> Courir contre le cancer du sein : pourquoi il vaut mieux faire marcher son cerveau avant ses jambes

dimanche 14 septembre 2014

Courir contre le cancer du sein : pourquoi il vaut mieux faire marcher son cerveau avant ses jambes



 
Crédit photo: Vincent Krieger

Septembre, c’est le mois de la rentrée, des bonnes résolutions et des cartables neufs qui sentent bon. Mais aussi le moment où l’on commence à réentendre parler de la lutte contre le cancer du sein. Cette période sonne le retour des chaînes débiles sur Facebook (j’en ai déjà parlé ici) et des courses dont une partie des bénéfices est reversée à la lutte contre le cancer du sein, à l’image de la Parisienne qui a lieu aujourd’hui.

Oui, une partie seulement, car la Parisienne est une société privée à vocation commerciale, je l’ai découvert lorsque j’ai écrit cet article pour Slate en mai dernier : « Avec le Pinkwashing, le cancer du sein devient un produit comme un autre ». Je l’ai courue moi-même il y a quelques années, à une période où je n’avais pas trop le moral (litote) car j’avais besoin d’un défi personnel. 

La Parisienne est une énorme machinerie, très bien organisée, elle est aussi l’occasion pour beaucoup de femmes de courir leur première course tout en faisant une bonne action. Sauf que la bonne action est plutôt ici un prétexte. En effet, si l’on se penche sur l’argent collecté, on se rend compte que la somme destinée aux associations n’est pas fonction du nombre de dossards. 

Cette année, 35 000 participants ont été enregistrés, soit 40€ le dossard x 35 000 inscrits = 1 400 000 € rapportés grâce aux participants (sans compter l’argent des sponsors). Sur cette somme, seuls 30 000 € seront reversés aux associations. Quand j’ai interviewé la dirigeante de la Parisienne, celle-ci s’est expliquée sur la raison d’être de la course: « «Nous sommes une société privée, pas une association. Si nous le voulions, nous pourrions très bien ne rien reverser. Ce sont les médias qui nous ont décrits comme une course caritative, nous préférons personnellement nous définir comme une course festive, mettant en avant le sport au féminin. Le cancer du sein ne faisait pas partie du concept de La Parisienne au départ, ça s’est fait complètement par hasard. Il y a 14 ans, un laboratoire qui faisait partie de nos sponsors souhaitait communiquer autour de sa participation à la course. Il a donc décidé de reverser 100 euros à Europa Donna, une association qui lutte contre le cancer du sein, pour toute collaboratrice qui franchirait la ligne d’arrivée. Depuis, la course a pris de l’ampleur, ce qui entraîne des frais fixes et des dépenses marketing très importants. Les sommes reversées ne sont donc plus fonction du nombre d’inscrits mais forfaitaires: cette année nous avons fixé à l’avance une enveloppe de dotation de 30.000 euros.» « Il faut que les gens prennent le temps de lire ce qui figure sur notre site.» concluait ainsi la dirigeante.

Mon but n’est pas ici de mettre toutes les courses dans le même panier ou d’inciter à ne plus courir mais plutôt d’inviter chacun à faire preuve de plus de discernement. Sachez que si vous vous inscrivez à la Parisienne pour participer à la lutte contre le cancer du sein, 2% seulement  seront réellement reversés aux associations.

Cette course est avant tout à vocation commerciale, comme l’illustrent les cadeaux offerts par les sponsors : du liquide vaisselle et des serviettes anti-fuites.

Crédit photo : @desmobetty_




En revanche, Odysséa, une autre course, n’est pas une marque mais une association dont l’intégralité des dossards est reversée à des grands centres de lutte contre le cancer.

« Think before you pink » conseillait aux Etats-Unis une association qui luttait contre la récupération du cancer du sein à des fins lucratives. Autrement dit, « Réfléchissez avant de vous jeter sur tout ce qui porte un ruban rose ». Car du ruban rose au billet vert, il n’y a souvent qu’un pas.