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jeudi 10 janvier 2013

Jours avec, jours sans


Les jours sans
Se lever, boule dans la gorge, en se demandant, embrumée, « quel jour on est ? ». Accompagner sa fille à l’école en pilote automatique, la tête dans ses pensées.
Regarder les autres mères, apprêtées et volubiles embrasser leur enfant rapidement et partir vers leurs autres vies.
Essayer de deviner lesquelles : avocates ? Comptables ? Comédiennes ? Dans ces cas-là, quoi qu’elles fassent, je les envie.
Retrouver l’appartement vide, fantomatique. Ranger les tasses du petit déjeuner, faire tourner une machine.
Essayer de pondre un article pour le blog. Accouchement difficile, épisiotomie nécessaire mais c’est mieux que rien.
Un coup d’œil sur Facebook : les vies des gens, joliment enveloppées sous cellophane, m’exaspère. Sur Twitter, pas mieux, les trending topics me donnent la nausée, entre homophobie et antisémitisme. Couper tout.
Déjà midi.
Faire chauffer un plat Picard ou les restes de la veille.
Repenser avec nostalgie à la cantine de son ex-boîte, à la caissière qui me disait « vous êtes ma meilleure cliente ! ».
Manger pour s’alimenter, sans grand plaisir, par nécessité.
Retrouver son ordinateur, la tête vide, les jambes coupées.
Démarcher ? Pas envie. Ecrire ? Pour qui, pour quoi ?
Envie d’un café, moi qui n’en bois jamais, juste pour discuter autour de la machine à café.
Repenser à ses anciens collègues, ne se souvenir que du meilleur, de ces fou-rires, de ces moments de partage, de ces mains tendues qui m’ont aidées à tenir.
Se dire que c’est une folie d’avoir quitté la World Company. Que même si ce n’était pas drôle tous les jours, j’avais la sécurité de l’emploi, un salaire fixe.
Qu’est ce que je croyais ? Qu’on m’attendait à l’extérieur, qu’on allait me dérouler le tapis rouge ? Comme si j’étais la seule à avoir envie de vivre de ma plume…
Faire une brioche pour se changer les idées.
Les mains dans la farine, se concentrer sur l’ici et le maintenant.
Laisser la pâte (et mon esprit) reposer.
Confondre la fonction étuve de mon four avec la fonction grill.
Retrouver un morceau de charbon en ouvrant la porte du four.
Vraiment un jour sans.

Les jours avec
Se réveiller avant l’heure, la tête foisonnant d’idées.
Se précipiter sur son ordinateur pour les fixer avant qu’elles ne s’évaporent, pendant que la maisonnée dort encore.
Entendre, depuis le bureau, les respirations profondes des enfants. Se dire que c’est un petit miracle.
Accompagner sa fille à l’école, sa petite main chaude dans la mienne.
Refaire le monde, fixer son petit rire cristallin à jamais dans mon esprit.
Voir les autres mères, pressées, fanées, partir vers leur autre vie.
Se dire qu’on a de la chance d’avoir échappé à tout ça.
Boire un café avec les mères des copines de ma fille. Se réchauffer le corps et le cœur.
Retrouver la maison vide, apprécier le calme, la sérénité. Se presser des oranges. Se faire griller du pain.
Sortir de la machine le linge qui sent bon la fleur d’oranger.
Mettre en ligne un article sur le blog écrit la veille.
Voir les commentaires affluer, y répondre attentivement, se sentir rassérénée, revigorée.
Lire les statuts sur Facebook, sourire, avoir le cœur pincé, vibrer. Ressentir des bouffées d’amour et de reconnaissance pour ces amis, cette famille qui est là pour moi, quoi que je fasse.
Lire les messages sur Twitter, tous ces yeux invisibles qui me parlent, me répondent, réagissent et me soutiennent.
Ne plus jamais se sentir seule.
Recevoir des propositions de boulots. On a pensé à moi. On aime beaucoup ce que j’écris.
Déjà midi.
Filer retrouver ma mère ou une copine pour un déjeuner.
Refaire le monde, recharger les batteries, prendre le soleil.
Passer à la librairie du coin faire le plein de livres.
Les acheter sans réfléchir, sans culpabiliser, parfois juste parce que j’ai aimé la photo en couverture.
Rentrer à la maison.
Finir son article, avancer sur son autre projet.
Lire ses mails.
Découvrir que l’on a gagné un concours d’écriture et la tablette qui va avec.
Se dire que l’on a bien fait de changer de vie, définitivement.
Vraiment un jour avec.

Merci à tous ceux qui ont permis à mes journées d’être « des jours avec » : ma mère, Juju, Guy, Nicole, Joanne, Miko, Audrey, Guetty, Muriel, Agnès, Deborah, Delphine, Morticia, Sophie, Audrey L. (et bientôt R !), Vanille, David, Virginie, Fielus, Cécile&Co, Amandine, Clim, ma ptite Val, Carole, Cédric alias Gentilchanoir, Tatiana et Natacha, Pimpette Dunoyer, Corinne Dillenseger, Dan Dhombres, Anne-Charlotte, Sarah-Pearl, Elooooody, Euterpe, Gregatort, Delphine D., Doudette, Fred Gosselet, Nardeau, Fred Alpi, Domy Dom…j’en oublie surement…

Merci à tous les lecteurs, ceux qui commentent et ceux qui n’osent pas, votre présence est chère à mon cœur.

Je vous souhaite à tous, du fond du cœur, 365 jours avec !