> Comment j'ai failli devenir une héroïne de télé-réalité pour TF1

mardi 8 novembre 2011

Comment j'ai failli devenir une héroïne de télé-réalité pour TF1

La semaine dernière, j’ai reçu le mail d’une journaliste me disant être tombée sur mon blog dont elle trouvait le ton intéressant.

Elle m’explique qu’elle me contacte car elle travaille actuellement à la réalisation d’un documentaire sur les femmes au concept innovant : ce sont elles qui filment leur univers à la manière d’un blog vidéo, sans intervention extérieure.

Intriguée, j’appelle la journaliste, nous discutons du projet et lui fais part de mes réticences, à savoir la crainte que cela ne s’apparente à de la télé-réalité, voire à du « confessions intimes » (surtout que son mail se termine par tf1.fr). Elle propose donc de me rencontrer afin de me montrer le documentaire israelien dont la version française sera la déclinaison.

Le projet, au-delà de son aspect intimiste, m’enthousiasme car je me dis que j’aurai ainsi carte blanche pour montrer un portrait de femme au-delà des clichés et des paillettes. Je pourrais parler des sujets qui me tiennent à cœur et qui ne sont pas habituellement associés aux femmes d’aujourd’hui : internet, le féminisme, toutes les injonctions de perfection auxquelles elles sont soumises… Et puis je l’avoue sans gêne, ce projet flatte mon égo et mon nombrilisme ! Etre l’objet d’un documentaire autour de sa petite personne, cela n’arrive pas tous les jours !

Je reçois donc la journaliste qui me montre le trailer de l’émission israelienne : très court, il est aussi très efficace dans l’émotion et donne envie d’en savoir plus. Ce qui me rassure c’est que les 5 participantes n’ont rien d’une Loana : il y a parmi elles une bloggeuse, un écrivain, une journaliste. Ce qu’elles y montrent est très intime : on y voit leur conjoint, leur mère, leurs enfants, des disputes, des baisers, des pleurs, des questionnements. C’est violent, trash mais je me dis qu’après tout, je ne suis pas obligée de céder au pathos ou de jeter en pâture ma famille. Nous discutons ensuite de mon parcours sentimental et professionnel, de mes enfants et de mon mari et de l’histoire de ma famille. Comme la journaliste est très sympathique et qu’elle croit à son projet, je me confie et livre des détails assez intimes. Comme toujours dans ces cas-là et quand j’ai peu de temps, j’ai plutôt tendance à noircir le tableau : travailler à la maison c’est difficile et pas valorisant, mes enfants m’épuisent et sont ingérables, quant à mon mari, même s’il m’aide beaucoup, il laisse toujours traîner ses chaussettes. Je parle bien sûr des sujets qui me tiennent à cœur : le féminisme, la place des femmes sur le web, les contradictions qui peuplent mon univers. Cependant, tout au long de la conversation, je vois se dessiner à mon corps défendant, le portrait-robot en filigrane de la femme que je ne suis pas : une mère indigne, un peu larguée, qui passe 10H par jour devant son écran pour essayer sans trop de succès de vivre de sa plume et qui engueule son mari le soir parce qu’il ne comprend pas toujours ses difficultés. En discutant avec la journaliste, je comprends également qu’il va falloir que j’offre à la caméra bien plus que mon univers ou mes petits questionnements : je dois fournir à la production chaque jour 1H de film pendant 1 mois et demi. Ce qui sous-entend de laisser tourner la caméra en présence de mon mari, de mes enfants de mes amis, quitte à la poser pour que ça soit plus naturel. Jusqu’à l’oublier, ce qui est finalement le but de la manœuvre. Que retiendra la production de ces heures de pellicule ? Sans doute les événements les plus marquants : les disputes, les pleurs, les cris, les réconciliations, ce qui est bien légitime puisque les gens heureux n’ont pas d’histoire. Bien sûr ma participation au documentaire sera rémunérée mais je n’en saurai pas plus à ce sujet (« ça ne sera pas 200 € mais pas 20000€ non plus »). Je n’ai pas essayé de creuser davantage. La journaliste me propose alors de faire un essai en me laissant la caméra 2 jours, ce que j’accepte volontiers.

Le test a été révélateur : j’ai regardé la caméra du coin de l’œil toute l’après-midi sans réussir à l’ouvrir, paralysée et angoissée à la fois. J’ai revu le trailer à tête reposée et ce que j’y ai vu, une fois passé le coup de boost à l’ego, m’a terrifiée. En dépit de ce que tentait de m’expliquer la journaliste on était dans la télé-réalité de plain pied. Certes, les participantes avaient plus de jugeote que Loana mais au final le résultat était le même : des vies jetées en pâture dans toutes leurs failles et leur faiblesse. Une recherche sur le net a confirmé mon sentiment : c’était bien Alexia Laroche-Joubert qui était derrière tout cela.

J’ai appelé la journaliste en lui faisant part de ma décision de ne pas aller plus loin. Elle était très déçue et a fait appeler par la suite la rédactrice en chef de l’émission pour me persuader du contraire, sans succès. Je pense donc que la production a du mal à trouver des participantes, ce qui est finalement plutôt rassurant. J’avoue me sentir un peu coupable par rapport à la journaliste, charmante et réellement investie par son projet, mais je préfère me désister maintenant plutôt que de craquer en cours de route.

En lui rendant la caméra ce matin, j’avais le sentiment de lui rendre une boîte de Pandore trop lourde à porter…je crois que je l'ai échappé belle...