> Et Miss France, t'en penses quoi?

dimanche 7 décembre 2014

Et Miss France, t'en penses quoi?



Quand tu te déclares féministe, ça ne manque pas, à chaque dîner ou réunion de famille, il y a toujours quelqu’un pour te demander ton avis à propos du sujet qui fait l’actualité.

Ca peut être en vrac les Femen, Nabila, DSK ou encore la suppression du terme « Mademoiselle ».

Hier soir, Fabrice, un de mes cousins m’a sortie de la cuisine (et non Moulinex n’a pas encore libéré toutes les femmes) pour me demander de m’exprimer au sujet de Miss France.

Je savais déjà ce que mon auditoire attendait de moi : une réponse engagée, la main sur le cœur, conspuant le caractère odieux et sexiste de cet événement et demandant son interdiction. Je me suis juste contentée de répondre que les concours de miss n’étaient que le symptôme d’une société où l’apparence régnait en maître. Supprimer ces concours ne résoudrait pas le problème, tout comme casser le thermomètre ne ferait pas baisser la fièvre (dédicace à Fabrice qui aime aussi beaucoup cette expression).

"L'un des facteurs les plus insidieux de discrimination sociale et de reproduction des inégalités" est l’apparence physique, nous apprend à ce sujet le sociologue Jean-François Amadieu.

Ainsi, d'après une étude menée par deux psychologues américains, l'impact que nous avons sur quelqu'un dépend à 55% de notre seul visage, à 38% de notre voix et seulement à 7% de ce quenous disons !.

Dès sa naissance, le nourrisson est soumis malgré lui aux diktats de la beauté. Et le regard maternel qu’on imagine instinctivement aveugle et bienveillant ne l’est pas autant qu’on le croit ! Le Time magazine a ainsi révélé que les parents ne seraient pas du tout insensibles à la laideur de leur enfant. Pire encore, l'amour "inconditionnel" de la mère serait directement lié à la beauté de l'enfant. Plus un bébé est beau à la naissance, plus l'amour maternel serait puissant.

Mais cela s'applique aussi à l'inverse. Plus l'enfant est laid, plus l'attachement serait difficile. Jean-François Amadieu explique: "On ne peut pas dire qu’une mère ou un père préférera un enfant plus beau que ses frères et sœurs. En revanche, les études ont prouvé que les activités seront différentes selon que l’enfant est beau ou laid. Par exemple, une mère jouera beaucoup avec son nourrisson s’il est beau, tandis qu’elle focalisera sur les apprentissages s’il est disgracieux. Il est d’ailleurs prouvé que ces enfants réussiront mieux à l’école que la moyenne".

Cette discrimination se retrouve même jusque sur les bancs de l’école. L’expérience suivante est éloquente: Prenez une pile de copies et faites-la corriger par un groupe de professeurs. Relevez les notes puis proposez les mêmes copies à un autre groupe d’enseignants, en y adjoignant la photographie des étudiant(e)s. Résultat: les physiques avenants améliorent leur note, les physiques ingrats perdent des points (8). À l’oral, le phénomène est évidemment encore plus marqué. L’apparence joue en faveur des plus beaux sans que les enseignants en aient conscience, bien sûr.

Cette dictature de l’apparence se retrouve également dans le domaine professionnel, où il existe de fait une prime à la beauté: non seulement les beaux ont davantage de chances d'être recrutés, mais ils sont également plus souvent promus, ont les meilleures primes et les meilleurs salaires.

Une recherche publiée aux Etats-Unis a démontré que les hommes très laids gagnent 9% de moins que la moyenne à poste équivalent. Tandis que leurs collègues très beaux récoltent 5% de plus que la moyenne. C'est à peu près la même chose chez les femmes. On estime qu'une belle apparence "vaut" aux Etats-Unis une année et demie d'études supérieures !

Cette « prime à la beauté » qui semble révolter beaucoup de monde lorsqu’elle est officialisée à la télévision ne choque personne dans ses manifestations quotidiennes.

Pire, on rend les concours de miss responsables de tous les maux de la terre alors qu’ils ne représentent qu’un infime rouage du système. Le Monde, dans son article du jour, accuse ces concours de "formater la féminité. Ces filles ont le même physique sain et propret : 1,70 m minimum, une silhouette fine, des seins pas trop gros, des cheveux longs".  En oubliant au passage le matraquage quotidien distillé par l’industrie du jouet et sa Barbie aux mensurations improbables, les diktats de la beauté imposés par l’industrie cosmétique et son modèle universel de la beauté : une femme blonde, à la peau blanche et ultra-mince.

Les concours de miss n’ont pas crée cet idéal, ils ne sont que le reflet de la "réduction drastique des modèles identificatoires offerts aux femmes" pour reprendre une expression de Mona Chollet dans son ouvrage "Beauté fatale".

S’insurger contre la prime à la beauté une fois par an c’est un premier pas.

Réfléchir et dénoncer les autres diktats de l’apparence pendant les 364 autres c’est mieux.