L’initiative avait a priori tout pour être
enthousiasmante : créer un dictionnaire en ligne fait par et pour les
enfants du primaire.
Ce « dictionnaire des écoliers » lancé par le CNDP
(Centre national de documentation pédagogique) et réunissant des « milliers
de mots pour réussir à l’école » a pourtant tout du bad buzz. Suite à
l’ampleur de la grogne née sur les réseaux sociaux, le ministère de
l’ Education nationale a même décidé il y a quelques heures de suspendre sa
mise en ligne.
En cause, des définitions qui fleurent bon le sexisme.
Quelques exemples :
- Père
C'est le mari de la maman, sans lui la maman ne pourrait pas
avoir d'enfants. C'est le chef de famille parce qu'il protège ses enfants et sa
femme. On dit aussi papa.
(Pour info, depuis la loi du 4 juin 1970, la notion de chef
de famille a été supprimée au profit de l’autorité parentale)
- Mère
C'est une femme qui a des enfants. On l'appelle maman ou
mamounette.
Phrase d'exemple
Ma mère repasse les affaires de toute la famille.
- Ménagère
Femme qui s'occupe de l'entretien, de la propreté de la
maison.
Phrase d'exemple
Maman passe l'aspirateur, essuie les meubles, fait la
vaisselle, le repassage. C'est une bonne ménagère.
- Femme
C'est une maman, une mamie ou une jeune fille.
Elle peut porter des bijoux, des jupes et des robes. Elle a
de la poitrine.
Cette femme va souvent acheter son pain dans la boulangerie
de ce village.
Phrase d'exemple
Miss France est la plus belle femme de France.
- Homme :
C'est un humain qui a de la barbe.
Phrase d'exemple
Dans le monde, les hommes parlent différentes langues.
- Féminin
Cendrillon
redevient féminine quand elle se retrouve dans sa belle robe pour le bal.
Alors que le mariage est évoqué (« Quand on est
adulte, on peut se marier avec son amoureuse, c'est quand le monsieur dit:
"embrassez la mariée"), on ne trouve aucune définition du divorce
auquel de nombreux enfants sont pourtant confrontés.
Alors, sexistes les enfants ? Non bien sûr, pour autant
ils sont le porte-voix d’une société qui, malheureusement, l’est. Sans doute associeront-ils ménage et masculin
le jour où les femmes cesseront de prendre en charge 80% des tâches ménagères.
Et ils envisageront d’autres métiers au féminin quand les livres scolaires
cesseront eux aussi de propager des stéréotypes genrés. Une étude commandée par
la Halde en 2008 avait ainsi montré que les manuels scolaires n’étaient pas
exempts de discrimination sexiste. L’analyse de 29 manuels de collège et lycée
reflétait ces stéréotypes, en terme de choix de métiers notamment : s’ils
comptaient 3 fois plus d’images masculines que féminines, les premières
mettaient dans un quart des cas l’homme en situation dominante.
L’opération « Filles et garçons, cassons les clichés
» organisée par la fédération de Paris de la ligue de l’enseignement visait
justement à déconstruire les idées préconçues et à interroger les élèves sur la
question du genre. Mon fils, en CP à l’époque y avait participé et j’avais
trouvé l’initiative très intéressante (j’en avais parlé ici).
On peut se demander, dans ce contexte, comment de
telles définitions, validées par 3 référents différents et par l’Education
nationale elle-même ont pu donc se retrouver en ligne ?
Il ne s’agit bien sur pas de censurer la parole des
enfants mais de leur offrir une vision alternative. En proposant notamment
différents exemples pour illustrer une définition. « Toi, ta maman repasse
les chemises. Et toi, ta maman elle travaille dans quoi ? ». Les enseignants auraient dû avoir ce réflexe, au lieu d'enfermer la parole des enfants dans des stéréotypes d'un autre âge.
En leur présentant des modèles de réussite au
féminin, il est pourtant possible de faire changer leur vision des choses.
Et cette vidéo l’illustre à merveille:








