> "Les amazones de la Silicon Valley" ou le poids des mots...

mercredi 20 juin 2012

"Les amazones de la Silicon Valley" ou le poids des mots...



Au hasard de mes pérégrinations sur le net, je suis tombée hier sur ce dossier de Madame Figaro « Les amazones de la Silicon Valley », 7 portraits de femmes qui ont réussi à s’imposer dans le milieu très masculin de l’high-tech.

On y apprend que le chemin est long vers la parité : l’industrie des semi-conducteurs ne compte ainsi que 2,7% de femmes parmi ses dirigeants les mieux rémunérés, suivie de près par l’industrie du software qui n’en recense que 4,4%.

Même quand les femmes arrivent dans le cercle très fermé des PDG, elles n’oeuvrent pas forcément de fait pour la cause féminine : la proportion de femmes aux postes clés chez Ebay a même décliné sous la présidence de Meg Whitman, passant de 36 à 30%.

Pourtant, même si la parité en terme de représentativité est loin d’être acquise, les écarts de salaires entre les sexes semblent singulièrement se différencier de ce que l’on observe habituellement. Selon le cabinet de ressources humaines Dice, le salaire moyen des femmes qui travaillent dans l’industrie high tech est de 78 147 dollars (63 000 euros) contre 81 943 dollars (66 000 euros) pour les hommes, mais à poste égal il n’existe aucun écart de salaire.

L’initiative de la mise en avant de 7 femmes est louable au sein d’un magazine grand public car il procède d’une volonté de faire changer de mentalités. On se souvient du « top 100 du numérique » initié par l’Usine Nouvelle, au sein duquel ne figuraient que 7 femmes, reléguées à la fin du classement ! Les titres choisis étaient éloquents : « l’assistante sociale » « la chienne de garde ». Aux accusations de sexisme, le rédacteur en chef avait répondu qu’il n’en était rien puisque la journaliste était une femme !
Pourtant, dans l’article du Figaro, je trouve que l'on retrouve les mêmes travers de langage (même si encore une fois la journaliste est une femme) :

Dans l’introduction aux portraits des dirigeantes, la journaliste mentionne leur « physique de stars ». Aurait-on parlé de la même façon d’un dirigeant ? Dans les portraits, reviennent par 2 fois les termes « cette brune » « cette blonde » : jamais on ne décrirait  un chef d’entreprise par sa couleur de cheveux ! Cette façon de résumer les femmes est très souvent utilisée pour les femmes politiques dans la presse  (« la guerre des blondes » par exemple), comme si la couleur de cheveux était le seul attribut permettant de les différencier. D’autres éléments plus personnels, qui n’auraient sans doute été mentionnés dans le cas d’un homme, enrichissent les descriptions « mère de 3 enfants » « ex girlfriend de Bill Gates » « avoue une passion pour Oscar de la Renta et les cupcakes ». Comme s’il y avait besoin d’adoucir les portraits de ces femmes qui ne sauraient être définies par leurs seules responsabilités.

Certains titres reprennent à leur compte des clichés sexistes « la pom pom girl geek » (car la vice-présidente de Google est blonde) ou « le pouvoir et l’argent » pour Safra Catz. Le pouvoir et l’argent, cela paraît plutôt aller de soi pour un dirigeant, pourquoi le mettre en exergue lorsqu’il s’agit d’une femme ? Pour un homme, ce titre n’aurait pas eu de raison d’être puisque ces 2 éléments sont le corollaire de tout poste à responsabilité.

Je ne remets absolument pas en doute la volonté de bien faire de la journaliste, qui ne doit sans doute pas se rendre compte des clichés qu’elle reproduit malgré elle. Parler des femmes est une excellente chose. Le choix des mots pour le faire est également prépondérant. Ne résumons pas celles qui réussissent à des « amazones », des « pom pom girls » ou « des blondes » « à physique de stars ». Tournons 7 fois notre plume ou notre clavier et demandons-nous avant d’écrire : aurais-je écrit la même chose pour un homme ? La route vers l’égalité passe aussi par nos mots.