J’aborde souvent ici la question des jouets et du genre en
pointant les stéréotypes véhiculés et les rôles prédéfinis dans lesquels ils enferment les enfants
mais je n’ai pas eu encore l’occasion d’évoquer le sujet de la presse pour
petites filles.
Je m’arrache d’ailleurs très régulièrement les cheveux lors
des mes passages chez mon détaillant presse en compagnie de ma fille de 6 ans. Comme pour
les rayons de jouets, les étals de nos magasins de journaux sont scindés en
2 parties distinctes : les magazines pour garçons et ceux pour filles.
Pour les premiers : de l’action, de la découverte, des
sciences, pour les seconds : du rose bonbon, de la cuisine, de la mode, de
l’amour et des poneys (malheur au petit garçon qui aimerait l’équitation). Je
vous invite d’ailleurs à lire l’article de Lila qui a analysé en détail sur son passionnant blog l’offre des
magazines pour petites filles.
Pour ma part, il m’est très difficile de proposer à ma fille
des alternatives à ces journaux rose bonbon. Autant en littérature jeunesse, je
trouve toujours le moyen de lui conseiller des livres pour sortir un peu des
« Martine » et autres livres de princesses (sans compter tous les ouvrages récupérés de son grand frère), autant je me heurte à un
handicap de taille lorsque je suis devant les rayons de mon détaillant presse.
La cause : le cadeau offert avec ce type de magazines.
Comment lutter contre un collier de perles, un set de maquillage, un téléphone
portable avec diamant incrusté et les mettre en concurrence avec un simple
J’aime Lire ou un Journal de Mickey ? C’est perdu d’avance.
(Et pour les abonnements, ce n'est pas mieux!)
D’ailleurs, la plupart du temps, le choix du journal par ma fille se fait en fonction de l’objet offert et non pas du contenu, les éditeurs le savent bien. Précision importante que je tiens de l’époque où j’étais en charge de l’achat d’objets publicitaires, il faut savoir que la valeur du cadeau est limitée légalement à 7% de la valeur du produit.
Donc pour un journal à 6€, la valeur du cadeau offert
s’élèvera au maximum à…42 cents ! On imagine dans quelles conditions
celui-ci a été fabriqué…
Double peine, ces cadeaux, à l’image de leurs magazines,
enferment eux aussi les petites filles dans des stéréotypes sexistes. Dernier
exemple en date, le dernier numéro du journal de Charlotte aux fraises.
Ma fille, qui connait ma position sur la question, profite
régulièrement de ses balades avec son père pour lui faire acheter ce type de
journaux. J’ai compris que c’était le cas aujourd’hui encore quand elle s’est
empressée de me dire en arrivant à la maison « Je n’ai pas acheté le
journal de Charlotte aux fraises pour le cadeau mais parce que j’adore
lire ! ».
Le cadeau en question : un magnifique « kit shopping »,
rose bonbon forcément, composé d’un faux rouge à lèvres, d’une clé de voiture
et d’une carte bleue…euh rose !
Quand ma fille m’a vue dégainer mon appareil photo pour
immortaliser ce petit condensé de stéréotypes, elle m’a lancé en souriant
« Je sais ce que tu vas faire : encore un écrire un truc pour
critiquer hein c’est ça ? ».
Ouf, la presse pour petites filles ne l’a pas complètement
lobotomisée !
EDIT : Si vous avez des revues à me conseiller pour les 6-8 ans, je prends! J'en ferai un billet complémentaire!



























