> Une pilule qui a du mal à passer...

mardi 1 janvier 2013

Une pilule qui a du mal à passer...




J’avais vu passer ces derniers jours, sans trop m’y pencher, quelques articles au sujet de l’AVC subi par une jeune femme qui prenait une pilule dite « de 3ème génération ». Avant elle, une jeune femme qui prenait le même contraceptif, était décédée en 2007 d’une embolie pulmonaire.

Je n’avais pas fait le rapprochement avec la pilule que je prends depuis plus de 10 ans, Méliane, avant de lire cet article de Martin Winckler (toujours très pédagogique comme d’habitude). Je mets d’ailleurs au défi les femmes de définir précisément à quelle génération appartient leur contraceptif, information qui n’est pas donnée lors de la délivrance et qui ne figure pas sur l’emballage.

Je suis vraiment tombée des nues en retrouvant ma pilule sur le banc des accusés surtout que j’ai un historique qui aurait dû mettre la puce à l’oreille aux différents médecins qui me l’ont prescrite : j’ai 2 parents cardiaques et qui ont du cholestérol. Quant à moi, j’étais au-dessus des normes lors de ma dernière prise de sang (qui remonte à 4 ans, les renouvellements se faisant sans aucun contrôle). Durant ces 10 ans, personne n’a jugé bon de m’avertir des conséquences possibles ou de m’orienter vers un autre type de contraceptif.

En faisant quelques recherches complémentaires sur internet, j’ai également découvert que cette pilule, agissant sur les hormones mâles, avait pour conséquence de diminuer la libido (il suffit de taper « pilule libido » pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène sur les forums). Encore une fois, aucune information à ce sujet ne m’a été communiquée, les médecins jugeant sans doute cette précision peu importante et puis « la libido des femmes c’est dans la tête de toutes façons ». Celle des hommes semble, en revanche, faire l’objet de bien plus de considération, comme l’explique Gaelle-Marie Zimmermann dans cet article : on y apprend ainsi que des chercheurs américains seraient sur le point d’élaborer la pilule pour homme mais que la probabilité qu’elle diminue la libido masculine retarde sa commercialisation. Que des armées de femmes aient vu leur désir s’évanouir dans la nature suite à la prise d’un contraceptif ne semble poser problème à personne, en revanche, pas touche à celui de ces messieurs !

J’imagine déjà la réaction paternaliste de mon généraliste si je lui demande de me changer de pilule « ah ah, faut pas croire tout ce qu’on dit dans les journaux ma bonne dame. Et puis faut arrêter d’aller sur internet ».

Jusqu’ici, je trouve que j’ai pourtant été bien docile et malléable envers de médecins qui m’ont entendue mais jamais écoutée.

Comme cet échographiste qui m’a lancé un jour « vous avez un utérus retroversé, c’est une anomalie, vous aurez des problèmes pour avoir des enfants » puis s’est contenté de me renvoyer vers sa secrétaire pour régler ma consultation sans m’expliquer quoi que ce soit (j’ai appris ensuite que c’était très commun et n’empêchait nullement d’être enceinte).

Comme cette gynécologue qui me confirme que je suis enceinte « d’un truc ridicule, pas très visible à l’échographie, si ça se trouve c’est arrêté » puis m’expédie sans plus d’explications, me laissant avec mes doutes et mes angoisses.

Comme cette interne vue à l’hôpital suite à des saignements à 2 mois de grossesse et qui me lance « y a rien du tout là-dedans ». Devant mon air effondrée elle ajoute « enfin, y a un truc mais c’est un œuf vide ».

Comme ce médecin qui me renvoie chez moi avec une pilule abortive pour « évacuer tout ça » en me précisant juste que j’aurai quelques douleurs et en omettant les contractions dignes d’un accouchement, le sang et la souffrance.

Comme ce gynécologue qui n’a pas voulu m’écouter quand, enceinte, je lui disais que j’avais mal aux reins « toutes les femmes enceintes ont mal aux reins ». Résultat : infection des reins, hospitalisation pendant 2 semaines, tension à 6 et aucune certitude que le bébé soit épargné.

Comme ce chef de service qui n’a pas voulu transmettre à ma sortie mon dossier médical à mon gynéco et n’a rien voulu me répondre quand je m’inquiétais de ne plus sentir mon bébé bouger à part « il faudra faire une échographie quand vous serez sortie »

Comme ce généraliste qui n’a pas entendu mon inquiétude quand à l’étrange grosseur qui était apparue soudainement et qui s'est soldée finalement par une infection et une opération en urgence.

Comme ce pédiatre qui m’expédie en 5 minutes, m’infantilise quand je pose des questions, le compteur tourne.

Comme tous ces médecins vus lors de ma grossesse et pour qui je ne suis qu’un utérus sur patte, dans lequel on plonge les mains en regardant ailleurs. Une vulgaire machine sans âme qui s’écoute trop.

La liste est longue et j’en oublie encore…La seule personne du corps médical qui m’ait vraiment écoutée c’est une infirmière croisée lors de mon hospitalisation pour mon infection des reins. 39,5 de fièvre, enceinte de 6 mois et pleine de contractions, son apparition m’a fait l’effet d’un ange surgi de nulle part. Une petite réglette à la main elle m’avait simplement demandé d’évaluer ma douleur sur une échelle de 1 à 10. Je crois que personne avant elle ne s’en était soucié. Je ne l’ai jamais revue.

En attendant, je cherche toujours mon Dr Sachs…