disponible chez les détaillants presse)


-     Wakou (animaux, nature, 4-7 ans)
-       Youpi (5-8 ans)
-       Le petit Léonard (Art, 6-13 ans)
-       Astrapi  (7-11 ans)
-       Wapiti (sciences, nature et animaux, 7-13 ans)
-       Images Doc (magazine documentaire, 8-12 ans)
-       Sciences et Vie découverte (sciences, 8-12 ans)
-       Virgule (littérature, 10-15 ans)
-       Histoire Junior (histoire, 10-15 ans)
-       Cosinus (maths et sciences 13-18 ans)

Et dans la presse québécoise :

-       Les Débrouillards (Sciences, 9-14 ans)

Edition alternative


-       La petite salamandre (nature, 6-10 ans)

-       Cram-cram (à la découverte d’un pays différent à chaque numéro, 6-12 ans)

-       Georges (histoires, jeux, rubriques à brac, 7-12 ans)

-       Le Vilain petit canard (philosophie, politique, cuisine, danse, chanson, littérature, bande dessinée, histoires co-construites avec le lecteur, poésie, mythologie, bricolages à faire soi-même, à partir du CM2)

-       Patatras mag (ludo-culturel, à partir de 7 ans)

Et dans la presse québécoise :

-   Grilled-cheese (magazine alternatif bilingue)

dimanche 10 mai 2015

Au secours, la presse pour petites filles veut transformer mon enfant en caricature !



J’aborde souvent ici la question des jouets et du genre en pointant les stéréotypes véhiculés et les rôles prédéfinis dans lesquels ils enferment les enfants mais je n’ai pas eu encore l’occasion d’évoquer le sujet de la presse pour petites filles.

Je m’arrache d’ailleurs très régulièrement les cheveux lors des mes passages chez mon détaillant presse en compagnie de ma fille de 6 ans. Comme pour les rayons de jouets, les étals de nos magasins de journaux sont scindés en 2 parties distinctes : les magazines pour garçons et ceux pour filles.

Pour les premiers : de l’action, de la découverte, des sciences, pour les seconds : du rose bonbon, de la cuisine, de la mode, de l’amour et des poneys (malheur au petit garçon qui aimerait l’équitation). Je vous invite d’ailleurs à lire l’article de Lila qui a analysé en détail sur son passionnant blog l’offre des magazines pour petites filles.




Pour ma part, il m’est très difficile de proposer à ma fille des alternatives à ces journaux rose bonbon. Autant en littérature jeunesse, je trouve toujours le moyen de lui conseiller des livres pour sortir un peu des « Martine » et autres livres de princesses (sans compter tous les ouvrages récupérés de son grand frère), autant je me heurte à un handicap de taille lorsque je suis devant les rayons de mon détaillant presse.

La cause : le cadeau offert avec ce type de magazines. Comment lutter contre un collier de perles, un set de maquillage, un téléphone portable avec diamant incrusté et les mettre en concurrence avec un simple J’aime Lire ou un Journal de Mickey ? C’est perdu d’avance.

(Et pour les abonnements, ce n'est pas mieux!)

D’ailleurs, la plupart du temps, le choix du journal par ma fille se fait en fonction de l’objet offert et non pas du contenu, les éditeurs le savent bien. Précision importante que je tiens de l’époque où j’étais en charge de l’achat d’objets publicitaires, il faut savoir que la valeur du cadeau est limitée légalement à 7% de la valeur du produit.

Donc pour un journal à 6€, la valeur du cadeau offert s’élèvera au maximum à…42 cents ! On imagine dans quelles conditions celui-ci a été fabriqué…

Double peine, ces cadeaux, à l’image de leurs magazines, enferment eux aussi les petites filles dans des stéréotypes sexistes. Dernier exemple en date, le dernier numéro du journal de Charlotte aux fraises.

Ma fille, qui connait ma position sur la question, profite régulièrement de ses balades avec son père pour lui faire acheter ce type de journaux. J’ai compris que c’était le cas aujourd’hui encore quand elle s’est empressée de me dire en arrivant à la maison « Je n’ai pas acheté le journal de Charlotte aux fraises pour le cadeau mais parce que j’adore lire ! ».

Le cadeau en question : un magnifique « kit shopping », rose bonbon forcément, composé d’un faux rouge à lèvres, d’une clé de voiture et d’une carte bleue…euh rose !

Quand ma fille m’a vue dégainer mon appareil photo pour immortaliser ce petit condensé de stéréotypes, elle m’a lancé en souriant « Je sais ce que tu vas faire : encore un écrire un truc pour critiquer hein c’est ça ? ».

Ouf, la presse pour petites filles ne l’a pas complètement lobotomisée !

EDIT : Si vous avez des revues à me conseiller pour les 6-8 ans, je prends! J'en ferai un billet complémentaire!

lundi 4 mai 2015

Les super-héroïnes DC Comics : réelle avancée ou énième ghetto rose ?

En février dernier, on avait beaucoup entendu parler de Rowan, petite fille de 11 ans qui avait écrit une lettre à DC Comics pour lui demander davantage de super-héroïnes au sein de ses histoires. 


"J'adore les super-héros et je lis des comics et regarde des dessins animés et des films de super héros depuis que je suis très jeune. Je suis une fille, et je suis contrariée parce qu'elles ne sont pas très nombreuses les super héroïnes dans les films et les bandes dessinées de DC" écrivait-elle alors. 

Elle pointait également l’hyper-sexualisations des super-héroïnes : "Si Batman doit porter une armure, pourquoi Wonder Woman n’en porte-t-elle pas ? Je sais qu’elle est invulnérable, mais ce serait quand même mieux si elle ne portait pas tout le temps un maillot de bain"…


Super Rowan

DC comics a écouté la petite fille, en lui offrant tout d’abord un dessin la représentant en « Super Rowan » puis en annonçant le lancement de « Super héros Girls » à partir de l’automne prochain. 


Dans cette série, on suit ainsi les aventures des super-héroïnes et super-vilaines avant qu’elles ne découvrent leurs pouvoirs : Wonder Woman, Supergirl, Batgirl, Harley Quinn, Bumble Bee, Poison Ivy, Katana et bien d’autres ont d’ailleurs été relookées à cette occasion (exit le maillot de bain pour Wonder Woman). Une plutôt bonne nouvelle donc.

« DC Super Hero filles représente l’incarnation de notre stratégie à long terme pour exploiter la puissance de nos divers personnages féminins. Je suis heureux que nous puissions offrir des modèles pertinents et forts d’une manière unique, juste pour les filles » a ainsi expliqué Diane Nelson, présidente de DC Entertainment.

Juste pour les filles. DC Comics nous refait donc le même coup que Lego Friends et ses briques rose bonbon, ses salons de beauté et ses figurines sexualisées. Plutôt que d’essayer d’intégrer ses super-héroïnes au sein d’aventures mettant en scène également des super-héros, l’éditeur crée un ghetto rose. Dans les magasins de jouets, nous aurons donc un rayon super-héros filles et un rayon super-héros garçon, une classification genrée de plus. Comme s'il n'y en avait pas suffisamment...

Ne vous méprenez : je trouve l’initiative malgré tout globalement enthousiasmante. J’apprécie grandement que les petites filles puissent avoir des modèles alternatifs qui se démarquent des éternelles princesses ou fées. Pour autant, je ne me résous pas à l’idée qu’il y ait toujours des héros « spécial filles » et d’autres « spécial garçons ».

Et je crains que les aventures de nos « Super héros Girls » ne soient aussi caricaturales que le costume de la Barbie « princess power », en mini-jupe et cuissardes à talons rose bonbon… 



 A suivre donc !







lundi 9 février 2015

Elles osent! Entreprendre au féminin : Kate Pietrasik, créatrice de la marque Tootsa MacGinty



 Pas toujours facile quand on est parents de trouver des vêtements pour filles sans princesse/paillettes/rose bonbon ou des pulls pour garçons avec autre chose que des têtes de mort ou des logos taille XXL.

Au hasard de ma veille sur le marketing genré, je suis tombée sur la marque britannique Tootsa MacGinty qui propose une ligne de vêtements colorés, funs, bien pensés...et surtout non-genrés!

Sa créatrice, Kate Pietrasik, a gentiment accepté de répondre à mes questions (en anglais, j'espère avoir retranscrit sa pensée au mieux!)

Bonjour Kate, pouvez-vous vous présenter ? Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?

Bonjour, je m’appelle Kate Pietrasik, j’ai crée la marque de vêtements unisexe pour enfants Tootsa MacGinty il y a 4 ans. Nous proposons de vêtements de la taille naissance jusqu’à 8 ans et sommes distribués dans 11 pays dans des points de vente tels qu’Harvey Nichols à Hong Kong, Selfridges à London ou Babesta à New York. J’ai grandi à Londres puis me suis installée à 16 ans en Australie peu de temps après le départ de mes parents pour l’Ecosse. 

J’ai depuis vécu aux Etats-Unis et en France. Je suis diplômée en art contemporain et design (Southern Cross University en Australie et Pratt Institute à New York). Après mon diplôme, j’ai passé 12 années très enrichissantes en France. A cette occasion, j’ai travaillé en tant que styliste pour de célèbres marques de sport, de surf et de streetwear telles que Tommy Hilfiger, Roxy / Quiksilver, Henri Lloyd and Le Coq Sportif.

Comment est née votre marque Tootsa MacGinty ?
Après la naissance de mon premier enfant, je suis revenue m’installer en Angleterre et ai été horrifiée par la ségrégation filles/garçons qui régnait dans les rayons des magasins, que ce soit pour les jouets ou les vêtements. En cherchant des vêtements pour ma fille, j’ai été choquée par le nombre limité de couleurs et surtout par les stéréotypes de genre véhiculés : de nombreux produits encourageaient ainsi les petites filles à se préoccuper uniquement de leur apparence alors que l’agressivité était valorisée chez les petits garçons. L’idée de créer une marque de qualité et qui offrirait une alternative est venue de là.










En quoi cette marque est-elle différente ? Quelle est sa philosophie ?
Avant tout, la philosophie de Tootsa MacGinty  est d’offrir aux enfants de jolis vêtements colorés et de qualité. Au cœur de la marque : la volonté de créer une alternative aux stéréotypes en ne séparant pas nos vêtements par genre. Nous utilisons un éventail de couleurs, des imprimés originaux et enfantins qui nous démarquent de la plupart des marques de textile qu’elles soient de niche ou grand public.

Je suis passionnée de design : j’y porte donc une attention toute particulière. Notre but est d’ajouter des détails malins, utiles et funs à des vêtements de qualité. Ca peut être par exemple une marionnette brodée à l’intérieur d’une poche pour que les enfants la découvre. Ou des bandes de tissu brodées sur le côté des jeans pour pouvoir faire des revers plus ou moins grands au fur et à mesure que l’enfant grandit. Cette attention portée aux détails est notre valeur ajoutée.


D’après vous, en quoi les stéréotypes genrés peuvent-ils être nocifs pour les enfants ? Le choix des vêtements est-il important ?
Les enfants ont une imagination débordante et sont fascinés par le monde qui les entoure. Pourquoi limiter leurs choix alors que nous pourrions les encourager à explorer toutes les possibilités qui s’offrent à eux, indépendamment de leur genre ?
Je suis aussi membre fondatrice de la campagne « Let Clothes beClothes ». Sur le site nous affirmons : « Il y a de nombreuses manières d’ « être une fille » ou d’ « être un garçon ». Ces façons d’être ne sont pas définies par une couleur ou par le fait d’être une princesse ou une fée. Jouer avec un train ou aimer les dinosaures ne rend pas les filles « moins filles ». Mettre une robe de princesse ou un t-shirt avec un chaton ne rend pas les garçons « moins garçons ». Les enfants devraient pouvoir choisir leurs propres centres d’intérêt, explorer des couleurs, des thèmes et des idées différentes. Chez Tootsa MacGinty nous n’avons de cesse de proposer des collections de vêtements unisexes.


Beaucoup de parents pensent, à tort, que les petites filles sont naturellement attirées vers le rose, qu’en pensez-vous ?
Avant le 19ème siècle, les couleurs n’étaient absolument pas genrées – pour s’en convaincre il suffit de regarder à travers l’histoire pour voir que les rois portaient du rouge, du violet et du rose, symboles de richesse ! Le bleu et le rose n’étaient d’ailleurs pas des couleurs pensées pour les bébés à l’origine. Il a fallu attendre la 1ère guerre mondiale pour que le rose et le bleu soient genrés. A cette l’époque le rose était considéré comme une couleur masculine. Par exemple, un magazine américain « Earnshaw's Infants' Department » affirmait en 1918 : « Le rose, qui est une couleur plus affirmée et forte, va mieux aux garçons. Le bleu, en revanche, plus délicat et gracieux, va mieux aux filles ». En 1927, le Time magazine publiait un tableau montrant les couleurs les plus appropriées selon les genres d’après les déclarations des magasins américains. Et la plupart affirmaient que le rose était plus approprié pour les garçons. Cela prouve bien, selon moi, qu’il n’y a pas de preuve scientifique de l’attirance innée des filles vers le rose ou des garçons vers le bleu.


Le marketing genré est une invention récente, comment l’expliquez-vous ? Quel intérêt y trouvent les marques ?
La raison est très simple : en genrant leurs produits, les sociétés augmentent leurs bénéfices.
Lego est d’ailleurs un exemple flagrant. En 1960, leur publicité mettait en scène des garçons et des filles jouant avec la même boîte de Lego. Désormais Lego a crée des gammes spécialement destinées aux petites filles (coiffeur, café, école) et d’autres destinées aux garçons (vaisseaux ou châteaux). En affirmant aux enfants « vous êtes différents les uns des autres », les marques incitent les parents à dépenser davantage d’argent en achetant des jouets pour filles et d’autres pour garçons. 
 
D’après quels critères sont crées vos produits ? (matière, motifs, design…)
Tootsa MacGinty est fier de produire des vêtements que les enfants aimeront porter : colorés, confortables et lavables en machine. Sans froufrou ou détails à outrance, ce ne sont pas des versions miniatures de la mode adulte. Nous utilisons des matières de qualité, du 100% coton ou du cashmere que nous prélavons pour qu’ils puissent résister aux enfants !Ils sont conçus pour être beaucoup portés, beaucoup lavés puis donnés à un membre de la famille ou un ami, indépendamment de leur genre.



Ou trouvez-vous l’inspiration pour vos produits ?
Je suis en perpétuelle quête d’inspiration donc le bureau de mon PC est souvent en désordre et j’ai plusieurs boards Pinterest « cachés » où je rassemble ce que je trouve sur internet. Je suis très au fait des tendances. Je suis naturellement la mode et me tiens au courant de tout ce qui touche à l’art, au design et à la musique. Vivre dans un melting pot tel que Londres est une grande source d’inspiration.
Les voyages constituent une grande partie de mon inspiration et je suis souvent influencée par les pays que j’ai visités et où j’ai vécu. Le thème d’une nouvelle collection, par exemple, pourrait très bien tourner autour d’une région ou d’un pays. Je pourrais tirer mon inspiration des tissus locaux, des imprimés et des couleurs. Pour les motifs, je m’inspirerais des animaux ou de la végétation de la région, en les associant au sein d’une palette de couleurs. Pour la collection Printemps/Eté 2015 par exemple, il s’agit de l’Afrique : la collection met en scène les animaux de la savane, les imprimés animaliers et les magnifiques tissus imprimés africains, rappelés dans les détails des vêtements (cols, poignets ou taille).

Quelles sont vos meilleures ventes ?
Nos pulls à motifs en cashmere/laine sont notre signature et sont devenus si populaires que nous avons décidé de produire le modèle « Renard » en édition limitée pour les adultes. Notre best-seller est également un sweat-shirt représentant un ours dont le museau s’ouvre avec un zip, laissant apparaître sa gueule. 


Comment les parents et les enfants ont-ils perçu votre collection ?
Nous recevons beaucoup de retours positifs. Les parents apprécient le fait que MacGinty offre une alternative fun et élégante aux vêtements genrés en proposant des articles innovants, lavables en machine et durables.

Quels sont vos projets pour le futur ?
J’ai noué des liens très forts avec la France après avoir travaillé là-bas de nombreuses années : j’ai donc de nombreux projets avec des artistes et des designers français.
Nous avons déjà travaillé avec une styliste incroyable, Valy Lévy-Debussy, qui a crée pour nous des coussins brodés en tapisserie depuis sa maison de la côte Basque. Nous allons poursuivre cette collaboration tout en élargissant notre offre de linge de maison.

Notre collection automne/hiver 2015 incluera une gamme de t-shirts et de sweat-shirts crées en collaboration avec un talenteux designer graphique « Lucky Left Hand ». Nous allons également lancer une gamme d’espadrilles fabriquées en France.

Notre but ultime est d’offrir une gamme de produits mode et lifestyle non genrés à destination des enfants. Tootsa MacGinty a grandi rapidement et le succès est au rdv au niveau international : preuve, s’il en fallait une, qu’il y a une vraie appétence pour nos produits.

Pour en savoir plus : Site internet de la marque