Quand on se revendique féministe, on a la
« chance » d’être interpellée à propos de tous les sujets d’actualité
brûlants lors des dîners. Même quand on n’a pas forcément d’idées tranchées ou
que les questions semblent TRES LEGEREMENT orientées.
Mon intuition féminine (ah ah) me laisse deviner la
prochaine : « Alors, qu’est ce que tu penses de cette connerie de
changement de nom de l’école maternelle ? ».
Pour ceux qui n’auraient pas suivi l’histoire, il s’agit de
la décision de la députée PS de Paris, Sandrine Mazetier, de saisir le
gouvernement pour faire débaptiser l'école maternelle, qui renvoie trop, selon
elle, à l'image de la seule mère.
"C'est une école, pas un lieu de soins, de maternage,
c'est un lieu d'apprentissage. Changer le nom en petite école ou première
école, c'est neutraliser d'une certaine manière la charge affective
maternante du mot maternelle. Ça rendrait justice au travail qui y est fait, au
professionnalisme de ceux qui y interviennent, et ça rappellerait aussi
qu'aujourd'hui la responsabilité de l'éducation des enfants est partagée entre
les parents et n'est pas la spécificité des femmes"
J’avoue, qu’au début je n’avais pas d’avis sur la question,
tout comme le débat autour du « mademoiselle ». Puis en y
réfléchissant 2 minutes et en lisant les divers articles et commentaires sur le
sujet, je me suis dit que je ne pouvais qu’y être favorable.
Surtout quand on analyse les critiques que le débat
cristallise. Un vrai bingo féministe (et encore, je passe sur les
« connes » « idiotes » et autres noms d’oiseaux).
Petit inventaire et tentative de réponse :
- « Y a pas des sujets plus importants en ce
moment ? » : Si le sujet est sans importance pourquoi perdre du
temps et de l’énergie à vouloir s’y opposer ? Et se battre pour que rien
ne change ?
- « Vous n'avez pas d’autres causes à défendre, d’autres
combats à mener ? » : un grand classique qui ressort dès qu’une
cause féministe, quelle qu’elle soit, est mise en avant. On peut lutter pour l’égalité des salaires,
contre la violence envers les femmes tout en décidant de s’attaquer au langage.
Un combat n’exclut pas l’autre. Cet argument reviendrait à ne pas donner 1 € au
SDF de sa rue sous prétexte que ça ne solutionnerait pas la faim dans le monde
- « Ca ne règlera pas les problèmes de l’école » :
ce changement de vocabulaire n’a pas la prétention de régler tous les problèmes
de l’école, qui vont bien au-delà du simple sexisme. Simplement d’aider à
lutter contre les stéréotypes hommes/femmes ce qui est déjà pas mal. Encore une
fois, s’attaquer à une problématique n’enterre pas toutes les autres
- «
Changer les mots ne changera rien » : Les
mots ne sont pas anodins, ils sont même politiques voire idéologiques. Preuve
en est, les déchainements provoqués et les résistances en oeuvre dès qu’on tente
de les faire évoluer (la féminisation des noms, jugée ridicule et compliquée en
est un parfait exemple). Ici le terme « école maternelle » n’est plus
adaptée à son époque. Elle n’est plus un lieu de soins, de maternage, une
simple garderie mais un lieu d’apprentissage. C’est aussi rendre ses lettres de
noblesse à l’école et aux enseignants que d’en tenir compte. Tout comme
remplacer le terme d’ « instituteur » par celui de
« professeur des écoles » avait son importance symbolique à l’époque.
Le langage n’est pas une matière figée, il évolue. Alors qu’il y a peu,
on disait encore fréquemment « l’heure
des mamans », chacun a progressivement pris le soin de renommer l’heure de
la sortie en « heure des parents » ou encore mieux en « heure du
goûter ». Un petit pas vers l’égalité qui n’a, cette fois, choqué
personne. Par ailleurs, en « déféminisant » le nom de l’école, on
peut espérer que l’on contribuera à masculiniser une profession choisie
à
81,5% par les femmes.
Cette
note de l’Education Nationale l’explique très bien : « Il
semblerait ainsi que «
les représentations sociales liées à la socialisation
de sexe jouent à plein rendement : gérer scolairement la petite enfance
apparaît mentalement comme un métier de femmes reposant sur la construction
sociale idéologique, subjective et réductive de l’instinct maternel. »
- « J’aime bien le mot « maternelle » et je
veux continuer à l’utiliser. Qu’est ce qu’ils vont inventer comme mot horrible
pour remplacer ça ? » : Si on veut continuer au jeu du
« c’était mieux avant », pourquoi ne pas revenir au temps où l’école
maternelle s’appelait encore l’ « asile » ? Ce mot vous
choque ? C’est bien la preuve que la langue évolue, la société aussi.
Histoire d’aller plus loin, je serais d’avis de renommer
l’Education Nationale en "Instruction Nationale". Car les
professeurs sont là pour instruire les enfants, pas les éduquer.
Les mots ont
un sens…