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mardi 2 septembre 2014

Brevets de féminisme : quand Glamour distribue les médailles



La presse féminine n’en finit pas de distribuer les brevets de féminisme.

Après « Elle » dont j’ai parlé récemment, c’est désormais au tour de « Glamour » de décerner des pourcentages de crédibilité militante (rien que le concept m’amuse, vous vous imaginez dire à quelqu’un « Méfie-toi de cette personne, elle est crédible à 20% »?).

La consternation débute dès la lecture du chapô : 
« Miley Cyrus, Beyoncé, Katy Perry, Ellen Page, Lena Dunham, toutes le clament haut et fort, elles sont « féministes ». Longtemps honteux, comme s’il risquait de vous propulser dans la catégorie des castratrices frustrées, le terme a été rebrandé dans une version joyeuse et décomplexée. Mais quelle est la crédibilité des people à le revendiquer ? »

« Rebrandé », un jargon de marketeux vide de sens que je n’avais plus entendu depuis mes années en entreprise. « Joyeuse et décomplexée » vraiment ? Je conseille à la journaliste d’aller dans une soirée et de lancer le mot féministe pour constater les réactions. Ou d’aller lire ce que vivent actuellement Anita Sarkeesian ou Zoe Quinn.

Plutôt que de s’interroger sur la crédibilité des people à le revendiquer, le magazine devrait s’interroger sur sa propre légitimité à décerner des médailles !

Pour Glamour, les peoples se revendiquant féministes se classent donc en 4 catégories :

Les opportunistes : Miley Cyrus, à qui on conseille d’ « étoffer son discours très hétéro-normé » ou Rihanna « femme battue pas rancunière, pasionaria du droit à exhiber ses tétons sur internet » (jolie combo victim-blaming + slut-shaming).
Crédibilité : 15% : « Ces people montrent une incompréhension flagrante des enjeux actuels du féminisme et changent de position selon la tournure du vent ». Pas crédibles parce que sujettes aux contradictions ? Qui ne l’est pas ? Alors que l’article raillait Rihanna pour avoir montré ses tétons quelques lignes plus haut, la sémiologue interrogée conclut par « Mais pas de quoi conspuer Miley, le « slut shaming » qui consiste à jeter l’opprobre sur celles qui se conduiraient comme des « salopes » restant infiniment plus choquant que la provocation surjouée ». Glamour non plus n’est pas à une contradiction près ! Hôpital, charité, tout ça…

Les ambigües : Beyoncé car elle a chanté « Put a ring on it » avant d’écrire « Flawless » (dans lequel elle cite un extrait du discours « We should all be feminists » de l’écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie). Parce qu’elle « milite pour la suppression du mot « bossy » tout en jouant le jeu de l’hypersexualisation ». Parce qu’elle a appelé sa tournée « The Mrs Carter Show World Tour » (son nom de femme mariée) ».  Ou comment chercher la petite bête.
Oui, le répertoire de Beyoncé a évolué avec sa prise de conscience féministe (qui peut dire qu’elle est ambiguë après avoir vu sa participation aux MTV Video Music Awards ?). Oui on peut être féministe tout en montrant ses jambes et en étant mariée (coucou les clichés de la militante). Madonna est elle aussi classée dans les ambigües car elle refuse de vieillir (le droit à faire usage de son corps comme bon nous semble on en parle ?), ainsi que Lena Dunham dont les photos ont été retouchées.
Crédibilité : 60% répond Julie Benasra «  Peu importe que ces femmes soient réellement émancipées, ce qui compte c’est l’impact de leur discours ». Quelle est donc la raison d’être de cet article dans ce cas?

Les engagées : Les féministes pures et dures selon Glamour, les « it militantes », pour reprendre le vocabulaire des magazines féminins, sont Angélina Jolie, « incarnation ultime du « have it all », l’ex Lara Croft affiche une féminité musculeuse à l’écran » (bonjour le syndrome de la Wonder Woman militante et les injonctions à la féminité) et « refuse le mariage tant que tous les homos n’y auront pas accès ». Mince, raté, elle a accepté depuis. Combien de points de crédibilité féministe en moins du coup ? Meryl Streep, fait partie elle aussi des « vraies engagées », car  contrairement aux féministes en carton« elle n’a jamais cédé à la chirurgie esthétique ». Christine Boutin non plus, pourtant je ne suis pas persuadée qu’elle soit vraiment féministe.
Crédibilité : 100% (forcément). «  Etre féministe c’est avant tout s’accepter et mener la vie telle qu’on est, loin des dogmes phallocrates ». Et des dogmes tout court en fait. Même ceux des magazines féminins.

Les alliés : alors que Glamour a mené l’enquête pour valider le féminisme des femmes, il n’en est pas de même pour les hommes. Ainsi, l’humoriste Louis CK décroche sans problème sa médaille alors qu’il n’est pas le dernier à tenir des propos problématiques  et que sa série est loin d’être dénuée de sexisme. Idem Pour Pharell Williams, co-auteur de « Blurred lines », qui a déclaré suite aux accusations de sexisme « « Les femmes dans cette vidéo ne faisaient rien de sexuel : elles étaient juste en train de danser. Simplement parce qu'on voyait leurs seins, c'était "sexiste" » « « Est-ce que c'est sexiste quand tu marches dans un musée et que les statues ont les seins à l'air ? ».
Crédibilité : 80% No comment.

Glamour n’est pas le seul média à distribuer les brevets de féminisme. Récemment, le site de la très conservatrice chaîne de télévision Fox News a ainsi retiré sa médaille à Beyoncé dans un article intitulé « Le message féministe de Beyoncé aux VMA fait lever les yeux au ciel ».  « La superstar de la pop a combiné certains mouvements avec un certain message, laissant quelques spectateurs confus » « Simplement vêtue d'un justaucorps brillant et accompagnée d'autres femmes peu vêtues et d'hommes à moitié nus [...] avec un assortiment de déhanchés, de jambes tendues, de barres de pole dance et de corps qui se frottent ». Pire encore d’après le site, elle a osé faire état de sa foi chrétienne à la fin du show.

En ce qui me concerne, ce n’est pas le message féministe de Beyoncé qui me fait lever les yeux au ciel. Mais plutôt les jugements péremptoires et erronés de médias à qui on n’a pas demandé leur avis sur la question.