> Interview fromage et féminisme : Dominique Guégan-Bochel

samedi 15 octobre 2016

Interview fromage et féminisme : Dominique Guégan-Bochel



 
Parce que les féministes ont de l’humour.
Parce que militantisme et fromage ne sont pas incompatibles.
Parce qu’il n’y a pas un féminisme mais des féministes.

J’ai crée cette série d’interviews décalées « Fromage et féminisme » #FF.

Aujourd’hui c’est Dominique Guégan-Bochel qui répond à mes questions.

NB : Cette série d'interviews a été menée en octobre 2015 (désolée, j'ai vraiment du retard dans la mise en ligne!)

Merci à Dominique pour cette interview!

Tu es féministe, tu aimes le fromage et tu souhaites être interviewée ? (tu as le droit de répondre même si tu le détestes, le fromage, pas le féminisme). Ecris-moi un petit mail à sophiegourion(at)hotmail.fr et je t’enverrai les questions !


Bonjour, peux-tu te présenter en quelques mots : es-tu plutôt coulante comme un brie de Melun ou forte comme un Munster ?

Dure comme l'emmental, mais avec beaucoup de trous partout.

D’après toi, le féminisme on en fait tout un fromage ?

Certains nous en chient des camemberts, alors qu'ils feraient mieux de voir la bûche (de chèvre) qui est dans leur œil plutôt que le brin (d'amour) qui est dans le nôtre.

La dernière actualité (pub sexiste, bad buzz, déclaration de people…) qui sent le roquefort ?

La dernière ? Si seulement ! Il y a les involontaires, comme la pub de France 3 pour la parité qui était justement sexiste, il y a les "oups, pardon, c'est de l'humour" comme le nouveau Bercy (Accord Arena Hôtel) et ses femmes "à nos pieds" qui est retirée suite au bad buzz mais a fait son petit effet et il y a les "j'assume et je vous emmerde" et pour cela on peut, par exemple, remettre le prix du jury à la marque CUISINELLA HAHA chez qui je suis sûre, mais alors sûre de chez sûr de ne JAMAIS acheter une cuisine. Vous avez ensuite tous les petits wanna-be qui cherchent à se faire remarquer, les petits crottins du sexisme que vous pouvez retrouver régulièrement exposés ici.

Comment couper le fromage de façon féministe (et donc égalitaire) ?

En deux. Mais vraiment en deux. Pas le talon et la croûte pour les unes, et le cœur de meule pour les autres. Pas question par exemple de ne garder que les têtes de listes pour ces messieurs et les fonds de listes pour ces dames et venir ensuite prétendre être "paritaire". L'égalité c'est lorsque les parts sont identiques en taille, certes, mais aussi en goût et qualité. Or pour l'instant, il semblerait que nous ayons surtout les trous et eux le fromage.

Ton plateau de fromage idéal ? Avec qui aimerais-tu le partager ?

Avec les hommes, tout simplement. Mon plateau de fromage idéal c'est celui qui contente tout le monde, pas celui qu'on garde pour en soi en craignant, en plus, de se le faire piquer ou qu'on met de côté sans finalement y toucher.
Les bonnes choses sont faites pour être partagées et appréciées pas pour pourrir au fond d'un coffre fort.

Le one pot pasta a crée la polémique : et toi, c’est quoi ta recette de la honte avec du fromage ?

Des coquillettes, de l'emmental, du beurre salé, une cuillère et j'ai 4 ans.

Comme moi, tu fais partie de la team #veilletwitta : qu’est ce qui te fait sentir parfois comme une vieille croûte, sur Twitter ou ailleurs ?

J'ai connu les premières classes dans le métro, j'ai tourné des bandes avec des bics (comprendront ceux qui savent). Voilà. Ça me semble assez clair comme cela. Ce qui me fait surtout sentir un peu le moisi du bleu d'auvergne, c'est l'importance en terme de place qu'occupe aujourd'hui la crétinerie. Challenges débiles, émissions débiles, animateurs débiles, commentaires débiles, prises de position débiles, on zappe de stupidités en débilités, finalement heureusement que Dieu est mort, car l'internet l'a bien remplacé et par moment, oui, je me trouve tellement vieille que j'aspire au Sud de Nino Ferrer.

Pour toi le féminisme c’est plutôt à -0% de matière grasse comme le Bridelight ou à plus de 35% comme le Brillat Savarin?

C'est surtout du calcium pour grandir, de la matière grise pour le cerveau, de la vache pour le coup de sabot et de la chèvre pour l'entêtement, de l'acidité pour réveiller les sens et du sucre pour faire passer le tout.

Es-tu favorable à une AOC pour le féminisme ?

Sûrement pas, mettre un label sur le féminisme c'est déjà l'enfermer, il n'y a pas un féminisme, mais des féminismes et tous ont leur place. Je refuse les étiquettes, les contrefaçons mourront toutes seules. On doit laisser tous les talents, mais aussi les manières de penser y compris parfois contradictoires s'exprimer. La contradiction apporte le débat, la différence apporte la tolérance et le tout amènera le progrès. L'intolérance dont font parfois preuve les féministes entre-elles est à mon sens la meilleure façon de ses tirer une balle dans le pied. Regardez, messieurs, pas d'inquiétude pour vos larges privilèges, nous sommes occupées à nous battre entre nous, on s'occupera de vous plus tard.

Si on devait remplacer « Belle des champs » par une femme que tu admires, qui serait-elle ?

Tamara de Lempicka, ma peintre préférée entre toutes. Son talent, son ambiguïté, son féminisme avant-gardiste, sa modernité, son intelligence, sa beauté, son arrogance aussi et l'œuvre magistrale qu'elle nous a laissée en héritage en même temps que sa luminosité et son audace. Un exemple à suivre, une inspiration quotidienne.