Vous êtes-vous demandé si vous aviez de belles
aisselles ? Si vos orteils avaient besoin d’être rabotés ou votre sexe
blanchi ?
Ces questions peuvent vous paraître farfelues pourtant les
marques y ont déjà pensé avant même que l’idée n’effleure votre esprit.
A la manière des marques de déodorants, elles surfent sur ce
qu’on appelle « le marketing de la honte », une stratégie marketing
en 3 étapes :
a) attirer l'attention du consommateur sur un problème dont
il n'avait souvent pas conscience;
b) exacerber l'anxiété du consommateur quant au dit problème
c) lui vendre le remède.
Top 5 du marketing de la honte :

- Veet fait
croire aux chinoises qu’elles sont trop poilues : Quand Veet a lancé
sa crème dépilatoire en Chine, les ventes n’ont pas été au rendez vous. En
effet, les femmes chinoises ont une pilosité moins développée que les
occidentales et celles qui sont plus poilues ne semblent pas s’en préoccuper.
Veet a donc trouvé la solution : créer de toute pièce une « phobie du
poil ». « Ce n’est pas la quantité de poils que vous avez qui
importe, c’est combien vous pensez en avoir”, a déclaré Aditya Sehgal,
responsable de la marque en Chine. « Une fois que l’on commence à être
préoccupé par cela, même un poil est de trop ».
A
cette inquiétude savamment distillée s’ajoute un nouveau packaging qui
positionne le produit auprès des consommatrices « comme un soin qui
contribuera à la façon dont une femme obtient une promotion, un bon mari et une
augmentation »
explique
Paul French, un analyste chez Mintel en Chine. Résultat :
les
ventes s’envolent. Le groupe britannique parvient ainsi à vendre 20% de
produits dépilatoires en plus cette année et la vente des produits Veet dépasse
à l’heure actuelle la vente de rasoirs pour femmes de 50% en Chine.

-
Dove fait
croire aux consommatrices que leurs aisselles sont moches : la
dictature de l’apparence va décidément se nicher dans des endroits
incongrus ! Dove a ainsi lancé en 2011 « Dove Beauty finish »,
un déodorant dont la promesse était d’obtenir de jolies aisselles hydratées et
sublimées « On sait toutes comment mettre en valeur nos cheveux, notre
silhouette, nos jambes. Et nos aisselles ? Nos aisselles aussi ont le
droit d’être belles ». Et encore un besoin crée de toute pièce et une
nouvelle injonction à la beauté !

-
« Clean
and Dry intimate wash », le blanchisseur de sexe : j’en avais
déjà parlé
ici,
le sexe n’est pas épargné par la dictateur de la beauté.
Chirurgie esthétique pour le rétrécir,
épilation pour le rendre imberbe, tous les motifs sont bons pour jouer sur la
carte de la culpabilité et créer de nouveaux besoins chez les femmes. Les
marketeux, qui ne sont décidément jamais à court d’idée, ont crée un nouveau
complexe à l’endroit le plus intime qui soit : et si votre sexe était trop
foncé ? Et voilà comment une crème blanchissante intime « Clean and
Dry intimate wash » a été mise sur le marché en Inde l’année dernière !

-
Jouer sur
la suspicion pour pousser les femmes à mettre du déodorant : Dès 1919, le marketing
du déodorant jouait sur la peur et la culpabilité : une publicité dans un
magazine déclamait ainsi lyriquement : «Les bras d'une femme! Les poètes
ont chanté leurs louanges, de grands artistes ont peint leur beauté. Cela
devrait être la chose la plus gracieuse, la plus douce au monde. Et pourtant,
malheureusement, il est n'en est pas toujours ainsi. » La publicité
continuait en expliquant que les femmes pouvaient non seulement sentir mauvais
mais surtout ne pas s’en rendre compte. Le message était clair : si vous
vouliez garder un homme, mieux valait sentir bon. Aujourd’hui l’inquiétude a
été tellement bien intériorisée que même les femmes qui n’ont pas besoin de
mettre de déodorant en appliquent quand même
!
une étude a ainsi récemment prouvé que 2 femmes sur 100 ne produisaient pas
d’odeur au niveau des aisselles et que 78% d’entre elles en appliquaient
pourtant par convention sociale. La culpabilité, un ressort décidément
lucratif : l’industrie du déodorant génère aujourd’hui 18 milliards de
dollars par an!

-
Le Loub
job : se faire opérer les pieds pour porter les talons sans douleurs :
après le boom de la chirurgie esthétique intime, on croyait avoir tout vu.
La dictature de l’apparence n’a décidément pas de limite puisqu’elle s’attaque
désormais à nos pieds. Le « Loub job » (abréviation de « Louboutin »)
consiste ainsi à injecter du collagène dans le talon et les coussinets des
pieds afin de rendre le port des stilettos plus agréable. Certains chirurgiens
proposent même d’aller plus loin en rabotant le pied afin de réduire la taille
des orteils. Etre belle des pieds à la tête, une injonction décidément d’actualité !