> Quand la Comédie Française fait dans le sexisme beauf avec l'argent du contribuable

dimanche 17 février 2013

Quand la Comédie Française fait dans le sexisme beauf avec l'argent du contribuable

 


Parfois, j’apprécie de poser mes lunettes de blogueuse féministe pour profiter des moments simples sans tout analyser ou disséquer. C’est justement ce que je pensais faire cette après-midi en allant au cinéma avec les enfants voir « Hôtel Transilvanya ».

Manque de bol, je suis tombée, juste avant le dessin animé, sur une publicité qui m’a fait bondir de mon siège tellement elle transpirait le sexisme et le mauvais goût.

Pour une fois, et c’est sans doute le plus grave, elle n’émanait pas d’une marque de bière ou de déodorant mais de l’illustre Comédie Française. Celle-ci vient en effet de rouvrir après un an de travaux et a choisi de communiquer autour des nouvelles qualités acoustiques de la salle. Décidée à marquer le coup, elle a donc fait appel au célèbre Etienne Chatiliez pour signer le spot (vous pouvez le voir ici)

Le réalisateur a choisi de mettre en scène la directrice des lieux, Muriel Mayette, première femme à occuper cette fonction au sein de ce lieu mythique. Bonne initiative, ai-je immédiatement pensé en la voyant arriver à l’écran alors que son titre s’affichait en surimpression. Mon enthousiasme a été rapidement douché quand j’ai réalisé que la directrice, juchée sur talons et dotée d’un vertigineux décolleté, allait être assignée au ménage.



Pendant les quelques secondes du spot, on la voit ainsi passer l’aspirateur, faire la poussière des sièges et astiquer les lustres (ce qui nous donne l’occasion de profiter de son généreux décolleté par la même occasion). A la fin de la publicité, satisfaite du travail accompli, elle lance un « et voilà » un peu niais, puis semble étonnée de l’acoustique de la salle. Elle repart ensuite son matériel sous le bras.


Bien entendu, on va me dire que c’est de l’humooour et que je ne suis qu’une féministe frustrée. Mais est-ce que ce spot aurait existé si le directeur était un homme ? Absolument pas. Ici, sous couvert d’humour et de décalage, on remet symboliquement à sa place la directrice en lui assignant une tâche peu noble habituellement dévolue aux femmes, le ménage. Imaginons que la directrice eut été portugaise et qu’on lui ait fait faire le ménage, toujours sous prétexte d’humour (car nombre de femmes de ménage sont portugaises). Auriez-vous trouvé ça drôle ? Sans doute pas, vous auriez, à juste titre, trouvé cela raciste. Alors pourquoi accepter le sexisme?

Muriel Mayette, je m’adresse à vous aujourd’hui : comment avez-vous pu accepter de tourner un spot pareil, dans lequel vous êtes tour à tour réduite à une femme objet et à une femme de ménage ? En tant que première administratrice d’un lieu mythique, vous avez un devoir d’exemplarité, une valeur d’exemple. Cette publicité est une insulte à l’égard de toutes les femmes et de leur réussite, quelle qu’elle soit. Dans une interview à l’Express, vous affirmez « le fait que je sois une femme n’a rien changé ici » alors que vous prouvez exactement le contraire à travers ce spot.

Quant à Etienne Chatiliez, on l’a connu plus inspiré : on touche ici au degré zéro de la créativité. Je n’ose pas imaginer combien a coûté cette vaste blague, bien évidemment financée par l’argent du contribuable.

 Le pire, c’est que cette publicité était diffusée juste avant un dessin animé alors que le public enfantin n’est pas encore outillé pour comprendre le second degré et le décalage. Ils n’auront retenu qu’une chose : une directrice fait aussi le ménage. Et ça n’a rien d’anodin.