> Pomme pomme pomme pomme : marche funèbre

jeudi 6 octobre 2011

Pomme pomme pomme pomme : marche funèbre




Ce matin j’ai appris la mort de Steve Jobs en écoutant la radio. Etrangement, ça faisait bien longtemps que je découvrais une nouvelle de cette envergure autrement que par Twitter.



En parcourant mes réseaux sociaux, j’ai pu mesurer à quel point cet homme a marqué l’histoire personnelle de chacun. Apple n’est plus une marque, un produit de consommation, c’est devenu une madeleine, un objet transitionnel, un doudou des temps modernes. Qui voit encore la machine ou la somme de composants électroniques derrière l’objet du désir qu’incarnent l’Iphone ou l’Ipad ? Comme l’écrivait ce matin l’actrice Mia Farrow sur Twitter : « I never loved a machine until my first Mac ».




Autre tour de force de l’homme à la pomme : réhabiliter l’image du « grand patron » et celle de la réussite. Par sa simplicité (on se souvient tous de son uniforme col roulé/jean/basket) mais aussi par sa mesure : alors qu’Apple est l’entreprise high tech la plus valorisée en bourse, Steve Jobs n’est que la 136ème fortune au monde, loin derrière Bill Gates ou Michael Dell. Symptomatique : les mots qui reviennent le plus souvent dans ses nécrologies sont « visionnaire » « génie » « créateur » « révolutionnaire », des qualificatifs qu’on attribuerait davantage à un artiste qu’à un chef d’entreprise.



Pour ma part, j’ai succombé à la marque à la pomme plutôt tardivement. Même si j’ai eu mon premier ordinateur assez précocement pour mon époque (11 ans), j’ai toujours été fidèle au PC.




Lui et moi on était sur la même longueur d’ondes : on ne faisait pas partie de la bande des branchés mais on était besogneux, c’était l’essentiel. Pas de fringues griffées, pas de maquillage, assise au 1er rang : mon mode de vie calait bien avec mon PC. Et puis, lui et moi, on en a passé de longues nuits sur mes exposés, mes rapports de stage, mes CV. Malgré tout ça, il ne m’a jamais plantée pour une autre. De mon côté, je le rassurais en lui disant que le Mac c’était le truc des artistes, des graphistes et des riches. Moi j’étais une littéraire boursière, le choc des cultures aurait été trop violent.



Le glissement s’est fait subrepticement, après mon mariage, quand j’ai décidé de me mettre à courir. Quel meilleur allié qu’un Ipod pour rendre les kms moins difficiles ? Puis ça s’est accéléré quand mon téléphone est tombé en panne et que j’ai réussi à avoir un très bon prix un Iphone 4. Très vite, mon PC s’est trouvé relégué dans mon bureau alors que mon Iphone me suivait partout : dans mon lit, en vacances et même jusque dans mes toilettes ! J’ai pourtant essayé de faire passer des messages à mon PC : je l’ai reformaté pour qu’il comprenne qu’il était trop lent, j’ai installé Itunes pour qu’il s’inspire de sa convivialité. J’ai même synchronisé mon Iphone toute la nuit avec lui pour qu’ils discutent: rien à faire ! Après un an de dialogue de sourds, j’ai enfin pris ma décision : je le quitte pour un Mac ! Heureusement, mon PC a plutôt bien pris la chose et pense que je reviendrai après ma crise de la quarantaine. En guise d’au-revoir il s’est contenté de me ressortir un de ses vieux slogans : « Jusqu’où irez-vous ? ». J’ai répondu par un évasif « Ctrl+Q ».