> Faut-il avoir peur du nouveau Facebook?

mardi 27 septembre 2011

Faut-il avoir peur du nouveau Facebook?



Ces derniers jours, c’est l’effervescence parmi mes amis Facebook et le message suivant passe fébrilement de mur en mur "Suite aux nouveaux changements FB, rendez-moi service SVP: passez la souris sur mon nom, attendez de voir la petite fenêtre s'afficher, passez la souris sur le bouton "abonnée" et décochez "commentaires et mentions j'aime".Copiez ceci sur votre statut si vous ne voulez pas que le moindre de vos mouvements soit visible pour tous dans le menu déroulant télex à deux balles à droite. Merci à celles et ceux qui le feront".

La raison de cette agitation ? Les changements opérés par le réseau social sur les profils de ses utilisateurs.
J’avoue que, jusqu’alors, je n’ai jamais vraiment compris les gens qui opposaient un refus farouche à Facebook au motif du respect de leur vie privée. Il suffit de bien paramétrer ses critères de confidentialité et bien sûr de ne pas raconter ou poster des choses compromettantes pour soi mais aussi pour ses amis. Ce qui est d’ailleurs paradoxal, c’est que ces flamboyants défenseurs de la vie privée sont souvent les premiers à placarder des photos de leurs gosses dans leur bureau, cherchez l’erreur !

Pour ma part, j’ai toujours essayé de démêler le faux du vrai, en évitant de jeter le bébé avec l’eau du bain : Facebook n’est pas le mal incarné et les articles qui le diabolisent et le rendent coupable de toutes les addictions et de tous les méfaits m’exaspèrent. Lassée de lire les mêmes rengaines, j’avais à ce propos rédigé cet article au sujet des rumeurs sur Facebook.
Néanmoins, les derniers changements annoncés, et pour certains déjà opérés, par Mark Zuckerberg me rendent pour la première fois perplexe.

La Timeline
"Timeline est la prochaine étape importante pour vous aider à raconter l'histoire de votre vie » a annoncé lyriquement Mark Zuckerberg lors de la conférence annuelle de l’entreprise, le f8. La « Timeline » (ou « journal » en français) est le changement le plus significatif de ce nouveau Facebook et viendra remplacer le traditionnel « mur ». Conçu comme un album photo interactif couplé à un journal intime nouvelle génération, cet outil regroupera l’ensemble des informations saisies par un utilisateur depuis son inscription, années par années, du plus ancien au plus récent. Il pourra même remonter à l’année de sa naissance, constituant pour le membre un véritable « CV » , « chemin de vie », au sens premier du terme. On pourra y faire figurer un nombre incalculable d’informations personnelles, de la date de sa première dent à l’obtention de son permis de conduire, de sa fracture du poignet jusqu’à la date de son divorce. Autant d’informations ciblées données sans s’en rendre compte et qui constituent une manne pour les annonceurs. La Timeline sera gérée par un algorithme qui, au fil du temps, décidera de mettre en avant certaines informations ou d’en masquer d’autres. L’utilisateur pourra reprendre la main sur l’affichage mais encore faut-il qu’il sache comment faire et qu’il ait le temps de s’y pencher !

Le Telex

Cette nouveauté, dont le but implicite est de contrer Twitter, est déjà implémentée sur le site. Ce fil d’actualité permet de suivre l’activité des autres membres en temps réel. La différence cruciale est qu’il n’y a plus besoin de cliquer sur le bouton « j’aime » pour en générer l’affichage ! C’est ce qu’appelle poétiquement Mark Zuckerberg le « partage sans friction ! ». Ainsi, tous vos amis verront en temps réel que vous avez consulté tel article sur « Le Monde » écouté tel morceau sur Deezer…ou regardé telle vidéo coquine sur Dailymotion !

Le but des ces changements est triple :

- Pousser l’internaute à passer le plus de temps possible sur le site sans en sortir et donc de l’exposer davantage aux publicités des annonceurs

- Inciter les membres à être plus actifs et à partager des contenus sur des sites partenaires

- Collecter une somme d’informations ciblées (des « patterns », schémas comportementaux très utiles pour les annonceurs)

Au-delà de l’aspect graphique certes plus appétant, on peut se demander si ces changements sont réellement « user-centric » et s’ils servent réellement l’utilisateur ?

Dans la blogosphère, l’inquiétude gronde. Dave Winer, dans un article au titre éloquent « Facebook is scaring me », associe les nouvelles fonctionnalités de Facebook au comportement d’un logiciel malveillant qui épierait les faits et gestes des utilisateurs. « Cette fois ils font quelque chose d’effrayant, qui ressemble à un virus. Ce genre de comportement mérite un nom péjoratif, comme le phishing, le spam ou de la cyber-filature. ».

L’Australien Nik Curbrilovic va plus loin en accusant Facebook de continuer à suivre les activités en ligne de ses utilisateurs même deconnectés : «Chaque fois que je visite un site avec un bouton like, de partage, ou tout autre widget, l'information, y compris le numéro de mon compte, est envoyée à Facebook, même quand je ne suis plus loggé. La seule solution est d'effacer tous les cookies Facebook», La firme a immédiatement réagi en invoquant des raisons de sécurité et en affirmant qu’elle «n'utilise pas les cookies des plugins sociaux pour vendre de la publicité ou des informations à des partenaires» mais simplement pour «personnaliser» ses services ».

Des informations qui risquent de mettre à mal la confiance des membres à l’égard du réseau social. Une défiance qui pourrait même être un frein à l’expansion des nouveaux profils : qui aurait envie de « nourrir » l’ogre Facebook sans savoir ce qu’il va advenir de toutes ces données ?

Vendre son âme, est-ce le prix à payer pour un réseau social gratuit ? C’est que nous semble dire la lumineuse phrase de blue_beetle postée sur un forum et désormais célèbre « Si vous ne payez pas, vous n’êtes pas le consommateur, vous êtes le produit en train d’être vendu. »