> Ma visite de l'exposition "Des jouets et des hommes" au Grand Palais

mardi 4 octobre 2011

Ma visite de l'exposition "Des jouets et des hommes" au Grand Palais

On se souvient tous de son premier jouet ou de celui qui garde une place particulière dans notre coeur. Pour ma part, il s’agit d’un pingouin range-pyjama dénommé « Nestor », star d’une émission pour enfants dans les années 70. Je me souviens avec précision de son bec orange, de son nœud papillon en acrylique et des bouffées d’amour que je ressentais en le serrant contre moi ! Au-delà des Barbies et autres poupons c’est à lui que je pense quand je me remémore mon enfance. Mais sort-on vraiment un jour du « vert paradis des amours enfantines » ? On peut légitimement se poser la question quand on visite la passionnante exposition « Des Jouets et des Hommes » qui se tient actuellement au Grand Palais. Organisée non pas chronologiquement mais par thématique (« les univers de l’enfance » « l’illusion de la vie » « jouets de filles, jouets de garçon »…), elle nous offre un fantastique voyage dans le temps à travers une galerie de plus de 1000 jouets. Convoquant successivement l’enfant et l’adulte en nous, elle nous émerveille avec des pièces d’orfèvre telle cette fantastique maison de poupée datant de 1800 mais nous fait aussi réfléchir sur la portée symbolique du jouet, à l’image de cette panoplie de prêtre avec tous ses accessoires.

Pas sérieux le jouet ? Détrompez-vous ! Poupées, robots, petites voitures, nounours figurines, trains : tous racontent notre histoire et sont un véritable concentré de culture. Comme l’explique Dorothée Charles, conservateur en charge du département des jouets, l’exposition met en lumière les rapports complexes que les enfants entretiennent avec l’univers des grands : comment s’emparent-ils de cette réalité à leur échelle, toujours imaginée par des adultes ? Quelle part de mimétisme dans les jouets, ou au contraire de décalage ou d’invention ? Les archétypes de la maîtresse ou du pompier ont-ils toujours existé ?

La portée symbolique du jouet et son pouvoir de conditionnement sont mis en évidence avec force dans la salle « jouets de filles, jouets de garçon ». Alors que les filles semblent moins sexistes car elles adoptent les jouets de garçon facilement, l’inverse n’est pas vrai. En parcourant les vitrines on saisit avec intensité le poids des conventions et comment, dès l’Antiquité, les stéréotypes sexués se transmettent. Les filles sont confinées à la maison en tant que mère ou enfermées dans des activités liées au service des autres (infirmière, nourrice, sage-femme). La cuisine miniature apparait dès le XVIIIème siècle, suivie ensuite au fil du temps par la ronde des appareils ménagers : lave-linge, aspirateur, fer à repasser…Les garçons, eux, sont poussés à l’extérieur du foyer et les jouets sollicitent l’agilité, l’esprit de compétition, le goût de l’action et le dépassement de soi. Il est étonnant de voir que les jeux d’action n’ont pas changé depuis l’antiquité : on est passé du cheval de bois à la calèche, de l’avion à la navette spatiale mais la quête de vitesse et de performance est restée la même. Présents aussi depuis la nuit des temps, les jeux guerriers ont pour vocation de divertir mais aussi de préparer à de futurs combats réels.

Cette exposition s’adresse aux petits comme aux grands : de nombreuses activités sont d’ailleurs proposées pour les enfants pendant les vacances de la Toussaint (visite-atelier, visite-guidée, films…).

Seul petit bémol : Alors que l’exposition dénonce la reproduction des stéréotypes sexués, le magasin de jouets qui la clôture ne propose que des objets très classiques (à part poupées ou dînette je n’ai rien trouvé d’innovant pour ma fille). Dommage pour un événement qui se veut éducatif !

Grand Palais, Paris VIIIe, jusqu'au 23 janvier 2012.