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dimanche 6 mai 2018

Campagne "Une fois par an" : et si vous laissiez nos chattes un peu tranquilles?



Si vous me lisez, vous savez que je m’insurge très régulièrement contre « Octobre rose » et plus généralement contre les campagnes de dépistage systématique du cancer du sein ainsi que la récupération commerciale qui est faite de cette maladie (j’avais d’ailleurs écrit en 2014 un article pour Slate Avec le Pinkwashing, le cancer du sein devient un produit comme un autre).

Infantilisantes, sexualisées et sexistes (car associant souvent nudité et couleur rose bonbon), ces campagnes n’informent pas les femmes en toute objectivité, se contentant de jouer sur le ressort de la culpabilité. 

Comme l’explique très bien cet article de France Inter « Si quelques femmes sont réellement sauvées par une mammographie systématique après 50 ans, d’autres, plus nombreuses, sont traitées lourdement pour des tumeurs qui n’auraient jamais évolué. Les femmes ignorent souvent que les petits cancers détectés à la mammographie et confirmés par les biopsies disparaissent souvent sans traitement ou n’évoluent jamais. Cette réalité, qui conduit à un surtraitement, est à l’origine d’une controverse croissante sur le rapport bénéfice/risque de la mammographie de dépistage. Une étude publiée dans le prochain numéro de la revue Médecine et en accès libre depuis ce matin démontre avec beaucoup de rigueur que l’introduction du dépistage organisé en 2004 est à l’origine d’une augmentation et non d’une diminution des mastectomies ! ».

J’ai découvert récemment sur Twitter qu’une autre campagne venait d’être lancée par IMAGYN, une association qui réunit les patientes atteintes de cancers gynécologiques. Cette fois-ci, on ne parle pas d’incitation à la mammographie mais d’injonction à aller consulter son gynécologue tous les ans.
Le petit film destiné à appuyer le message « Une fois par an » met en scène des femmes célèbres dont plusieurs d’entre elles se définissent comme féministes.


       

On ne peut remettre en cause la sincérité de celles qui se sont prêtées au jeu, l’intention est clairement louable et partait d’un bon sentiment.

Toutefois, plusieurs choses m’ont fait tiquer lors du visionnage de ce spot, tant sur le fond que sur la forme :

- Le ton autoritaire et infantilisant (on est à la limite du « une fois par an, rentre-toi bien ça dans la tête »), faussement cool « c’est l’anniversaire de ta chatte » (dirait-on c’est l’anniversaire de ton zguegue pour le dépistage du cancer de la prostate ?)

- L’absence totale de source quant à la nécessité d’aller consulter son gynécologue une fois par en l’absence de questions ou de symptômes.

Les recommandations de l’HAS sont pourtant très claires à ce sujet : en l’absence de symptômes, la fréquence du frottis de dépistage c’est tous les 3 ans (après 2 frottis normaux réalisés à 1 an d’intervalle) entre 25 et 65 ans. L’HAS précise par ailleurs que 40 % des femmes sont dépistées trop fréquemment. Ce sur-dépistage entraîne, comme pour le cancer du sein, des faux positifs et donc du stress et des traitements invasifs pour des lésions qui auraient pu guérir spontanément. A ce propos, je vous conseille l’éclairant article de Martin Winckler A qui faut-il conseiller d'aller voir un médecin unefois par an ?.

Sur le sujet, voici ce qu’il écrivait par ailleurs : « L’examen des seins comme le toucher vaginal sont sur-imposés, en particulier aux femmes jeunes, et on ne devrait jamais les faire quand aucun signe ou symptôme évoqué par la femme ne le justifie.
À mesure que j’avançais dans le métier, j’examinais de moins en moins spontanément, mais seulement quand la femme le demandait expressément (ça arrive et c’était pour être rassurée) ou quand, après avoir discuté avec elle, il nous apparaissait à tous les deux que ça pouvait être utile. Mais je n’ai jamais imposé un examen des seins ou un toucher vaginal à une femme qui n’en voulait pas. Ces deux examens ne devraient jamais être « systématiques ». La palpation systématique des seins chez les femmes jeunes est considérée comme un examen trompeur, angoissant et source de radiographies et d’irradiations excessives – et donc de sur-diagnostic et de traitements excessifs. L’examen gynéco, lui, n’a pas beaucoup d’intérêt médical en dehors de la grossesse et de l’accouchement (et même là, on en fait trop). »

Il est également important de rappeler :

- qu’il n’est pas nécessaire de consulter un médecin ou un.e gynécologue pour un renouvellement de pilule : depuis 2012 les pharmaciens peuvent délivrer la pilule, pour une durée maximale de six mois, sur présentation d'une ordonnance périmée de moins d'un an. 

 - qu’il n’est pas nécessaire de consulter un.e gynécologue pour un frottis ou la délivrance d’un contraceptif : un médecin généraliste, une sage-femme, une PMI ou le planning familial peuvent tout à fait s’en charger

- En l’absence de contre-indications, il est possible de se faire prescrire pour 12 mois une pilule si elle est bien tolérée (les ordonnances sont généralement établies pour 3 ou 6 mois). 

-  Que l’examen des seins et l’examen gynécologique ne sont pas systématiques lors de la prescription d’une pilule. Comme l’explique Martin Winckler, « les recommandations actuelles de l’OMS en matière d’utilisation des contraceptifs indiquent que le seul examen médical nécessaire avant prescription d’un contraceptif hormonal est la mesure de la tension artérielle ». « L’examen des seins et l’examen gynécologique sont absolument abusifs avant prescription d’une pilule contraceptive à une adolescente ou une femme jeune en bonne santé qui ne se plaint de rien ».

A la lumière de ces éléments, on peut donc légitimement s’interroger sur cette injonction faite aux femmes de consulter si fréquemment alors même qu’elle ne suit pas les recommandations de l’HAS. 
D’autant que les hommes ne subissent ni cette infantilisation ni cette obligation (a-t-on vu une campagne leur demander de se faire examiner tous les ans afin de dépister le cancer de la prostate ?).

Pour expliquer cette différence, il faut se pencher sur l’histoire de la médecine : depuis des siècles, les femmes ont en effet été traitées comme d’« éternelles malades » pour reprendre l’expression de l’historien Jules Michelet. 

L’excellent ouvrage de Muriel Salle et Catherine Vidal « Femmes et santé, encore une affaire d’hommes ? » l’explique très bien : « Dans le discours médical sur les femmes aux XVIII-XIVe siècle, la confusion entre le normal et le pathologique est presque systématique. Avec ses menstrues, ses grossesses, sa ménopause, la femme est une malade perpétuelle, situation qui n’est guère enviable même si les auteurs de l’époque présentent la chose avec beaucoup de poésie : « Élevée par sa beauté, sa poésie, sa vive intuition, sa divination, elle n’est pas moins tenue par la nature dans le sevrage de faiblesse et de souffrance. Elle prend l’essor chaque mois, et chaque moi la nature l’avertit par la douleur et par une crise pénible et la remet aux mains de l’amour (…). De sorte qu’en réalité, 15 ou 20 jours sur 28 (on peut dire presque toujours) la femme n’est pas seulement une malade mais une blessée. Elle subit inlassablement l’éternelle blessure d’amour ».

D’éternelles malades, mieux suivies que les hommes mais paradoxalement moins bien soignées qu’eux. Comme l’expliquent les 2 auteures « parfois c’est parce qu’elles souffrent de maladies qu’on s’imagine « masculines », qui sont diagnostiquées moins rapidement et soignées plus tardivement (comme les maladies cardiovasculaires). Ou parfois c’est parce qu’elles renoncent à des soins par manque de moyens (dans 35% des cas) ou de temps (en raison d’obligations professionnelles ou familiales) ou parce qu’elles ont des difficultés à se rendre chez un médecin ».

Au regard de ces différents éclairages, on comprend mieux pourquoi la campagne d’IMAGYN est non seulement caricaturale et malvenue mais surtout contre-productive.

Bien sûr en cas de doute, stress, questions ou symptômes, rien n'empêche de consulter tous les ans. Pour autant, pas question de mettre toutes les femmes dans le même sac et de les enjoindre à se ruer chez leur gynécologue au prétexte d'une (fausse) bonne action.

Et si pour fêter l’anniversaire de notre chatte, on lui fichait un peu la paix ?

Pour en savoir plus sur le sujet et s’outiller, je vous recommande l’excellente brochure « S’armer jusqu’aux lèvres ! : outils d’auto-défense gynécologique à l’usage de toutes les femmes »




lundi 30 avril 2018

Nouvel épisode du podcast "Corps et âme"!



Le deuxième épisode de mon podcast "Corps et âme" est en ligne!

Dans cet épisode, je vous parle de mes jambes et de celles des femmes, un sujet éminemment politique. De la longueur des jupes au harcèlement de rue, je parcours cette vaste question en 6 minutes.

Bonne écoute!


lundi 16 avril 2018

Lancement du podcast "Corps et âme" (et actualité en vrac!)


Ça faisait un petit moment que j'y pensais et puis finalement j'ai pris mon courage à 2 mains et je me suis lancée : je suis heureuse de vous présenter le premier épisode de mon podcast "Corps et âme", intitulé "Couper les cheveux en 4".

J'avais envie d'écrire sur des sujets plus personnels et j'ai trouvé que le rapport au corps était un bon prétexte. J'espère que ce podcast vous plaira, l'idée est de l'ouvrir ensuite à des invité.e.s pour que chacun.e puisse venir témoigner.

Je profite de cette minute d'auto-promo pour faire le tour de mon actualité récente:

- J'ai été interviewée pour le magazine Elle, merci à Hélène Guinhut pour ce chouette portrait


- J'ai parlé pour "Brut" du traitement journalistique des violences faites aux femmes:

    

- J'ai été très honorée de faire partie du projet "Women helping women" de la photographe new-yorkaise Aude Adrien et de figurer parmi toutes ces femmes inspirantes. L'ensemble des interviews est à lire ici 




- Mon article sur les pires récupérations commerciales du féminisme a été repris par L'Obs et par "Les éclaireurs de la com"

- Sarah Dray a tiré mon portrait à l'occasion du 8 mars pour le site "Toute la culture"

- Le 17 mai prochain, j'introduirai la conférence organisée par Webassoc "Mobiliser avec internet : travaux pratiques". J'y parlerai de la campagne #balancetonforum que j'avais initiée en novembre dernier. Si vous y assistez, n'hésitez pas à passer me faire un petit coucou!

vendredi 13 avril 2018

Résultat du concours "Ne tournez pas la page" de Seray Sahiner !


Beaucoup de participantes et donc de belles sources d'inspiration pour toutes en lisant vos réponses!

La main innocente mais néanmoins électronique du logiciel True Random a donc procédé au tirage au sort et....roulement de tambour....


C'est le commentaire N° 2, Aurélia D, qui remporte donc le livre et l'affiche!
 
Aurélia, merci donc de me contacter par mail (sophiegourion(at)hotmail.fr) pour me communiquer ton adresse afin que Bellevile Editions puisse te faire parvenir tes lots.

Merci encore pour votre participation!

vendredi 6 avril 2018

Concours - Un exemplaire de "Ne tournez pas la page" de Seray Sahiner" à gagner!




Belleville Editions est une maison que j'ai découverte récemment sur Twitter.

Ses 2 fondatrices, Dorothy Aubert et Marie Trébaol, parcourent le monde pour dénicher des pépites littéraires dans des langues habituellement délaissées par les éditeurs français.

Depuis 2015, elles donnent la parole à des femmes et des hommes du Moyen-Orient, d’Amérique latine, d’Europe du Sud-Est et des Balkans… Leur but : être le porte-voix de celles et ceux qu’on entend moins.

Récemment, leur thématique "Les femmes turques lèvent le poing" a particulièrement attiré mon attention, notamment l'ouvrage "Ne tournez pas la page" de Seray Şahiner voix montante du féminisme en Turquie, auteure et journaliste engagée.

Ce titre nous invite à ne pas fermer les yeux devant les violences conjugales, à ne pas tourner la page des "faits divers" dans laquelle les féminicides sont habituellement consignées. Roman à la fois sombre,cru mais aussi plein d'espoir, il nous lance à tout.e.s un défi : passer à l'action, tourner la page pour découvrir qu'une autre issue est possible. Lumineux.

Je vous propose aujourd'hui un concours pour gagner cet ouvrage ainsi qu'une jolie affiche, tous 2 offerts par Belleville Editions.

Le principe : poster un commentaire dans lequel vous citerez le nom d'une femme qui vous inspire, célèbre ou pas, et pourquoi.

Vendredi 13 avril, je tirerai au sort un.e gagnant.e et annoncerai les résultats ici même.

Pour celles et ceux qui n'auraient pas la chance de gagner, Belleville Editions vous offre les frais de port sur votre commande en ligne +  une petite surprise qui sera jointe à votre colis avec le code TOUTALEGO (je ne touche rien sur les ventes, je précise).

Alors, à vos marques, prêts, jouez!