> Ni "Pute ni soumise", ni Femen, ni Antigones!

mardi 28 mai 2013

Ni "Pute ni soumise", ni Femen, ni Antigones!



J’ai eu l’occasion d’aborder ici mes doutes et mes réticences au sujet de l’action des Femen.

Aujourd’hui, je suis encore plus dubitative face aux réactions de ceux qui souhaitent les combattre : il y a d’abord eu les Hommen, torses nus et contre le mariage pour tous puis le « Renouveau français » qui s’invitait dans les locaux des Femen en avril dernier en scandant "Fem-haines non, femmes oui".

Aujourd’hui c’est au tour des Antigones, tout de blanc vêtues, qui après avoir tenté d’assaillir le QG du Femen, ont posté une vidéo sur leur site nouvellement crée.

La mise en scène n’est pas anodine : des robes virginales, des sourires figés, un ton volontairement amateur et balbutiant pour contraster avec les performances très préparées de leurs ennemies ukrainiennes. Une prestation qui tient plus du mauvais spectacle de fin d’année que de la véritable déclaration d’intention. A l’heure où n’importe quel quidam peut créer des vidéos léchées et très professionnelles, l’amateurisme des Antigones paraît être un choix délibéré destiné à éveiller la compassion et la sympathie. « N’ayez peur, nous sommes des féministes lights : souriantes, calmes et amies des hommes » semble être le message sous-jacent.

Au-delà de l’aspect visuel, leur discours rassemble à lui seul tous les poncifs du bingo féministe :

-       « La femme a sa dignité, celle-ci ne passe pas par l’exhibitionnisme et l’hystérie. » : hystérique, un adjectif très souvent associé aux féministes par leur détracteurs (pour rappel, l’origine du mot provient d’utérus)

-       « Elle passe par notre sagesse, notre calme et notre détermination à bâtir notre avenir » : le calme, un mot souvent opposé aux revendications féministes « votre colère vous dessert, gardez votre calme ». Pourtant, le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme si.

-       « Filles de nos pères, épouses de nos maris, mères de nos fils, nous ne rejetons pas les hommes. » : encore un poncif souvent entendu « les féministes n’aiment pas les hommes ». Quant à se définir par rapport aux hommes est-ce vraiment féministe ?

-       « Nous sommes au contraire persuadées que c’est avec eux, en complémentarité, que nous construirons notre futur » : le grand mot de la « complémentarité » qui permet de justifier n’importe quoi, du non-partage des taches ménagères à la différence des salaires. Un terme contre lequel les tunisiennes se sont battues récemment et qui a souvent été entendu dans la bouche des opposants au mariage pour tous.

-       « Regardez-les, les vraies femmes, elles sont devant vous : dignes, sourire aux lèvres, élégantes » : encore une vision essentialiste de « la FAAAMME » : élégante et souriante, considérée uniquement par rapport à son aspect extérieur.

Bien qu’elles se défendent de « toute considération politique ou confessionnelle », Iseul qui parle sur la vidéo « est contre la loi Taubira qui présente de nombreuses lacunes » et contre la théorie du genre, « une aberration qui considère qu'on peut naviguer entre deux identités sexuelles ».

A y regarder de plus près on apprend également qu’on retrouve au sein des Antigones « des militantes identitaires de NAVNAL présentes au happening lyonnais, d’autres présentes à l’initiative d’interpellation de l’UMP par le Bloc identitaire, médiatisée ici et d’autres militantes identitaires pas nécessairement connues pour être au Bloc identitaire (mais dans les réseaux Europe jeunesse). » (Source « Les papiers anthumes du club pickwick) .

Décidément tout pour plaire…

En ce qui me concerne, ça se confirme, "ni pute ni soumise", ni Femen ni Antigone !

Edit : le titre et la conclusion sont un clin d'oeil au mouvement "ni pute ni soumise" auquel je n'adhère pas.