> Jupe trop courte ou trop longue : pourquoi les femmes ont toujours tout faux

mercredi 1 juillet 2015

Jupe trop courte ou trop longue : pourquoi les femmes ont toujours tout faux



Quand Charlotte Pudlowski interrogeait pour Slate en 2009  une spécialiste de la mode au sujet de la taille idéale de la jupe, celle-ci l’affirmait : «Il n'y a plus de taille idéale. Jusque dans les années 60 et 70, la longueur d'une jupe était capitale: à l'ouverture des saisons, les couturiers décidaient du nombre de centimètres qui devraient recouvrir les jambes féminines, et tout le monde suivait ces codes. Ne pas les suivre, c'était donner un message idéologique, social». Aujourd'hui, on peut porter du court comme du long (du très court comme du très long). Il peut y avoir des tendances, mais il y a tellement de couturiers lançant tellement de directions différentes que plus rien ne domine. ».

Etrange comme cette norme, définie initialement par les couturiers, semble s’être déplacée plutôt qu’avoir disparu. Car aujourd’hui, porter une jupe reste toujours un message politique et selon sa longueur vous serez soit une salope soit une intégriste.

En 2009, le lycée public Geoffroy-Saint-Hilaire d'Etampes, dans l'Essonne, interdisait ainsi jupes au dessus du genou et bermudas. « Seules les filles ont été réprimandées » affirmait une élève dans Le Parisien.  « Et pourtant personne ne met de minijupe moulante!» Selon le quotidien, pas moins d'une cinquantaine de cartes de lycéen avaient été confisquées à l’époque. 

Plus récemment, une jeune fille de confession musulmane a été renvoyée de son collège les 16 et 25 avril derniers à cause d’une jupe jugée trop longue.

Contrairement aux années 70, ce ne sont donc plus les couturiers qui définissent la longueur idéale mais une police encore plus impitoyable (on parle même sans ciller de « fashion police) : les femmes elles-mêmes.

J’avais déjà épinglé ici Frédérique Trou-Roy, directrice artistique de Manoush qui dispensait ses bons conseils dans Grazia au sujet du port de la jupe après 40 ans : « Je suis totalement contre cette pièce, réservée aux jeunes filles androgynes, passé la quarantaine ».« Le seul endroit où je la trouve acceptable c’est sur la plage avec un maillot et des tongs. Il existe aussi une tolérance pour les Américaines qui n’ont pas les mêmes codes que nous. On n’y peut rien, c’est culturel. Sinon, pourquoi une telle levée de bouclier ? Tout simplement parce que le genou est une des parties du corps qui vieillit le plus mal. Même avec un collant opaque c’est intolérable. Il n’y a guère que Cameron Diaz qui devrait en porter. Mais elle, elle a le droit c’est une américaine ».

IN-TO-LE-RABLE on vous dit. 

Quand on pose la même question à la prêtresse auto-proclamée du bon goût,  j’ai nommé Cristina Cordula, le verdict est là encore sans appel : « A partir d’un certain âge, évitez les jupes trop courtes, ce n’est pas chic ». Compris ma chérie ? Ca n’est pas magnifaïque du tout !



Ok, donc il vaut mieux opter pour une jupe longue si je vous suis ? Là encore, tout faux, grave infraction au code la  mode et interpellation immédiate par la fashion police.

Grâce à Caroline de Haas, je découvre cet article de Carine Bizet, journaliste au Monde. Elle nous y  explique doctement que si l’on a échoué au régime de l’année malheur à nous car notre silhouette s’apparentera désormais à celle d'un« phoque/baleineau » (coucou la grossophobie). Par conséquent, même la jupe longue, « ce cache-misère lipidique », ne pourra rien pour nos « chevilles joufflues » et notre « cellulite ». Autre mauvaise surprise d’après la journaliste :  "cette jupe ne cache pas tant que cela en fait. Quand vous trottinez avec vos sandales plates, de dos que voit-on ? Un rectangle mou qui avance à la verticale. Enfin, sachez que si vous vous asseyez, oui, on va les voir, ces chevilles et ces mollets mal épilés."

Heureusement, la journaliste a la solution pour nous les femmes qui dépassons la taille 36 : « Et si on retentait le jus de céleri-choux-concombre ? ». Sans régime,  point de salut (et point de jupe longue).

On a rarement lu en quelques lignes autant d’injonctions et d’incitations à a détestation de soi en dehors d’un magazine féminin.

Pendant ce temps là, alors que les femmes apprennent consciencieusement leur leçon de body-shaming avant la plage, ces messieurs sont complimentés au sujet de leur ventre rebondi, symbole absolu de sex-appeal. Double standard quand tu nous tiens…

Edit : la blogueuse Egalimère en a également fait un billet à lire ici

La rédaction de M, le magazine du Monde a répondu sous son billet : la chronique était humoristique et pas sexiste et nous n'avons pas compris le ton "pince sans rire".  Scoop, l'humour peut être sexiste.