> Apple et Facebook : pourquoi je suis favorable à la congélation des ovocytes

jeudi 16 octobre 2014

Apple et Facebook : pourquoi je suis favorable à la congélation des ovocytes



Pour la première fois, Facebook et Apple ont proposé à leurs salariés la prise en charge des frais de congélation d’ovocytes sans qu’il y ait de justification médicale.

Apple mettra en place cette mesure dès janvier alors que Facebook l’a déjà appliquée : la couverture médicale privée du réseau social prend ainsi déjà en charge les frais liés la démarche jusqu'à 20.000 dollars.

Les réactions à ce sujet n’ont pas tardé à fleurir : j’ai ainsi lu avec beaucoup d’intérêt l’article de Nadia Daam chez Slate, dont j’apprécie toujours le ton et la pertinence. Toutefois, pour une fois, je ne partage pas totalement son analyse.

Premier point de divergence : le sexisme de la Silicon Valley. Bien entendu, je rejoins Nadia Daam quand elle pointe la misogynie qui sévit dans le domaine des nouvelles technologies. Pour autant, je ne vois pas en quoi le fait de proposer aux couples la prise en charge de la congélation d’ovocytes aggraverait le sexisme de la Silicon Valley. Je trouve au contraire que cette décision permettrait aux femmes de ne plus être perpétuellement rappelées à leur horloge biologique. Et de ne plus être tiraillées entre la nécessité de procréer sans tarder et de faire carrière.

Car sur ce point, il existe une différente biologique flagrante entre hommes et femmes dont j’ai pu discuter il y a quelques mois avec le Dr Belaisch-Allart, chef du service de gynécologie-obstétrique de l'hôpital de Sèvres.

Alors que la fertilité des hommes commence à décliner à partir de 45 ans, elle décroit beaucoup plus tôt chez les femmes : A 25 ans, une femme a 25% de chances de devenir enceinte à chaque cycle, alors que cette probabilité tombe à 6% à 40 ans. L’âge le plus favorable pour être enceinte coïnciderait donc avec la période au cours de laquelle les femmes seraient les plus à même de faire carrière. Un cruel dilemme que les hommes n’auront jamais à affronter, sexisme dans la Silicon Valley ou pas. Et qu’on ne peut pas mettre de côté.

Nadia Daam souligne également le fait que le projet ne concerne que les femmes, la congélation du sperme n’étant pas incluse dans le package. Outre le fait que toute procréation médicalement assistée concerne le couple tout entier, il est nécessaire de préciser que la prise en charge par la couverture privée couvre aussi d’autres traitements liés à l’infertilité. En incluant également les frais liés à la recherche d’un donneur de sperme et à l’adoption.  Il faut aussi noter que la congélation du sperme est beaucoup plus répandue et moins coûteuse que celle des ovocytes.

Cette décision n’est d’ailleurs pas un élément isolé et s’inscrit dans une démarche plus globale vers davantage d’égalité de la part des 2 sociétés. Pour Apple cette initiative n’est pas destinée à encourager les salariés à privilégier leur activité professionnelle au détriment de leur vie personnelle : « « Nous continuons d’étendre nos avantages pour les femmes, avec une nouvelle politique de congé maternité prolongé, en même temps que la congélation et le stockage des ovocytes » a précisé un porte-parole d’Apple.

Pour moi, il est évident que la prise en charge de la congélation des ovocytes ne règlera pas la différence des salaires, le plafond de verre ou la discrimination à l’embauche. Il ne s’agit nullement d’une baguette magique qui effacera instantanément toutes les inégalités. Il s’agit simplement d’une mesure comme une autre pour donner davantage de choix aux femmes. Bien entendu, elle devra faire partie d’un plan plus global pour aspirer à davantage d’égalité mais elle n’est pas incompatible avec d’autres problématiques. En tout cas, on ne doit pas les opposer. C’est d’ailleurs en général une rhétorique chère aux antiféministes dans laquelle il ne faut pas tomber : dire que la question de la féminisation des fonctions n’est pas importante par exemple car elle ne règlera pas le problème des femmes violées, ô combien plus cruciale. Un combat n’en exclut aucun autre, pas plus qu’il ne les annule.

Autre point de divergence avec l’article : le contrôle des naissances et du corps des femmes par l’employeur : « il y a bien ici une insupportable intrusion dans la sexualité et le corps des femmes. C'est décider à leur place quand leur corps portera un enfant, quand une femme sera jugée «apte» à se reproduire. ». L’employeur n’aura bien évidemment pas son mot à dire sur le sujet : l’idée n’est pas ici de forcer quiconque à congeler ses ovocytes pas plus de décider quand sera le bon moment pour enfanter.

Le principe est juste de permettre à celles qui souhaitent congeler leurs ovocytes ou adopter de le faire sans être limitées par des questions pécuniaires grâce à une prise en charge de leur couverture santé.  Malheureusement, l’intrusion dans la sexualité et le corps des femmes n’a pas attendu cette initiative pour exister. Quand on demande à une femme lors d’un entretien si elle a des enfants ou si elle compte en avoir on est déjà dans cette problématique.

Pour autant, même si je juge l'accès à la vitrifaction des ovocytes comme un progrès, je suis convaincue qu'il est nécessaire de ne pas l'envisager comme une simple formalité.

Je rejoins d'ailleurs le Dr Belaisch-Allart, interviewée par le Figaro, qui proposait d’encadrer cette pratique en France : « Il faudrait qu’il n’y ait pas de prélèvement avant 30 ans, car avant la jeune femme peut encore trouver l’amour, ou changer d’avis. Elle ne doit pas s’engager dans cette procédure si cela n’est pas utile. Le prélèvement ne doit pas être fait après 39 ans car les ovocytes ne sont plus viables. Enfin, il faut une récupération à 45 ans maximum. ».

 Et même si « les œufs congelés donnent les mêmes résultats que des œufs frais, dans le meilleur des cas, le taux de naissance est de 62 % », affirme-le professeur Frydman. Si une loi permet un jour l'autoconservation en France, il faudra donc, selon lui, qu'elle « s'accompagne d'une grande campagne d'information sur l'infertilité »

Un chantier aussi vaste que la lutte contre les inégalités hommes-femmes… et qui va bien au-delà de l’ajout d’une ligne dans un package d’assurance santé…


25 commentaires:

  1. C'est rare, mais pour une fois, je ne suis pas du tout d'accord avec toi.
    Outre les points abordés par Nadia Daam chez Slate, dont je rejoins l'analyse, je rajouterais que cette proposition ne fait que repousser le problème !
    Ce ne sont pas les x mois d'arrêt lors d'une grossesse qui posent problème à l'employeur, c'est surtout le fait qu'une fois une femme devenue mère on considère qu'elle ne sera plus aussi impliqué dans son métier qu'avant ! Alors qu'un homme qui devient père, on n'envisage pas un instant qu'il va prendre des jours pour garder son enfant malade, partir plus tôt chercher son fils à l'école...
    Ce problème se posera toujours, que ce soit à 30 ou à 40 ans.
    Au lieu de repousser le problème, il serait bon d'impliquer les hommes plus les hommes et d'essayer de faire changer les mentalités.
    Charlotte

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    1. Pour moi ce sont 2 problématiques différentes et qui ne s'opposent pas. Ici on donne juste le choix aux femmes de choisir quand elles souhaitent tomber enceintes. Evidemment, ça ne résoudra pas la sur-implication des mères dans l'éducation ou le fait que ce sont systématiquement elles qui prennent des jours d'enfants malades ou partent plus tôt. On ne dit pas que la congélation repoussera ce problème là, on dit juste qu'on leur permet de faire carrière d'abord et des enfants plus tard (sans forcer personne hein, il s'agit juste d'une ligne en plus dans une assurance santé privée).

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    2. J'ai supprimé mon commentaire dans lequel il y avait une faute de frappe pour le reposter mais du coup ça a supprimé d'autres commentaires qui y répondaient désolée!

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  2. Je suis tout à fait d'accord. Mais pour que cela arrive un jour, il faut du temps, les mentalités ne se changent pas rapidement. Donc pour l'instant, pour qu'une femme puisse tout avoir, elle doit malheureusement décider de décaler son désir d'enfant si elle souhaite faire carrière. Bien sûr ça ne me réjouit pas et je souhaiterais que ça ne soit pas le cas mais il faut être réaliste. De toutes façons,de plus en plus de femmes en France ont recours à la congelation d'ovocytes pour des raisons de convenance. Celles qui ont les moyens partent en Espagne. Ca donne une médecine à 2 vitesses et il faudra bien un jour se poser cette question.

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    1. Je rejoins l'analyse de Nadia Daam également et suis étonnée de ta position sur le sujet.
      Il me semble comme Charlotte que le système existant plein d'inégalités et d'a priori (carrière ou enfants) est "validé" par cette proposition et qu'en plus d'être une intrusion supplémentaire dans la sphère privée, elle présente des risques de dérives gigantesques : qu'est ce qui empêchera notamment les supérieurs d'aborder directement la possibilité remboursée de retarder une grossesse quand ils ne se gênent pas pour soulever le sujet actuellement ?
      Quant au recours potentiellement généralisé à la PMA pour des raisons de convenance, elle me fait tout simplement froid dans le dos.
      Gaëlle

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  3. Tout comme "anonyme" j'avoue que je suis très dubitative sur cette proposition. Pour l'idéal de société qu'elle implique. Sans parler de tous les arguments qui ont été avancés jusqu'ici, est-cela l'avenir ? Une société où travailler et avoir une vie familiale est définitivement incompatible. Quid des femmes qui souhaiteront malgré tout avoir des enfants plus jeunes ? Parce que c'est aussi cela qui n'est pas dit dans cette proposition, en admettant que cette pratique se généralise, il faudra choisir et que si une femme ne fait pas ce choix, si elle ne priorise pas une option plutôt qu'une autre, elle n'aura qu'à s'en prendre à elle-même. Ce sera SA faute. En résumé, plutôt que de faire évoluer la société dans le bon sens, je trouve que cette mesure ne fait qu'accentuer l'idée que l'enfant, c'est d'abord l'affaire de la femme, qu'elle ne peut concilier carrière et maternité, et que l'homme n'a évidemment pas à s'impliquer davantage.

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  4. Notre société actuelle est inégalitaire : à cause du patriarcat qui entraîne différence de salaire, plafond de verre et discriminations. Mais aussi à cause d'une différence biologique : les femmes sont limitées dans le temps pour faire des enfants, contrairement aux hommes. Pour elles, la meilleure fenêtre pour concevoir coincide avec le moment où elles sont censées faire carrière. Certaines repoussent donc le moment de faire un enfant puis se tournent vers la médecine à 40 ans car cela ne marche pas naturellement. On dit quoi à ces femmes? D'attendre le jour où la société sera égalitaire, quand faire un enfant ne sera pas incompatible avec une carrière?Tu dis que le remboursement de la congélation des ovocytes culpabilisera les femmes qui n'auront pas fait ce choix : or, les femmes qui ont privilégié leur carrière sont déjà actuellement culpabilisées par les médecins "Ah ben fallait vous y mettre avant Madame!".Tout comme celles qui tombent enceintes trop jeunes "Fallait faire attention, c'est pas raisonnable". Pour moi la congélation des ovocytes est une façon de lutter contre cette satanée horloge biologique qui peut parfois amener à faire de mauvais choix de vie. Pas uniquement parce qu'on a envie de faire de carrière, aussi parce qu'on n'a pas rencontré la bonne personne et qu'on a envie de prendre son temps. Des femmes y ont déjà recours, celles qui ont les moyens (comme le don d'ovocytes, de nombreuses françaises partent à l'étranger pour y avoir recours) : ça crée donc une médecine à 2 vitesses, ce qui n'est pas mieux. Je le prends, de mon point de vue, comme une vraie prise de pouvoir sur le temps.

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    1. Je partage l'opinion de Dom et d'Anonyme : j'ai l'impression que sous couvert de laisser plus de temps aux femmes pour devenir mères, elles signifient en réalité aux femmes qui décideraient d'avoir des enfants avant 30 ans qu'il est impossible d'être mère et bonne employée et qu'elles peuvent bien attendre quelques années (je rejoins donc l'avis de Nadia Daam quand elle dit qu'il s'agit là d'une intrusion dans la vie privée). Je suis d'accord avec vous pour dire que les femmes qui repoussent la maternité sont culpabilisées par les médecins ou la société mais avec ce type de mesures, il me semble que celles qui décident d'avoir des enfants avant 30 seront encore plus culpabilisées par leur employeur ou leurs collègues.
      Il existe, c'est sûr, une différence biologique entre la femme et l'homme quant à l'âge où il est possible d'avoir des enfants mais cette mesure me semble plutôt renvoyer le message suivant : les hommes peuvent avoir des enfants jusqu'à 45 ans (grosso modo), appliquons le même seuil pour les femmes grâce à un dispositif scientifique plutôt que de tenir compte des spécificités biologiques féminines en mettant à leur disposition des mécanismes sociaux (plus de crèches, de solutions de garde, de congés parentaux incitant autant les pères que les mères à rester à la maison pour s'occuper des enfants).
      Personnellement, je veux avoir des enfants assez tard, je devrais donc approuver ce type de mesures, mais elles me mettent en réalité mal à l'aise : je crains fort que les femmes soient implicitement encouragées par leur employeur à repousser l'âge de la maternité sans que les entreprises ou le législateur ne mettent en place des dispositifs permettant de combiner plus aisément emploi et parentalité, quel que soit l'âge.

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  5. Je n'ai pas lu l'article de Slate, juste le tiens et...ça me parle. Bien sûr, il faudra être vigilant car c'est peut-être une porte ouverte à tous les abus, mais personnellement je serais bien heureuse qu'on me propose une solution pareille...J'ai 34 ans et j'aimerais bien faire autre chose que des bébés pour le moment, si c'était possible. Mais non, je DOIS être prête malgré moi, parce que je serai bientôt toute périmée de l'intérieur. La nature se fout du féminisme et du reste.

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    1. L'article de Slate est très bien, même si je ne partage pas entièrement l'analyse de l'auteure, il faut le lire! Moi honnêtement, si ça avait existé à mon époque, je pense que j'y aurais eu recours. Pas forcément pour me tuer au travail mais surtout pour avoir une certaine tranquillité d'esprit et pouvoir profiter de la vie sans culpabiliser. Car l'horloge biologique m'a bien pourri la vie je dois dire.

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  6. Pour moi, la congélation des ovocytes est presqu'un acte d'empowerment. On reprend le contrôle de sa vie et de sa procréation en se laissant plus de temps. J'ai 30 ans et je préfère me donner à fond pour le boulot pour l'instant sans penser aux couches-culottes et aux modes de garde. Si je pouvais, je ferais congeler mes ovocytes (et tant mieux si la mutuelle de ma boite m'offrait la possibilité de le prendre en charge). Facebook et Apple n'obligent personne à le faire que je sache.

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  7. Je n'ai rien contre la congélation d'ovocyte, j'ai contre le fait que ce soit d'une part l'entreprise (facebook, Google ou tartempions ent) qui le proposent, et même si je suis d'accord avec toi sur certains points (comme le fait qu'on ne peut dire aux femmes d'attendre que la société soit égalitaire (autant leur proposer d'attendre que la marmotte sache plier le chocolat dans le papier d'alu) Je crains que cette possibilité qui ne soit pour l'instant "qu'offerte" ne devienne à terme une obligation. Je crains ce qu'elle implique d'une société de demain. Et le fait qu'en plus, il n'y ait pas de raison pour les unes mais aussi pour les uns de se battre pour une société plus paritaire sur le domaine de l'enfantement et de la responsabilité partagée, puisque désormais la solution existera. Suis peut être pas très claire, mais bon, tu me connais !

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    1. Non au contraire, tu es très claire et je te rejoins sur le dernier point : certains risquent d'affirmer que puisque l'égalité biologique homme/femme est atteinte, pas besoin de se battre pour l'égalité ailleurs!

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  8. Une question simple:est ce évident de considérer ce type de recours technique comme "normal" en dehors d'une indication médicale première?

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  9. Non il n'y a rien d'"évident", c'est une question qui n'est pas simple. 2 choses cependant : la congélation des ovocytes par convenance est autorisée aux Etats-Unis, au Canada, en Italie, en Espagne, en Angleterre et en Belgique, preuve que tous les pays ne sont pas au même stade de réflexion. Et en France, les hommes qui ont eu recours à une vasectomie ont le droit à une auto-conservation dite "de convenance". Pourquoi les femmes n'y auraient-elles pas droit également?

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    1. Ayant eu à gérer en réanimation des complications graves de l'hyperstimulation ovarienne en "pma traditionnelle" je sais que quasiment aucune femme et entourage n'était clairement consciente de prendre un risque faible mais grave,aux usa le cadre contractuel sera strict avec des dossiers de centaines de pages illusoire ici ,je continuerais de regarder d'un sale oeil mes chers confrères qui me semblent sortir du cadre éthique de la médécine hippocratique:ne faire prendre aucun risque en dehors d'un cadre curatif le justifiant

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    2. D'où ma conclusion sur la nécessité de faire de l'information à grande échelle sur le sujet. Malheureusement, beaucoup de média se contentent de faire du sensationnalisme sur le sujet de la PMA ou de la fertilité plutôt que d'informer réellement les femmes.

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  10. Bonjour,

    Je suis quand même étonnée de voir que personne n'évoque le processus de prélèvement des ovocytes, qui est loin d'être anodin. Cela nécessite une stimulation ovarienne via des piqures quotidiennes plusieurs semaines avant le prélèvement pour stimuler la maturation des ovocytes. Cela est assez inconfortable et non dénué d'effets secondaires. Le prélèvement lui-même à lui au cours d'une hospitalisation d'une journée. Ce n'est pas un hasard si le don d'ovocytes manque de donneuses.
    De plus, comme indiqué plus haut, "dans le meilleur des cas, le taux de naissance est de 62 %", le meilleurs des cas = femme jeune, en excellente santé, etc.... La plupart du temps, on est bien en deçà. De plus, ce n'est pas uniquement la disponibilité et la "jeunesse" des ovocytes qui entre en jeu dans la réussite d'une grossesse. L'âge de la mère, que cela nous plaise ou non, est un facteur essentiel. Et les risque pour sa santé augmentent aussi considérablement avec l'âge.

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    1. Bonjour, en effet, vous faites bien de le préciser, le prélèvement d'ovocyte n'a rien d'une partie de plaisir. Concernant les risques d'une grossesse tardive, les risques de mortalité maternelle, diabète et hypertension sont plus élevés avec l'âge mais ce sont aussi des grossesses qui sont mieux suivies (cf mon article pour l'Express Styles à ce sujet : http://www.lexpress.fr/styles/enfant/enceinte-apres-40-ans-qu-est-ce-que-ca-change_1564515.html )

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  11. bonjour

    Avoir la possibilité de faire congeler ses ovocytes, bon nombre de femme françaises INFERTILES en rêve ou aurai aimé pouvoir le faire au moment où c'était encore biologiquement possible pour elles. Proposer n'est pas imposer, et j'espère que les gens, les femmes, les couples, les hommes gardent leur libre arbitre et leur liberté de choix.

    Les hommes français peuvent faire conserver leurs gamètes et ce depuis 41 ans, les cecos leur permettent en effet de préserver leur fertilité en congelant leur spermatozoïdes. Tandis que les femmes ne le peuvent pas, sauf en cas de risque (avant un traitement contre le cancer notamment). Égalité ou inégalité ????

    Les corps des hommes et ceux des femmes sont biologiquement inégalitaires. La fertilité des hommes se prolonge tard dans leur vie, tandis que celle de femme possède une durée d'existence assez courte, au regard d'une vie et qu'elle est effective sur une très courte période tous les mois. Égalité ou inégalité ????

    La fertilité masculine possède cet avantage sur celle de la femme, elle n'est pas (ou moins) soumise à son horloge biologique. Cela change beaucoup de choses, on ne peut pas le nier.

    Le corps de la femme porte l'enfant, le corps de l'homme ne porte rien. Égalité ou inégalités ?

    1/2


    Merci pour votre article
    Virginie RIO - Association COLLECTIF BAMP ! Tribune pour des infertilités fertiles

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  12. 2/2

    L'égalité ne se mesure pas à mon avis, à l'aune d'une stricte égalité sur tous les points. Elle se loge plutôt dans l'acceptation des différences et des complémentarité, dans le respect de l'autre, différent de moi, mais pouvant m'apporter des choses que je n'ai pas.

    Ici l'infertilité médicale est prise en charge à 100 % par la sécurité sociale, là-bas à vous de payer votre assurance maladie. Ici il n'est pas possible de conserver ses ovocytes sans raison médicale, là-bas presque tout est possible. On regarde une chose "l'autoconservation des ovocytes", sans forcément tenir compte, pour la discussion des différences sociales, culturelles, éthiques, juridiques qui constituent l'environnement dans lequel a lieu cette chose.

    Il faut pouvoir débattre de ces sujets en essayant d'être moins ethnocentré. Laissons à chacun la liberté de faire des choix et de prendre des décisions en toute conscience, si cela ne fait pas de mal à autrui.

    Proposer la prise en charge financière, n'impose rien ou pas grand chose, certaines femmes n'ont pas du tout envie d'avoir d'enfant, tandis que d'autres ont très envie, mais ne se lancent pas car elles n'ont pas encore trouvé le chéri, ou n'ont pas de boulot stable, ni la belle maison qui va avec, ainsi que le grande voiture familiale. Mais quand elles se décident il est de plus en plus souvent trop tard (15% de la population française consulte pour des problèmes de fertilité).

    SI j'avais pu conserver mes ovocytes au moment opportun, je pense que je l'aurai fait, car ayant été informé de la dégradation rapide de ma fertilité et de la possibilité que m'offrait cette technique, j'aurais choisi de ne pas souffrir, comme j'ai souffert de mon infertilité. J'aurais choisi d'être moins sous pression professionnellement, socialement et psychologiquement. Je sais que nous sommes un grand nombre a avoir rêvé d'avoir pu congeler nos ovocytes au moment où ils étaient les plus performants. Mais nous n'avons pas pu le faire, car la technique n'existait pas. Que j'ai le choix de faire cela ou pas n'impose pas aux autres de le faire. C'est une possibilité, qui existe que je choisirais de réaliser ou pas, en fonction de mes choix de vie, de mon éducation, des mes valeur morales, sociales, religieuses.

    Être informé permet de faire des choix. J'espère que les femmes ne prennent pas des décisions juste par inconscience et plaisir immédiat ? Qu'elles réfléchissent à ce que peut impliquer une grossesse, un traitement hormonale, devenir ou pas mère, de la fragilité de leur fertilité, des moyens techniques qui peuvent ou pas (certaines personnes infertiles ne se tournent pas vers la procréation médicalement assistée) les aider à devenir mère. L'information, l'information des femmes, des hommes, des jeunes, des vieux est à mon avis une nécessité, qui peut protéger des dérives que certains pensent voir venir.

    Information et liberté de choix, sans nuire à autrui

    Virginie RIO - Association Collectif BAMP ! Tribune pour des infertilité fertile

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  13. Dans les "trucs" lus à ce propos sur le Net, il faut souligner que si vous trouvez ça "choquant" que ça soit la boîte qui propose ça, il faut se souvenir qu'aux USA, l'assurance-maladie / mutuelle de santé est payée par l'entreprise (c'est un avantage social) et pas par une Sécurité Sociale.
    Donc c'est cher donc qui pauera ? Donc c'est plutôt considéré comme un avatange social de pouvoir avoir ce choix.
    Mais après, je plussoie la crainte "une nana qui a un gosse = une faignasse pas impliquée" qui doit être présente (léidée, pas la crainte) dans la tête de FB mais bon...

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  14. Sachant que les soins liés à l'infertilité ne sont pas pris en charge aux Etats-Unis, on ne peut qu’applaudir des sociétés qui les prennent en charge et proposent (mais n'imposent nullement) la possibilité de prélever et congeler ses ovocytes. Je ne pense pas que l'employeur donne son avis sur la manière et le quand les femmes doivent avoir des enfant, il s'agit surtout d'une mutuelle avec une prise en charge supplémentaire.

    En France, nous avons la chance d'avoir une couverture à 100% pour la PMA, mais il n'y a aucune protection "sociale" en entreprise des personnes qui suivent ces traitements. Une femme enceinte le déclare à son employeur et peut s'absenter pour ses RDV médicaux. Une femme infertile, cache souvent son projet de grossesse à son employeur de peur d'être pénalisée avant même d'être enceinte et doit poser des jours pour aller à ses RDV médicaux (c'est un peu la double pleine).
    On parle beaucoup de PMA en ce moment d'un point de vue éthique, tout le monde a un avis, mais peu connaissent la partie technique qu'il ne faut pas oublier : hystéroscopie, hystérographie, spermogramme et spermoculture obligatoires avant de commencer un protocole de FIV, 12 jours d'auto-injection à heure fixe avec un suivi tous les 2/3 jours avec prise de sang et échographie dans un centre de PMA, ponction des ovocytes sous anesthésie générale, le recueil du sperme puis le transfert (s'il y a eu des embryons, ce qui n'est pas toujours le cas). Avec des taux de réussite en France autour de 25-30% par FIV, cela laisse tout de même 70-75% d'échec par tentative (4 tentatives sont remboursées par la sécu, après il faut payer !).

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  15. 1/2

    Je me permets de réagir sur ce sujet,

    Comme l'a souligné Dom plus haut, le premier plan de ce problème est la question des intérêts privés. Confier ses gamètes à Facebook ou Apple, ça pourrait faire un bon titre pour un ouvrage de science-fiction. On confie déjà nos données à ces "personnes" Peut-on leur confier notre corps ou d'une moins une partie ? . On ne sait strictement rien de ce qu'ils en feront (manipulations génétiques, trafic...tout est possible). On peut se demander aussi quel peut - être l'intérêt (parce que c'est comme ça que fonctionne ces groupes) de Facebook ou Apple de s'investir dans de ce secteur ? L'utérus artificiel n'est pas un mythe, des laboratoires planchent vraiment dessus depuis des années. L'idée c'est que l'homme se soustrait plutôt bien aux lois de la nature en fonction des exigences du marché. Mais la femme elle, elle tombe enceinte, allaite, s'occupe de ses bébés. Et pendant qu'elle fait tout ça, elle ne fait pas fructifier le capital de Facebook ou Apple. Et pour ces empires, l'idée c'est d'avoir toujours plus de force de travail pour le moindre coût afin d'étendre leur empire au maximum. On veut faire de la femme un homme comme les autres (ce qui est dangereux comme l'ont précisé des commentaires plus haut, pourquoi pas plus de crèches ou un aménagement de temps de travail pour les familles ?) afin d'exploiter sa force de travail au maximum. Mais, vous qui êtes féministe, et beaucoup de féministes ont écrit sur ce sujet, c'est encore une manière d'infantiliser les femmes, de les destituer de la chose que les hommes ne peuvent faire à savoir Fabriquer la vie (et dont historiquement, ils ont essayé de prendre le contrôle par de multiples institutions) . Je ne vous apprends rien en disant que ce monde est globalement dominé par des hommes. Sous couvert d'une réussite professionnelle, c'est le contrôle du corps des femmes qui poursuit. D'ailleurs, réfléchissons 5 minutes à cette expression "réussite professionnelle" Pour 90% des personnes qui peuplent cette terre cela n'a strictement aucun sens, c'est une création des sociétés occidentales capitalistes. D'ailleurs cela suppose que l'on scinde le monde du travail de la vie personnelle. Or on passe une très grosse partie de notre vie à travailler. Peut-être faudrait-il interroger le travail en fonction du sens qu'il donne à la vie. C'est quoi une vie qui a du sens ? C'est quoi une vie bonne ? Est-ce que c'est refouler ses affects pour grimper dans la hiérarchie de Facebook ou Apple ?

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  16. 2/2

    Ensuite se pose en deuxième plan la question du pour ou contre la congélation des ovocytes.
    Là ça devient tout de suite plus complexe de répondre. Néanmoins je rebondis sur l'un de vos commentaires oú vous parliez d'un contrôle du temps. Cela fait écho à toute une tradition de la pensée occidentale qui consiste à opposer nature et culture. En d'autres termes, la société doit combattre la nature. Quand vous parlez du contrôle du temps, c'est exactement ce que vous exprimez. Peut-être là encore faut-il interroger ces fondements. Dans le cadre de la congélation des ovocytes on pose la question du rapport au temps. Qu'on le veuille ou non le cycle d'une vie humaine a très peu changé, et même biologiquement l'homme a peu changé, par contre sa technique fait des bons incroyables. Leroi Gourhan exprime très bien cette idée dans ses ouvrages. Le fossé entre la nature de l'homme et sa technique deviendra tellement important qu'il craint le pire comme se penser en simple substance. Comment on déterminera la conception d'un enfant sachant que l'ovule a été congelé x années avant la fécondation ? Parce que chaque ovule est unique, doit-on considérer que tout commence avec l'ovule ou que tout commence avec le jour de la fécondation ? On crée des trous dans l'espace temps, là où il y a quelques jours tout au plus on va mettre des années, on met la vie en suspens. Et admettons que la femme meurt avant de pouvoir décongeler ses ovules que se passera-t-il ? Seront-ils détruits ? Comment et au nom de quoi ? Quelqu'un d'autre les portera ? Pourquoi et comment ? Qu'est-ce que cela induira pour l'enfant ?

    Se pose également la question de la fragmentation des corps et de l'externalisation de la procréation. Concrètement on ne sait pas ce que ça peut induire pour l'enfant le fait que l'ovule ou le spermatozoide qui ont permis de le concevoir aient fait un petit tour dehors... sans parler des conditions de stockages (bcp de frigo collectifs aujourd'hui, à chaque fois que l'on ouvre la porte pour quelqu'un on altère les gamètes ou embryons de 10 autres) et il peut y avoir des facteurs non quantifiables qui entre en ligne de compte. Et je suis encore plus inquiète pour les représentations que ça va laisser naitre. Plus on repousse les limites, plus le corps est identifié comme un gêneur ou au mieux un tas de matière que l'on bricole. Si vous voulez le fond de ma pensée, on doit beaucoup à l'école de pensée dualiste qui considère l'âme et le corps comme deux entités bien distinctes. Le Christianisme s'est fondé sur cette pensée. Tous ces aspects réunis on peut dire, que l'on pourra assiste à des sociétés affectivement incompétentes, elles ne sauront plus sentir. Si ce n’est pas déjà un peu le cas ?

    Et encore je n'ai pas évoqué l'objetisation du vivant dont Marx parlait déjà à son époque...

    Enfin bref, voilà mes quelques remarques.

    Je lis votre blog depuis peu et j'apprécie sa lecture ainsi que celle des commentaires très pertinents !

    Bonne continuation.

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