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mercredi 9 novembre 2011

Pourquoi je ne me réabonnerai pas à Technikart


Je suis abonnée à 2 magazines : le Nouvel Observateur et Technikart. Le premier, c’est le copain cultivé et bien élevé qu’on lit religieusement chaque semaine et qu’on présenterait volontiers à ses parents s’ils n’avaient pas viré à droite. Le deuxième c’est le pote branché et underground, qui met ses pieds sur la table et qu’on envie en secret pour son côté décalé et hype. On aimerait lui ressembler mais on sait qu’on a toujours un train de retard : pas assez trend-setter, trop conformiste.

Avec le Nouvel Observateur, notre histoire d’amour est au beau fixe, malgré son récent changement de maquette. Avec Technikart, c’est différent : j’ai vu notre idylle s’effilocher au fil des années et mon oeil admiratif se transformer en un regard blasé parfois même excédé. Est-ce lui ou moi qui avons changé ? Sans doute un peu des deux.


La ligue des pigistes extraordinaires


Progressivement, j’ai trouvé son ton moins avant-gardiste, parfois proche de l’auto-caricature tant certains sujets étaient capillotractés. J’ai même bondi en février dernier en découvrant l’article "La ligue des pigistes extraordinaires" dans lequel le journaliste affirmait sans ciller que 20 pigistes se partageaient les papiers de toutes les rédactions françaises. Avec, à la clé, des salaires mirobolants voire surnaturels (entre 3000 et 6000 € ).


Des chiffres peu en rapport avec la réalité comme nous le rappelle Misspress, journaliste et blogueuse "Quand on sait que la pige peut aller de à 0/15€ pour des publications papier à tirage moyen, 60 à 200 € la journée dans l’audiovisuel et jusque 150 € le feuillet (1500 signes) chez des magazines plus importants, il faut faire beaucoup BEAUCOUP de papiers pour être payés 6000 euros par mois".


L’article donne une vision totalement biaisée et inexacte de la profession ? Pas grave, du moment qu’il permet de défendre un angle original, auquel le journaliste se raccroche coûte que coûte. Peu importe s’il reflète la réalité ou non, le but c’est d’aller à contre-courant, à n’importe quel prix, quitte à être racoleur. Ironie du sort, les journalistes de Technikart sont peu, voire pas du tout payés, comme nous le précise Nicolas Chapelle, journaliste, dans les commentaires du blog de Misspress. On n’est plus à un grand écart idéologique près…


Les twittos sont-ils tous des haters ?


Désireuse de laisser sa chance au produit, je décide de poursuivre mon abonnement. C’est alors que je tombe sur cet article de Mélanie Mendelewitsch "Les Twittos sont-ils tous des haters ?" dans lequel les utilisateurs de Twitter sont réduits à une horde de pitbulls enragés qui clashent à tout-va juste pour le plaisir de racoler. Des frustrés qui jalouseraient en secret les journalistes et qui prendraient un malin plaisir à "entacher les VRAIS articles de la VRAIE presse". Des illustres inconnus aigris qui "vendraient leur mère en solde pour voir leurs écrits publiés" dans ledit 'torche-cul hype. Une vision bien binaire et simpliste du réseau social, à des années lumière de la patte avant-gardiste du magazine. Un discours digne du café du commerce ("Les réseaux sociaux c’est le mal") voire des pires tribunes d’Atlantico (voir à ce sujet l’article de Matthieu Creux, blogueur de droite "Twitter : sa secte, ses codes et son conformisme triomphant").


J’suis cocue mais contente


Ce mois-ci encore, je retrouve Mélanie Mendelewitsch dans Technikart (Décidément !). Dans une chronique engagée "J’suis cocue mais contente", elle dénonce la glorification d’Anne Sinclair femme bafouée. Soit. Le sujet ne devait sans doute pas être assez incisif ou vendeur puisque la journaliste juge bon de conclure en torpillant les féministes "L’affaire DSK met surtout au grand jour les limites d’un féminisme qui pinaille sur la féminisation des professions et des titres mais manque à l’appel dans les grandes occasions. Quand on nous idéalise le modèle d’épouse bafouée qui en redemande c’est silence radio, à de rares exceptions près (big up à toi Clémentine Autain). Trop occupée à déclarer à France Soir qu’ elle 'trouve Naguy irrésistible' Isabelle Alonso n’a visiblement pas jugé utile de se prononcer sur cette régression de la condition féminine.'

Voyons Mélanie, taper sur les féministes c’est terriblement mainstream, dire qu’elles se trompent de combat aussi, y a rien d’avant-gardiste là-dedans ! Si tu t’étais un peu mieux renseignée, tu aurais lu l’article d’Isabelle Germain "Anne Sinclair, retour de la femina dolorosa" dans lequel elle met à mal l’image de la femme sacrificielle véhiculée par Anne Sinclair. Elle précise d’ailleurs que Laurence Rossignol, vice-présidente PS du conseil régional de Picardie, s’est exprimée à ce sujet : "C'est un personnage des chansons d'Edith Piaf : 'Y'm'fout des coups, y'm'prend mes sous, mais c'est mon homme, je l'aime'."

Et puis, contrairement à toi, je trouve qu’on n’a jamais autant entendu parler du féminisme, que ce soit à travers l’affaire DSK ou grâce au buzz orchestré par l’association 'Osez le féminisme'. Sans parler du 'pacte pour l’égalité' au cœur de la présidentielle 2012. Réduire le mouvement à Isabelle Alonso c’est un peu simpliste non ?


Les blogueuses mode au placard ?


Décidément, ce numéro de septembre n’avait pas fini de me surprendre. Plus loin, dans une double page, le journaliste Nico Prat lance un pavé dans la mare en s’interrogeant : "Les blogueuses mode au placard ?". Dans un pamphlet enflammé, il sonne le glas de l’influence des blogueuses mode "jeunes et naïves ", "au cœur d’un big business", "figurines primales" qui "mangent des macarons en soupirant dans les fleurs". Oh, la belle accumulation de clichés !

On se demande ce qui gêne le plus le journaliste : que ce soit des femmes qui s’attirent les faveurs des marques ou le fait qu’elles arrivent à gagner de l’argent grâce à cette activité (qui n’est bien sûr pas l’apanage du sexe masculin). Car bien sûr, quand une femme fait du business elle est vénale, quand c’est un homme c’est un businessman ! On peut aussi s’interroger sur le sérieux des sources du journaliste ("tout le monde cite Pandora comme étant la grosse emmerdeuse du métier"), à moins que l’article ne soit le prétexte à un règlement de comptes ? C’est ce que confirme Pandora sur Twitter : "Nico Prat, qui fut un temps mon meilleur ami, avant que l’on se fache, il l'a apparement mal pris… " Quant à ses sources, "la personne qu'il cite, c'est une pote à lui". Beau travail journalistique…


Cher Technikart, voilà pourquoi après des années de fidélité, je jette l’éponge et ne renouvellerai pas mon abonnement. Comme tu as été une de mes premières amours, je ne me voyais pas te quitter sans une lettre circonstanciée. Mais l'âge bête ça passe à 10 ans, pas à 20 !


Suite à cet article, une des journalistes citée dans l'article m'a envoyé cette réponse sur Twitter :
"Tu réussis l'exploit de rentrer dans deux catégories: 1)les soit disant "féministes" qui ne supportent pas la critique 2) Les twittos blogueurs qui conchient un article mais passent leur soirée à le "décrypter" pour gratter quelques lecteurs
Et 3) Les fayots qui espèrent peut être se faire offrir un abonnement à l'Obs à force de léchage de cul. Bonne soirée"