> Elles osent! Entreprendre au féminin : Nathalie Tshiamala fondatrice d'Happy Sharing

mercredi 10 décembre 2014

Elles osent! Entreprendre au féminin : Nathalie Tshiamala fondatrice d'Happy Sharing


Quand j'ai entendu parler d'"Happy Sharing" via un communiqué de presse, le projet m'a tout suite tapé dans l'oeil! 

Une plateforme qui met en relation les parents d'un même quartier pour échanger des heures gardes tout en créant du lien social, quelle belle incarnation de l'économie collaborative!

Et en plus c'est une femme qui est aux commandes!

Sans tarder, j'ai donc immédiatement contacté Nathalie Tshiamala qui a gentiment accepté de répondre à mes questions pour le blog. Bienvenue à elle et longue vie à "Happy Sharing"!



Bonjour Nathalie, quel est le concept d’Happy Sharing ?

Bonjour Sophie, happysharing.fr est une une plateforme d’économie collaborative, où les parents partagent la garde de leur(s) enfant(s), afin de se libérer un peu de temps pour eux, sans valeur  monétaire.

Quel a été ton parcours avant de créer ta société ?

A 21 ans j’ai monté ma première entreprise, un restaurant, proposant des plateaux repas équilibrés et bios pour une clientèle du midi. Tenir un tel établissement demande beaucoup d’investissement. J’ai cessé cette activité uniquement parce que la rentabilité prenait le dessus sur le plaisir. Or, dans mes entreprises, j’y mets mon coeur.
Adepte de la communication, j’ai quitté tout récemment mon poste  au sein d’une célèbre radio parisienne, afin de me consacrer pleinement à la réalisation de cette plateforme qui m’anime!!!

De quel constat es-tu partie pour développer ce concept ?

De mon propre besoin et  de ceux de mon entourage proche, mes amis parents de mon quartier. Occupés par notre rôle de parents, pris par le temps et le travail, nous parents, nous nous oublions. Nous sommes des individus et parfois il est important de s’en rappeler et de se comporter en tant que tel. Il suffit d’une marche solitaire, de lever les yeux aux ciel et de voir que la vie ne tourne pas qu’autour de nos obligations.

Quelle cible vises-tu ?

Il s’agit d’un site communautaire, qui dit communauté dit aussi cercle fermé. Notre intérêt se porte sur les familles, plus spécifiquement les parents vivants à Paris et banlieue proche, peu importe leurs compositions.  Aussi, on constate qu’il y’a de plus en plus de parents solos, dont je fais partie. Pour nous l’équation temps/budget/vie privée est difficilement gérable. C’est en partant de cette problématique que nous avons dégagé notre coeur de cible.

Quel est le modèle économique d’Happy Sharing ?

Le modèle économique Happy Sharing répond à une logique simple de décaissements et d’encaissements. Le lean du business identifie deux types d’entrées d’argent:
        _ Les abonnements annuels
        _ Les règlements loisirs/évènements.

Pour maximiser les encaissements je n’ai que très peu de charges, ce qui me permet d’avoir un seuil de rentabilité relativement bas. Le marché utile des parents d’enfants entre 2 et 12 ans est de 280 000 pour Paris intra-muros selon l’INSEE. Par ailleurs le projet ne créé pas de nouveau besoin, il répond à un besoin déjà existant pour lequel très peu de solutions à faible coût sont mises en place. Notre stratégie d’entrée est donc une stratégie de différenciation des prix ainsi qu’une volonté de remettre l’humain au coeur du modèle, principe fondamental de la consommation collaborative. 

Comment s’assurer de la sécurité des modes de garde proposés ?

Un site internet se veut perfectible, nous en sommes au tout début. Nous développons actuellement certaines fonctionnalités de notre site, notamment la partie “sécurité”. Nous souhaitons rajouter un système de certification d’adresse mail, de carte d’identité; par ailleurs à moyen terme nous demanderons à nos membres de nous fournir  l’assurance civile de leur(s) enfant(s). Gardons à l’esprit que les échanges se font avec des familles habitant le même quartier ou dont les enfants fréquentent la même structure collective. De fait, ces familles se croisent, se sourient et ont potentiellement déjà échangé des politesses. Mais au moment de déposer ou de récupérer leurs enfants, ces derniers ne prennent ou n’ont pas forcément le temps d’étendre ces échanges.

Qu’as-tu pu observer de la conciliation vie perso/vie pro au sein des familles ?

Malheureusement un triste constat qui participe à la frustration collective. On a l’impression que 24h ne suffisent plus. De plus en tant que femme, une majeure partie des charges domestiques nous revient, involontairement peut-être? Le travail, plus la famille, les couples, l’homme, la femme ont tendance à s’oublier au point de non retour. Avec Happy Sharing, nous souhaitons renverser la donne.

La consommation collaborative, est-ce l’avenir selon toi ? Quels sont les exemples les plus marquants d’après toi ?

Sans aucun doute! Ayant vécu avec l’ensemble des membres de ma famille, plus partiellement avec des amis, J’ai été éduqué en pensant aux autres.

Ainsi depuis la découverte de couchsurfing.org je suis devenue une « collaborativore » ! Je suis membre de ce site depuis de nombreuses années. Quand je pars en vacances, je passe avec mon fils une partie de mon séjour avec des personnes qui ont accepté de nous ouvrir leurs portes sans intérêt financier! Plutôt que de laisser mon appartement vide, je le laisse à d’autres familles présentes sur cette communauté, active dans le monde entier! Évidemment nous faisons appel à covoiturage.fr lors de nos trajets! A présent mon père, lors de ses visites, fait appel à ce service, il en a marre de payer les contraventions qui ne sont mêmes plus signalées sur son pare-brise! Il me parle des rencontres étonnantes qu’il fait durant ces trajets…
Enfin laruchequiditoui.fr, est une initiative qui m’inspire énormément, de par sa présence locale.

Toute cette hégémonie a fait germer l’idée que nous sommes à l’aube de profonds changements de paradigmes, dans le monde de l’entreprise mais aussi social. Ces transformations structurelles galvanisées par l’accès quasi-gratuit de l’information mondiale, contribue à une nouvelle forme de redistribution du savoir et de l’information. Les systèmes pyramidaux dirigés par une élite de privilégiés à la fois socialement et culturellement n’ont plus lieu d’être. Cette économie capitaliste et libérale, saturée dans sa redistribution inéquitable des richesses arrive à son terme.

Il est donc l’heure pour nous chefs d’entreprises de proposer autre chose que ce que Taylor et Ford ainsi que Toyota plus tard, ont mis en place soutenus par les économistes contemporains, du célèbre Keynes au très controversé Alexis de Tocqueville.  Ce dinosaure capitaliste est en proie à de nouvelles approches, plus sociales et sociétales dans leur modèle, remettant l’humain à la place centrale qui lui est propre, balayé depuis des années par le profit, le taux de rentabilité et la quête de pouvoir.
La consommation collaborative apporte aujourd’hui une réponse logique en développant de l’humain par l’humain.

En tant que femme, quelles ont été les difficultés rencontrées lors de la ta création d’entreprise ? Comment as-tu pu lever ces freins ?

Le problème encore trop répandu, que j’observe même au sein du lieu de coworking dans lequel j’évolue, est la disparité hommes/femmes. Encore trop de sociétés sont sous la coupe patriarcale. C’est notamment pour endiguer ce phénomène que je suis à l’initiative de cet outil web. Le fait que cette plateforme soit le reflet de ma pensée féminine, s’inscrit dans ma démarche de donner aux femmes la possibilité d’être actrice du monde économique , et non plus simplement spectatrice d’un univers encore et toujours verrouillé par le dogmatisme masculin.

Concernant la construction de mon projet web l’exigence première est la veille permanente qu’engendre la création de ce type de plate-forme ainsi que ma volonté de me tenir au plus près des personnes qui s’enregistrent.

Le principal problème en revanche qui sommeille comme une épée de Damoclès au dessus de chaque start-up est bien évidemment la recherche de financement, source de perfectionnement de chaque outil du projet. Quel qu’en soit la finalité chaque entrepreneur se doit d’en faciliter son utilisation pour attirer et faciliter l’expérience du consommateur final. Cette recherche me prend du temps et malheureusement, ralenti parfois mes ardeurs et mes convictions quant au développement de ma plate-forme.

Dans un deuxième temps, et pour faciliter l’utilisation de mon service, j’ai décidé de faire appel à l’acteur majeur, le plus fédérateur de ce dernier siècle; l’outil internet. Cependant, pourvue de connaissances limitées dans le domaine du développement, j’ai dû m’entourer de professionnels, qui souvent ne réalisaient pas l’ampleur de la tâche ou se retrouvaient débordés par le travail. Il m’a donc fallu prendre mon mal en patience, faire preuve de sang-froid et d’abnégation pour mener ce projet à son terme.

A titre préventif les deux qualités premières dont doit faire preuve tout bon entrepreneur sont, à mon sens, la constance dans ses efforts de création et être clairvoyant dans la conduite de cette création. Ma solution : se déconnecter et savourer les moments familiaux et amicaux, qui sont mes sources d’apaisement et de création.

Quels conseils donnerais-tu à une femme qui souhaiterait se lancer aujourd’hui ?

Si tu es sûre de ton projet, si ça bout en toi et que ton environnement te le permet, accroche-toi, dépasse-toi!

Fais-tu partie d’un réseau féminin ? Si oui lequel ?

Éminemment,  les Mampreneurs, of course! C’est un réseau de créatrices d'entreprises engagées, qui ont une démarche solidaire en vue de partage d’éxpériences profesionnelles.

As-tu un exemple de femme qui a pu t’inspirer ou avoir valeur d’exemple ?

Oui, ma tante Lili. une femme admirable qui a élevé 6 enfants, parfois moi aussi 7 en tout! Et pourtant elle ne vivait qu’avec le Smic…

Quels sont tes projets professionnels pour le futur ?

Mis à part le développement d’Happy Sharing, mes projets ne sont pas professionnels mais participatifs. Soutenir des personnes dans le besoin, notamment les familles.


Pour en savoir plus :
-       Le site internet d’Happy Sharing
-       La page de crowdfunding pour soutenir le projet