> Le sexisme bienveillant, ce cadeau empoisonné

jeudi 11 avril 2013

Le sexisme bienveillant, ce cadeau empoisonné



Quand on évoque le sexisme, vient immédiatement à l’esprit l’image d’un macho, misogyne et ouvertement hostile à l’égard de la gent féminine. Il existe pourtant autre forme de discrimination, bien plus subtile et qui cause insidieusement du tort aux femmes, allant jusqu’à influer leurs performances cognitives. Il s’agit du sexisme bienveillant.

Difficilement identifiable, il considère les femmes comme des êtres faibles qu’il faut protéger, chérir et placer sur un piédestal. Dans cette vision binaire du monde, chaque genre possède des caractéristiques propres et complémentaires (les femmes sont sociables et chaleureuses, les hommes compétents et affirmés). « Les stéréotypes véhiculant l'idée d'une complémentarité entre hommes et femmes auraient une fonction de maintien et de justification du système social, car chaque groupe de genre serait vu comme détenteur d'une série de forces qui compenseraient ses propres faiblesses et les rendraient acceptables », explique Marie Sarlet, doctorante ayant participé à une étude sur le sujet.

Difficilement identifiable, il peut être facilement confondu avec de la galanterie.



Récemment, le président Obama, pourtant connu pour sa politique progressiste envers les femmes, s’est illustré par une saillie transpirant le sexisme bienveillant en décrivant ainsi Kamala Harris, le procureur général (ministre de la justice de l’état fédéral) de Californie : «Elle est brillante et investie et elle a de la poigne. Et il se trouve aussi qu’elle est de loin la plus agréable à regarder de tous les procureurs généraux du pays.» Aux rires de l’assemblée, il a ajouté «allez ! C’est vrai!». Preuve, s’il en fallait une, que ce genre de remarque ne provient pas forcément d’affreux misogynes décomplexés.

Alors qu’il pourrait paraître anecdotique, le sexisme bienveillant est lourd de conséquences. Des chercheurs liégeois ont ainsi démontré que des femmes, placées en situation de recrutement, obtenaient de moins bons scores  à des tests de mémoire quand elles étaient confrontées à des discours paternalistes (« Les hommes doivent aider les femmes à s'adapter et les protéger » par exemple). « Ce constat est en accord avec la thèse défendue par différents auteurs, dont Mary Jackman, selon laquelle les groupes dominants maintiennent plus efficacement les inégalités sociales à travers l'influence persuasive de la bienveillance qu'à travers l'hostilité », commente Marie Sarlet. Les chercheurs expliquent cette baisse de performance par les pensées parasites que suscite le sexisme bienveillant « « Le recruteur veut-il m'aider et pourquoi ? », «Peut-être ne suis-je pas assez compétente ? ».

Le sexisme bienveillant est bien moins facilement identifiable que le sexisme ordinaire, pour autant il lui est corrélé et participe à l’infériorisation des femmes comme les 2 faces d’une même médaille. Des études ont ainsi montré que le niveau de sexisme bienveillant et de sexisme hostile étaient corrélés positivement. « Autrement dit, dans les pays où le niveau moyen du sexisme hostile est élevé, celui du sexisme bienveillant l'est aussi. Eu égard à la constitution de l'échantillon, tout indique qu'il s'agit d'une caractéristique transculturelle» explique Benoit Dardenne.

J’entends déjà des voix s’élever « On n’a plus le droit de complimenter une femme alors ? » « Il va falloir lui claquer la porte au visage pour ne pas être sexiste ? ».

Je vous conseille à ce sujet 2 lectures éclairantes : le billet de Crêpe Georgette sur la galanterie et celui de Lindy West (en anglais) sur les femmes et les compliments (merci @kriss_dek).