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vendredi 18 janvier 2013

6 ans et déjà sexistes?



Récemment, le dictionnaire des écoliers avait fait beaucoup de bruit à cause de ses définitions jugées sexistes (« ma mère repasse les affaires de la famille » « Le père, c'est le mari de la maman, sans lui la maman ne pourrait pas avoir d'enfants. C'est le chef de famille parce qu'il protège ses enfants et sa femme. »). Cet outil pédagogique « fruit de l'imagination et du travail de milliers d'élèves guidés par leurs maîtres» a finalement été fermé suite au bad buzz. Mais les préjugés, eux, sont toujours là.

Le site « Heautontimoroumenos » rapporte à ce sujet un travail riche d’enseignement sur les représentations genrées. Mené par le planning familial au sein des classes de CP, il propose aux enfants répartis en 2 groupes non mixtes le scénario suivant : « Imaginez que pendant votre sommeil, un magicien ou une magicienne vous transforme en garçon (respectivement fille). Le matin lorsque vous vous réveillez, quelle est votre réaction ? Qu’est-ce qui est mieux ou moins bien ? Qu’est-ce que vous pouvez faire que vous ne pouviez pas faire avant ? Qu’est-ce que vous ne pouvez plus faire ? »

Les réponses collectées sont édifiantes :

Le groupe des filles

Lorsqu’on est une fille et qu’on se réveille garçon, les points négatifs sont :

J’ai moins de choix pour m’habiller (pas de jupes, de collants, de bracelets).

Je dois me battre et taper, les autres auront peur de moi et j’aurai moins d’amis
Je devrai me raser.

Je ne pourrai plus avoir des jouets de fille.

Je ne pourrai plus m’entraîner à m’occuper d’enfants en jouant à la poupée.

Lorsqu’on est une fille et qu’on se réveille garçon, les points positifs sont :

Je n’aurai pas de bébé dans le ventre, je serai tranquille, je n’irai pas à l’hôpital.
Je n’aurai pas de mari.

Je n’aurai pas besoin de me coiffer.

Je pourrai faire pipi debout.

Je courrai plus vite.

J’aurai un zizi.

Je pourrai avoir des jouets et des habits de garçon.

Je pourrai avoir les cheveux courts.

Le groupe des garçons

Lorsqu’on est un garçon et qu’on se réveille fille, les points négatifs sont :

Je devrai porter des jupes et on verra ma culotte.

J’aurai des seins et c’est trop gros.

J’aurai des seins et on va se moquer de moi.

J’aurai des bébés et après il faut s’en occuper.

Il faudra enlever ma culotte pour faire pipi.

Il faudra mettre du rouge à lèvres, du maquillage et toujours se coiffer les cheveux.

Je ne pourrai plus jouer au basket.

Il faudra se coucher plus tôt.

J’aurai moins de force.

J’aurai moins d’intelligence.

Je ferai moins de sport.

J’aurai plus peur.

Lorsqu’on est un garçon et qu’on se réveille fille, les points positifs sont :

Je serai sage à l’école.

Je pourrai être amoureux de Théo.

Je pourrai faire des bisous à Thibault.

Je pourrai porter des bijoux.

Je pourrai faire de la cuisine.

Je pourrai faire des bisous.

Quand on sait qu’avant 1 an et demi, un enfant est incapable de s’identifier à un sexe, on réalise qu’en 4 ans et demi, le nombre de préjugés genrés engrangés par les enfants est assez impressionnant.

Pour les garçons, être une fille c’est être plus faible, moins intelligente, avoir peur. C’est se soucier de son apparence et ne pas pouvoir faire de jeux d’extérieur.

Pour les filles, être un garçon c’est « être tranquille » : ne pas avoir de bébé, ne pas avoir de mari, ne pas avoir besoin de se coiffer. Mais aussi avoir moins d’ami, devoir se battre et taper.

Des stéréotypes entretenus dès le plus jeune âge par la publicité, les livres mais aussi les manuels scolaires (l’analyse de 29 manuels de collège et lycée par la Halde reflétait ces stéréotypes, en terme de choix de métiers notamment : s’ils comptaient 3 fois plus d’images masculines que féminines, les premières mettaient dans un quart des cas l’homme en situation dominante.).

Les jouets sont également un puissant vecteur de stéréotypes. Crystal Smith, auteure de « The Achille effects » l’avait mis en valeur de façon très parlante l’année dernière sur son site. Elle avait listé pour son étude les 658 mots des 27 pubs pour garçons âgés de 6 à 8 ans et les 432 mots des 32 pubs pour filles. Plus le mot était récurrent, plus sa taille était importante sur le graphique.

Voici la version "filles": 


Et la version "garçons" :

Il en ressort encore une fois que les filles sont associées à l’amour, à la magie, à la mode, aux bébés, et aux paillettes.
Les garçons, quant à eux, sont cantonnés à la bataille, au pouvoir, à la rapidité aux armes et aux coups.

Par curiosité, j’ai posé les 2 questions du planning familial à mon fils :

D’après lui, lorsqu’on est un garçon et qu’on se réveille fille, les points négatifs sont :

-       « On ne peut plus faire pipi debout, ça prend plus de temps que d’être assis » (décidément les questions urinaires préoccupent beaucoup ces chers enfants !)
-       « On doit subir le chantage des filles. Par exemple, ma copine Alice qui est amoureuse de moi a dû choisir entre ses copines et moi. Les autres filles lui disaient que si elle restait avec moi, elles ne joueraient plus avec elle »

D’après lui, lorsqu’on est un garçon et qu’on se réveille fille, les points positifs sont :

-       « On peut faire un bébé » (mon fils sait qu’il voudra déjà 3 bébés, il est prévoyant !)
-       « On peut faire des jeux de fille sans qu’on se moque de nous, comme jouer à la dinette » (c’est du vécu, mon fils adore jouer à la dinette et se fait régulièrement traiter de mauviette car il n’aime ni se battre ni jouer au foot).
-       « On est plus intelligent quand on est une fille ». Alors là, un stéréotype positif c’est intéressant. En creusant la question avec mon fils, il a avoué m’avoir entendue en parler avec son père.

En effet, je me suis souvenue, après coup, avoir évoqué avec lui cette étude récente qui avait prouvé que le QI des femmes dépassait celui des hommes ! Mais je n’en avais pas parlé directement avec mon fils !

Intéressant de voir à quel point les enfants peuvent être des éponges…
D’où l’importance d’être vigilant à l’encontre de ce qu’ils lisent ou voient et d’être attentif à ce que l’on dit ou montre.