> Airbag maternel

mercredi 28 septembre 2011

Airbag maternel





Il y a des moments dans la vie d’une mère au cours desquels, comme dans un dessiné animé de Tex Avery, on sent son cœur se fendiller et exploser en 1000 morceaux d’un son cristallin sur le sol.

La première fois, c’était lors de la première année de maternelle de mon fils. J’avais remarqué que la maîtresse avait distribué à plusieurs reprises des invitations à des anniversaires auxquels il n’était pas convié. Au début, mon fils attendait, se disant qu’on l’avait oublié, espérant qu’il recevrait le sésame magique le lendemain. Puis rapidement, il a réalisé que non, ça ne serait pas pour cette fois… Pour le rassurer je lui disais que les parents ne pouvaient pas inviter tout le monde mais j’avais le droit à des percutants « oui mais moi je l’avais invité à mon anniversaire ! » et «mais pourquoi alors il invite untel qui lui a collé un coup de poing dans la cour ? ». La scène s’est reproduite 3 fois en une année : à chaque fois j’essayais de dédramatiser, d’expliquer mais comment rationnaliser le fait qu’on n’est pas toujours le bienvenu quand on a soi-même une peur irrationnelle de l’exclusion, quand on souffre de ne jamais se sentir à la bonne place ? Secrètement, je rêvais d’aller voir les parents et leurs enfants, mon fils sous le bras, pour leur expliquer à quel point il était formidable et qu’il ne méritait pas cela, qu’un enfant en plus ça à un anniversaire ne changerait rien…j’imagine le ridicule de la scène et les conséquences qu’une telle scène aurait eu sur l’estime de soi de mon fils ! Etrangement, il a été très régulièrement invité les 2 années suivantes sans que je puisse vraiment m’expliquer pourquoi.


Ce même pincement au cœur je l’ai ressenti hier quand il m’a avoué d’un air attristé que sa copine « la grande de CM1 » lui disait des gros mots. En creusant un peu plus il m’a lâché que dès qu’il lui proposait de jouer avec elle, elle lui assenait des « casse toi, ta mère », lui interdisant même de jouer avec ses propres copains. Le plus injuste c’est qu’il n’y a pas d’explication logique, mon fils n’ayant rien fait de particulier. Ma première réaction a été de lui demander de me montrer la petite fille en question à la sortie de l’école, j’irai lui parler pour essayer de comprendre. Puis mes quelques souvenirs de Dolto m’ont rattrapée et je me suis dit, à juste titre, que ce n’était pas une bonne idée. On a parlé, longuement et j’ai vu qu’il était un peu plus apaisé et rassuré.

Ces 2 anecdotes m’ont laissée imaginer ce que je risquais de ressentir quand, adolescent, il connaîtrait les affres de la rupture, la douleur de l’amour à sens unique, les illusions brisées. Pourtant, comme un caporal qui connait déjà l’issue fatale de la bataille, je le laisserai partir, le cœur en bandoulière, affronter le pire combat qui soit. J’aimerais tellement traverser la vie à ses côtés, encaissant pour lui les mauvais coups, pleurant à sa place, sa main chaude et moite dans la mienne. On se consolerait avec des ours en chocolat ou des sorties improvisées au ciné, on ferait des batailles de polochons et on s’endormirait épuisés mais sereins. Mais grandir c’est se séparer, même si celui qui a plus de mal à couper le cordon n'est pas toujours celui qu'on croit.

Alors, la tête froide, je tenterai de rationaliser et me répèterai comme un mantra que ce dont mon fils a besoin pour être heureux ce sont « des racines et des ailes »
Doucement, je libèrerai mon étreinte, détacherai mes bras et regarderai sa silhouette gracile s’éloigner…